Tribune/L’autoconsommation : un concept idéal rejeté par les Français par Julien Tchernia, président d’ekWateur

EkWateurL’autoconsommation : concept vu pour beaucoup comme LE concept prometteur d’une transition énergétique efficace et durable. Il consiste à produire pour soi-même voire à revendre de l’énergie, principalement photovoltaïque. Et pourtant, les Français le rejettent pour des raisons variées comme par exemple le manque de crédibilité de la filière, mise en cause par les arnaques aux installations des panneaux solaires ou encore le cadre législatif. L’autoconsommation est encore loin de l’acceptation française.

Pourquoi l’autoconsommation, concept si séduisant en ces périodes de réchauffement climatique, a-t-il tant de difficulté à s’imposer en France ? Pourquoi les français ne déploient-ils pas des panneaux solaires sur leurs résidences à l’instar des allemands ou des néerlandais dont les régions sont pourtant bien moins ensoleillées ? Ainsi, selon les chiffres de RTE (Réseau de Transport d’Électivité) seuls 20 000 foyers français avaient adopté ce modèle en 2017, contre 500 000 foyers allemands. Coté production le photovoltaïque couvrait, en 2017, 2% de l’électricité consommée dans l’hexagone versus 11% en Allemagne. Si longtemps les causes de ce désintérêt furent le manque de maturité des technologies, le coût des panneaux solaires et le faible prix l’électricité du marché français depuis quelques années ; la performance des panneaux, le progrès sur les techniques de stockage de l’énergie et la baisse des prix des matériaux font de l’autoconsommation un modèle rapidement rentable. Pourquoi alors un tel désaveu ?

Retrouver la confiance par la lutte contre les méthodes frauduleuses

Premièrement, la filière. Combien de particuliers se sont fait rouler par des pseudo-professionnels du photovoltaïque qui, pour plusieurs milliers d’euros, ont installé des panneaux solaires incapables de fonctionner ? En 2016, plus de 200 plaintes de clients ont ainsi été enregistrées par la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF). Aussi, pour lutter contre ces pratiques déloyales qui ternissent l’image de la filière, celle-ci doit à tout prix s’organiser. Pourquoi, à l’instar de ce que pratiquent déjà les assurances avec leurs plateformes d’artisans, ne pas envisager la mise en place d’une plateforme fédératrice d’installateurs de photovoltaïques ? Pourquoi ne pas décliner le concept d’Uber au marché des panneaux solaires en permettant aux clients de noter les installateurs, la plateforme et d’encadrer les prix ? Non seulement ce modèle permettrait au marché de gagner en transparence et en crédibilité mais, également, de se développer grâce à la confiance retrouvée entre particuliers et professionnels.

Les freins d’une administration lourde et illogique

Deuxième raison du désaveu : la règlementation. En 2017, face au manque d’enthousiasme des particuliers pour l’autoconsommation, les pouvoirs publics ont fait le choix d’ouvrir à d’autres fournisseurs d’énergies que EDF, l’autorisation de racheter l’énergie produite par des tiers. Objectif : donner aux nouveaux entrants une raison économique d’inciter leurs clients à développer l’autoconsommation et la revente là où le fournisseur historique le faisait peu. Et pour cause, quel intérêt a-t-il eu à inciter ses clients à produire de l’électricité puisqu’il en produit lui-même ? Qui voudrait investir pour se créer sa propre concurrence ? C’est se couper l’herbe sous le pied. Donc en faisant entrer sur le secteur des fournisseurs d’énergies non producteurs, l’autoconsommation devait exploser. Mais une fois encore, deux plus tard, le marché n’est toujours pas au rendez-vous. Pourquoi ? Une subtilité du règlement, contraignant les particuliers à une démarche administrative longue et absurde vient enrayer le processus. De quoi s’agit-il ? Prenons l’exemple d’un particulier intéressé par la souscription d’un contrat de revente de son énergie au fournisseur X, autre qu’EDF. Ce particulier souhaitant bénéficier du tarif de rachat subventionner par l’état. Avant de pouvoir s’engager avec le fournisseur choisi, ce même particulier doit signer un contrat d’obligation d’achat avec EDF, attendre le retour de ce contrat signé par EDF. Ensuite il doit demander à EDF de le transférer au fournisseur X. A partir de là l’énergie du client sera pour le fournisseur X… à partir du 1er janvier de l’année suivante. Enfin, sauf si le transfert s’est fait après le 1er octobre, auquel cas le transfert se fera au 1er janvier de l’année n+1 ! Qui peut arriver à expliquer ça à un client ? Et à cela, ajoutons que nos premières expériences chez ekWateur montrent qu’EDF met 18 mois (sic) à signer le contrat, bloquant d’autant son transfert. Résultat : si ce particulier a fait sa demande en août 2017, son contrat de revente n’est effectif chez le fournisseur qu’il a choisi qu’au 1er janvier 2020. De quoi décourager plus d’un client.

10% des résidences individuelles françaises en autoconsommation en 2021 ?

Troisième frein enfin : l’abonnement au réseau de transport. Une alternative existe pourtant à ce parcours du combattant. Les particuliers peuvent faire le choix de ne pas revendre leur production d’énergie au tarif subventionné, fixé par l’état, mais directement à un autre fournisseur, à un prix souvent inférieur. Mais là encore le dispositif est défavorable au développement de l’autoconsommation car le prix de l’abonnement au réseau de distribution Enedis – initialement fixé à 11 euros par an sans revente d’énergie – passe alors à 20 euros par an pour un contrat de revente.
Au regard de cette situation, nous nageons en pleine schizophrénie. D’un côté le gouvernement soutien le développement de l’autoconsommation par des aides aux investissements réalisés par les particuliers pour l’installation de panneaux photovoltaïques, et de l’autre il met en place un cadre réglementaire tel, qu’il bride le développement de ce marché. Mais comme en toute chose il faut garder espoir, l’assainissement de la filière par le développement de plateformes et l’augmentation du prix de la production de l’électricité devraient avoir raison de cette situation. D’ici à 2020 ou 2021, 10% des résidences individuelles françaises pourraient être équipées de panneaux solaires comme le sont celles des Pays-Bas.

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10 Commentaires

  1. « …Troisième frein enfin : l’abonnement au réseau de transport… »
    La différence de 9€ par an est-elle si importante, qu’elle « …bride le développement de ce marché … » ?
    On marche sur la tête

  2. « …Troisième frein enfin : l’abonnement au réseau de transport… »
    La différence de 9€ par an est-elle si importante, qu’elle « …bride le développement de ce marché … » ?
    On marche sur la tête

  3. Cher TecSol,
    Toute cette burocratie est effectivement navrant, et au final, celui qui a installé du PV ne sait absolument pas comment il va rentabiliser son installation. Il y a pourtant une possibilité bien plus intéressante pour décarboner notre civilisation, c’est d’utiliser le solaire thermique à drainage gravitaire pour diminuer sa consommation en énergie fossile ou électrique d’une façon simple et écologique. Le premier avantage est que vous n’aurez pas de souci quant au rachat de votre énergie thermique produite, tout reste chez vous, autoconsommation à 100 % au plus bas coût de stockage. En plus vous pouvez ainsi calculer les économies que vous ferez sur 5, 10 ou 20 ans. Le prix du kW thermique sera fixe durant tout ce laps de temp, calcul impossible à faire avec du PV ou du PV-t (hybride). La chaleur ainsi stockée permet de diminuer le temps de fonctionnement de votre PAC ou installation au mazout ou au gaz. Impossible à faire aussi bien avec le PV , preuve à l’appuis
    CoolTec (Switzerland)
    J.P.Bloch (Directeur)

  4. Cher TecSol,
    Toute cette burocratie est effectivement navrant, et au final, celui qui a installé du PV ne sait absolument pas comment il va rentabiliser son installation. Il y a pourtant une possibilité bien plus intéressante pour décarboner notre civilisation, c’est d’utiliser le solaire thermique à drainage gravitaire pour diminuer sa consommation en énergie fossile ou électrique d’une façon simple et écologique. Le premier avantage est que vous n’aurez pas de souci quant au rachat de votre énergie thermique produite, tout reste chez vous, autoconsommation à 100 % au plus bas coût de stockage. En plus vous pouvez ainsi calculer les économies que vous ferez sur 5, 10 ou 20 ans. Le prix du kW thermique sera fixe durant tout ce laps de temp, calcul impossible à faire avec du PV ou du PV-t (hybride). La chaleur ainsi stockée permet de diminuer le temps de fonctionnement de votre PAC ou installation au mazout ou au gaz. Impossible à faire aussi bien avec le PV , preuve à l’appuis
    CoolTec (Switzerland)
    J.P.Bloch (Directeur)

  5. Faudra dire à M. Tchernia que la « revente » n’existe pas, pas plus que le « rachat » !
    On est producteur, on vend son courant à un tarif d’achat.
    M. Tchernia oublie également de parler du problème de l’injection gratuite des petits surplus. La loi l’autorise mais Enedis l’empêche en imposant une CACSI. Le petit autoconsommateur doit alors faire un CRAE et se retrouve obligé de payer pour pouvoir donner son surplus !!

  6. Faudra dire à M. Tchernia que la « revente » n’existe pas, pas plus que le « rachat » !
    On est producteur, on vend son courant à un tarif d’achat.
    M. Tchernia oublie également de parler du problème de l’injection gratuite des petits surplus. La loi l’autorise mais Enedis l’empêche en imposant une CACSI. Le petit autoconsommateur doit alors faire un CRAE et se retrouve obligé de payer pour pouvoir donner son surplus !!

  7. Monsieur Bloch a raison de profiter d’une tribune. il a raison et il est à côté du sujet. J’ai la chance d’avoir installé le solaire thermique et construit une maison passive. (une chance car j’ai pu me l’offrir) Ma consommation d’électricité est réduite autant que faire se peut. OK et qu’est-ce que je fais avec les consommateurs d’électricité autres que chauffage et chauffe-eau? La question n’est plus de rentabiliser une installation mais de parvenir à s’affranchir de la férule du système bureaucratique qui trouve sa subsistance dans les contraintes qu’il invente. Ce n’est pas une absence de rentabilité qui fait frein mais, à mon sens le fait que ladministration n’a pas encore créé le moyen de taxer l’électricité que nous produirions, même en parfaite autonomie, sans revente et sans branchement au réseau. Soyez bien certains que dès que possible, l’état créera la taxe sur l’énergie produite et autoconsommée. Ce jour là, nous verrons fleurir les compteurs d’autonomie obligatoirement connectés pour la relève. Le prétexte de la rupture d’égalité entre citoyens sera invoqué pour une taxation confiscatoire. Et le système médiatique tournera à fond pour nous faire acheter du PV.
    En tous cas le sujet concerne! rarement vu des commentaires aussi vite et nombreux.

  8. Monsieur Bloch a raison de profiter d’une tribune. il a raison et il est à côté du sujet. J’ai la chance d’avoir installé le solaire thermique et construit une maison passive. (une chance car j’ai pu me l’offrir) Ma consommation d’électricité est réduite autant que faire se peut. OK et qu’est-ce que je fais avec les consommateurs d’électricité autres que chauffage et chauffe-eau? La question n’est plus de rentabiliser une installation mais de parvenir à s’affranchir de la férule du système bureaucratique qui trouve sa subsistance dans les contraintes qu’il invente. Ce n’est pas une absence de rentabilité qui fait frein mais, à mon sens le fait que ladministration n’a pas encore créé le moyen de taxer l’électricité que nous produirions, même en parfaite autonomie, sans revente et sans branchement au réseau. Soyez bien certains que dès que possible, l’état créera la taxe sur l’énergie produite et autoconsommée. Ce jour là, nous verrons fleurir les compteurs d’autonomie obligatoirement connectés pour la relève. Le prétexte de la rupture d’égalité entre citoyens sera invoqué pour une taxation confiscatoire. Et le système médiatique tournera à fond pour nous faire acheter du PV.
    En tous cas le sujet concerne! rarement vu des commentaires aussi vite et nombreux.

  9. Entièrement d’accord avec vous .
    Je vais même plus loin , il en ira de même pour tous les types de véhicules électrique . pour l’instant , les moyens pour taxer ces types de véhicules ne sont pas mis en place car ils ne représentent qu’une très , très faible partie du parc automobile . Soyons en sûre , dès que le parc de véhicule électrique deviendra plus important , il y aura une nouvelle taxe. Cela se fera soit sous forme de vignette ( la plus injuste des formes ) , soit sous forme de taxation de la consommation des véhicules .
    Il est en effet pratiquement impossible , pour l’état , de renoncer à la manne des taxes sûre les carburants fossile , qui sont énorme .
    Ne nous faisons aucune illusions , nos très «  » CHERS «  » technocrates trouverons une parade pour remédier à ce manque de recettes pour l’état .

  10. Entièrement d’accord avec vous .
    Je vais même plus loin , il en ira de même pour tous les types de véhicules électrique . pour l’instant , les moyens pour taxer ces types de véhicules ne sont pas mis en place car ils ne représentent qu’une très , très faible partie du parc automobile . Soyons en sûre , dès que le parc de véhicule électrique deviendra plus important , il y aura une nouvelle taxe. Cela se fera soit sous forme de vignette ( la plus injuste des formes ) , soit sous forme de taxation de la consommation des véhicules .
    Il est en effet pratiquement impossible , pour l’état , de renoncer à la manne des taxes sûre les carburants fossile , qui sont énorme .
    Ne nous faisons aucune illusions , nos très «  » CHERS «  » technocrates trouverons une parade pour remédier à ce manque de recettes pour l’état .

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