Interview de Xavier Barbaro, PDG de NEOEN dans « 90 minutes Business » sur BFM Business.
Sandra Gandoin : Merci d'être avec nous, selon une étude de l’université d'Exeter au Royaume-Uni le monde aurait franchi un point de bascule qui va faire que l'énergie solaire sera la première source de production d'électricité d'ici 2050. C’est votre grande spécialité vous faites quoi 50 % de de solaire chez NEOEN ?
Xavier Barbaro : Nous on fait, en termes d'investissement, autant de solaire que d'éolien, mais cependant on fait du solaire dans un nombre de pays beaucoup plus important que l'éolien. L’éolien on en fait un peu en Australie, un peu en Finlande, un petit peu en France aussi, mais du solaire on en fait dans beaucoup de pays et on voit que le solaire effectivement prend sa place dans le mix énergétique de chaque pays y compris des pays parfois inattendus.
Sandra Gandoin : pourquoi particulièrement le solaire qui prend le pas sur les autres renouvelables ?
Xavier Barbaro : Parce que ça se déploie rapidement, c'est bien accepté, c'est assez peu visible, il y a un côté « Lego » quand on assemble une centrale solaire ça se fait simplement. Ce sont des choses qui, en plus, produisent de manière assez prévisible. On arrive à prévoir assez bien l'ensoleillement, donc on peut compter dessus et puis et puis il y a une part de contenu local assez important, donc en plus c'est bien accepté, les retombées économiques au moment de la construction sont réelles, donc c'est quelque chose qui marche bien qui n’est pas cher, qui permet de verdir rapidement le mix d'un pays et puis en plus qui permet d'augmenter la part de production domestique.
Sandra Gandoin : Vous faites de très gros chantier mais c'est vrai qu'en France on voit énormément de particuliers qui se mettent au solaire. Juste pour leur maison. Ça compte dans ce calcul-là, qui va faire que l'énergie solaire va être beaucoup plus importante ?
Xavier Barbaro : Bien sûr, les deux piliers sont importants. Une petite toiture solaire coûte plus cher à l'installation mais elle évite aussi les coûts de transmission de l'électricité. Nous, ce que NEOEN fait, ce sont des grandes centrales, soit sur des parking, soit sur des étendues au sol, donc le coût de production est plus bas parce qu'on a des effets d'échelle, par contre il faut payer le coût d'acheminement, mais les deux ont tout à fait leur sens .
Sandra Gandoin : Ce qui est intéressant c'est que vous allez ouvrir une centrale solaire en Suède, on n’aurait pas dit la Suède au départ, mais ça veut dire que c'est un pays qui qui peut accueillir ça ?
Xavier Barbaro : Bien sûr et le paradoxe c'est qu'aujourd'hui on arrive à produire l'électricité solaire moins chère en Suède qu'en France donc on a bon espoir d'arriver à améliorer les choses en France et on pourra en reparler, mais aujourd'hui on arrive à faire du solaire compétitif en Suède comme d'ailleurs en Irlande qui ne sont pas des pays tellement connus pour leur ensoleillement. Mais ça marche bien parce qu'on fait des projets à grande échelle avec du foncier qui est disponible et des coups de raccordements qui sont limités.
Sandra Gandoin : On entendait tout à l'heure un industriel Suisse qui faisait aussi des panneaux et lui il faisait fabriquer ses panneaux aux États-Unis. Il est Suisse pour ensuite les rapatrier en Allemagne ?
Xavier Barbaro : Il peut y avoir des supply chain, parfois un peu complexes dans le photovoltaïque. Ce qu'il faut retenir c'est que le panneau bien évidemment c'est la partie la plus visible d'une centrale solaire et pourtant ce n'est que 20 % de l'investissement. Aujourd'hui quand on investit dans une centrale solaire, quand on investit 100 il y a à peu près 20 pour les panneaux, 20 pour le raccordement et puis 60 pour les travaux, les structures métalliques qui sont des choses que typiquement NEOEN confie à Bouygues, Eiffage, Vinci ou à d'autres. Donc la partie du panneau, elle est importante et on espère d'ailleurs qu'il y aura une Supply Chain peut-être plus simple que celle dont vous parliez. Moi, j'aimerais pouvoir acheter plus de panneaux en Europe et je pense que ça va venir d'ailleurs mais c'est vrai, qu'aujourd'hui même si la partie panneau est encore peut-être un peu un peu trop globalisée en tout cas tout le reste, les 80 autres pour cent de nos investissements, c'est très local.
Jean-Marc Daniel : J'aurais deux questions un peu techniques. La première c'est cette électricité d'un pays à l'autre vous en faites quoi parce qu’en France normalement on le donne à EDF mais en Suède il y a pas EDF comment ça fonctionne ? Et puis une autre question qui est un peu plus personnelle, moi je fais partie de la génération des gens qui ont traduit les textes latins ou Archimède mettez le feu avec le soleil. Pourquoi est-ce qu'on n’utilise pas la chaleur, Font-Romeu, tout ça sur le plan technique… pourquoi cette piste-là d'utilisation du soleil sous forme de générateur de de chaleur n'a pas été utilisée ? Encore une fois il y a un four solaire à Font-Romeu, quel est l'impasse quel est le constat scientifique qui a été à l'origine de cet abandon ?
Pierre Kupferman : juste un point, ça existe quand même puisqu’il y a même un industriel de la sidérurgie qui veut utiliser la même technique.
Jean-Marc Daniel : Oui absolument ça existe, Font-Romeu existe et encore une fois Archimède avait mis le feu aux vaisseaux romains avec le soleil. Comment pourquoi c'est une impasse ?
Xavier Barbaro : Sur votre première question d'abord. En Suède par exemple, l'électricité qu'on produit est vendue à H&M qui produit des vêtements mais qui veut verdir son approvisionnement énergétique et en France ce n'est pas que EDF, NEOEN a signé il y a un peu moins d'un an un contrat d'approvisionnement pour TDF donc les points hauts. Donc on vend l'électricité directement à des à des entreprises qui sont assez consommatrices d'énergie. Et puis votre deuxième question, alors moi je suis-je suis ingénieur donc j'aime bien ce genre de sujet, la réalité c'est qu’effectivement on peut produire de la chaleur et c'est encore le cas avec du soleil. Alors peut-être pas de la comme à Font-Romeu, comme on l'a vu dans nos livres de physique quand on était à l'école parce que ça coûte quand même assez cher. Il y a des installations dans des pays extrêmement ensoleillés, le Maroc, Israël où il y a justement la transformation de soleil en chaleur qui a la fin fait bouillir de l'eau et donc qui permet de faire tourner des turbines. Mais ça coûte assez cher. Par contre il y a des solutions qui sont intéressantes, économiquement, qui consistent à utiliser du soleil pour faire de la moyenne chaleur donc de l'eau à 60°grés qui déjà peut servir dans les process industriels et ça économiquement ça marche assez bien. Mais aujourd'hui l'utilisation économiquement la plus efficace du soleil c'est d'utiliser ça pour faire des électrons et donc de l'électricité qui elle-même à la fin peut …
Jean-Marc Daniel : Pour compléter ma question c'est que tous ces panneaux solaires reposent sur des terres rares, encore une fois on a l'impression que la chaleur que l'on obtient du soleil c'est de l'eau que l'ont fait chauffer alors que les panneaux solaires, est-ce qu'on va pas être confronté bientôt à une raréfaction de la matière première pour les panneaux solaires et une sorte de monopole de certains pays sur la construction de ces panneaux solaires ?
Xavier Barbaro : je vais vous rassurer, aujourd'hui le 90 ou 95 % des panneaux solaires n'utilisent pas de terre rare. Certains oui mais c'est extrêmement minoritaire, un panneau c'est du silicium donc c'est du sable à la fin, transformé évidemment. Il y a un peu de d'argent aussi pour les fils conducteurs, mais les terres rares ou les métaux rares où on pourrait craindre d'être un peu captif de la Chine c'est un sujet qui peut exister dans des batteries, partiellement, c'est un sujet qui peut exister pour certaines éoliennes les éoliennes en mer parce qu'il y a des aimants avec des terres rares, mais un panneau solaire aujourd’hui ce sont en terme d'approvisionnement des matériaux qui sont archi disponibles.
Sandra Gandoin : les sites de production pourront fournir face à la demande qui va qui va augmenter dans les prochaines années ?
Xavier Barbaro : oui aujourd'hui c'est une industrie qui sait non seulement faire des panneaux mais qui sait faire des usines de panneaux donc on peut assez facilement, en un temps relativement limité construire des nouvelles usines, et j'espère d'ailleurs qu'elles seront construites en Europe. Aujourd'hui le problème de l'Europe c'est parce qu'il y a des usines trop petites donc il faut faire des grandes usines pour avoir des effets d'échelle. Ce n’est pas une question de coût de la main d'œuvre, ce n’est pas une question de dumping chinois ou autre, c'est vraiment une question d'avoir des usines de grande taille. Ça c'est faisable en Europe de la même manière qu'on est en train de construire des très grandes usines de batteries on pourrait faire des très grandes usines de panneaux. A nouveau il faut laisser ça à sa juste place c'est 20 % de l'équation économique, mais aujourd'hui l'Europe couvre 80 % de de de la supply chain du photovoltaïque c'est dommage effectivement de pas aller à 100 %.
Sandra Gandoin : C'est toujours extrêmement positif et vous êtes toujours optimiste Xavier Barbaro quand vous parlez de votre business ?
Xavier Barbaro : Je ne suis pas toujours optimiste mais sur le solaire en France en particulier je pense qu'on peut faire beaucoup. Il y a un certain nombre de choses à décoincer. NEOEN est un acteur extrêmement actif en France. Dans le dernier appel d'offre gouvernemental on était le premier lauréat en terme de nombre de projets avec 17 projets et on était le 2ème lauréat en puissance cumulée. Donc on a ajouté à notre portefeuille 238 MW le mois dernier. Pour donner un repère c'est à peu près le quart d'une tranche nucléaire en puissance, c'est moins en production mais c'est important quand même. On est capable de soutenir ce rythme tous les 6 mois et ajouter quelque chose de cet ordre-là donc on a un grand portefeuille de projet en France.
On a de la place, on a des industriels compétents donc nos fournisseurs, on a des développeurs compétents nous-même et certains de nos confrères, on a une bonne acceptation du solaire, on a la capacité d'un point de vue électrique grâce à la qualité de notre réseau électrique grâce aussi à la présence de l'hydroélectricité on a la capacité d'absorber beaucoup de solaire, beaucoup plus que ce qu'on a aujourd'hui dans certains pays peut-être saturés comme en Australie ou en Espagne. C'est compliqué mais la France peut faire beaucoup plus de solaire, il y a des freins administratifs mais on travaille à les régler. Oui on est optimiste en tout cas à moyen terme sur le solaire en France. Il y aura beaucoup de solaire en France et ça sera bien vécu et surtout bien compétitif et bien souverain.





