Interviewé sur Radio Classique par Stéphane Pédrazzi, Benoît Lemaignan, président de Verkor, a défendu avec conviction la capacité de la France et de l’Europe à rattraper leur retard dans la course mondiale à la batterie électrique. Si la Chine domine encore le marché grâce à un déploiement précoce et massif, « l’essentiel est devant nous », affirme le dirigeant, qui mise sur une révolution industrielle en marche, structurée autour d’initiatives européennes comme la Vallée de la batterie dans les Hauts-de-France.
Verkor, dont le siège est à Grenoble, construit actuellement une Gigafactory à Dunkerque, dont les premières batteries seront livrées à Renault début 2026 pour équiper l’Alpine A390.
La filière française, selon Lemaignan, ne souffre pas d’un déficit technologique – la France ayant été à l’origine même de l’invention des batteries lithium-ion – mais d’un manque de volonté politique et de constance réglementaire.
Il critique l’abandon possible des ZFE (Zones à Faibles Émissions), qui enverrait un signal contre-productif. Pour lui, les politiques hésitantes freinent le consommateur : « Cette incertitude pèse sur la décision d’achat ». En revanche, il rappelle que les véhicules électriques offrent une valeur supérieure : silence, confort, moindre entretien et meilleure durabilité.
Quant à la compétitivité, il affirme que Verkor est capable de rivaliser avec les acteurs asiatiques, « à conditions de concurrence équivalentes ». Il appelle à des soutiens publics, comme ceux observés aux États-Unis ou en Asie, ainsi qu’à la mise en place d’outils mutualisés pour garantir l’approvisionnement en matières premières stratégiques, comme une « banque des métaux ».
Verkor veut ainsi s’imposer comme un acteur-clé de la souveraineté industrielle européenne, à l’heure où la batterie représente jusqu’à 40 % de la valeur d’un véhicule. Dans ce contexte, la relocalisation de la production est non seulement un levier de compétitivité, mais aussi un enjeu géopolitique et environnemental central.





