
En ces temps de crises sanitaire, écologique, climatique, économique, sociale, et même morale, au vu de la montée des populismes, il est urgent de puiser dans l’ensemble de la pharmacopée des codex des humanités les analgésiques et autres médicaments susceptibles de soulager l’ensemble des maux du monde, de les guérir, mieux encore de les transformer littéralement en bouleversant tous les paradigmes existants. Autour d’un objectif universel : rendre le monde meilleur en repartant sur des bases assainies, loin des intérêts particuliers et des rentes destructrices frelatées qui ont fait leur temps. Un souffle nouveau…
Ces derniers mois, il a été beaucoup question de résilience, le mot le plus en vogue du moment. Mais est-ce la thérapie la mieux appropriée à nos avatars universels ? La résilience est le fait pour un matériau de retrouver sa forme initiale après un choc. Mais qui veut aujourd’hui que le monde retrouve sa forme d’avant la Covid-19 ? Pas grand monde à vrai dire. A ce terme si cher au psychologue Boris Cyrulnik, d’aucun y préfèrent celui de kintsugi, à l’instar de Laurent Nunez, auteur, entre autres, de l’ouvrage ; « Il nous faudrait des mots nouveaux ». Car comme le disait Camus, « mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde ».
A situation exceptionnelle, lexème exceptionnel puisé dans la culture japonaise, le kintsugi. De kin, l'or, et tsugi, la jointure, le kintsugi évoque l'art japonais de réparer un objet cassé en soulignant ses fissures avec de l'or plutôt qu'en les camouflant. Les éclats de l'objet cassé sont récoltés, nettoyés et recollés à la laque naturelle. Une fois l'objet sec et poncé, on saupoudre ses "cicatrices" de poudre d'or. "Soigné, puis honoré, l'objet cassé assume son passé et devient paradoxalement plus résistant, plus beau et plus précieux qu'avant le choc", écrit Céline Santini dans Kintsugi, l'art de la résilience.
En matière d’énergie, la tentation d’une résilience par le fossile est grande pour certains, les rentiers du derrick. Continuer à broyer du noir, un noir charbon, un noir pétrole, gluant, poison des atmosphères. Implacable témoin des années noires de la dépense énergétique effrénée. Sombre anachronisme. Le kintsugi fait lui aussi le pari du noir pour la relance énergétique, mais un noir mono cristallin, brillant, esthétique, propre et renouvelable. Ce noir là brille de mille feux aux rayons du soleil. Agité par les photons, il est créateur d’électricité, faisant valser des électrons verts pour tous nos usages en préservant la planète et notre environnement. Le beau, le renouvelable, le propre comme futur de notre problématique énergétique… Des marées noires cauchemardesques et apocalyptiques aux modules solaires photovoltaïques semblables aux « carrés noirs » de Malévitch, toute la différence entre le retour à l’existant et à l’identique de la résilience et la projection vitale et esthétique du kintsugi …





