Tribune/ L’autoconsommation d’énergie « potagère » en lien avec une tradition ancestrale

Richard_LoyenPar Richard Loyen, Délégué Général chez Enerplan, syndicat des professionnels de l'énergie solaire

L'autoconsommation d'énergie (produire pour satisfaire à une part de ses besoins) est un retour vers une tradition ancestrale rendu possible par la modernité technologique. Dans les sociétés traditionnelles, avant et après l'exode rural du milieu 20ème siècle qui a fait grossir les villes et leurs banlieues, jardins potagers et poulaillers amélioraient l'ordinaire. Encore aujourd'hui, les zones pavillonnaires pratiquent l'agriculture à l'échelle micro et les jardins partagés essaient de se faire une place toujours plus grande dans l'urbanité… L'autoproduction alimentaire est une contribution sociale importante qui nous vient de loin et qui génère du mieux vivre au présent.

Ainsi, l'autoconsommation solaire « potagère » nous relie à cette tradition sociale ancienne. On peut dorénavant depuis sa maison ou son bâtiment, se faire récolteur de photons pour répondre avec des calories solaires à son confort (pour le chauffage et l'eau chaude) et avec des électrons solaires à ses besoins électriques spécifiques (électroménager, informatique, TV, VMC…) ou encore recharger sa voiture, son vélo ou sa trottinette électrique. Magie de cette modernité solaire qui relie notre présent/futur au temps ancien, la part d'autonomie ainsi gagnée est saine (verte et durablement moins chère pour le consommateur).

Grâce au numérique, le « potager photonique » devient un jardin partagé avec l'autoconsommation collective. Nous pouvons ainsi réinventer l'autoproduction d'énergie à l'échelle locale, en la partageant avec ses voisins et les voisins des voisins. La loi aujourd'hui nous contraint au « communautarisme énergétique étroit » (en aval d'un même poste de distribution électrique avec une puissance limité à 100 kW). Toutefois pensée à l'échelle de la collectivité locale qui possède les réseaux électriques de distribution, l'autoconsommation pourrait devenir une économie collaborative bénéfique pour son territoire, avec une communauté énergétique locale engagée pour le progrès et la transition énergétique.

L'autoconsommation offre une chance de proposer aux citoyens de ne pas « lutter contre », mais au contraire « de lutter pour » au sein d'une communauté locale. C'est une des rares utopies positives que nous ayons en magasin pour rassembler les français au niveau local afin d'inventer les bonnes réponses collectives pour demain.

L'économie de l'autoconsommation collective offre une grande palette de montages possibles, du recours à une multinationale de l'énergie jusqu'à la régie municipale en passant par la SCIC, la SEM et l'investissement partiellement ou totalement privé, avec ou sans small business act pour favoriser les entreprises du tissu local ou encore le recours au financement participatif…

L'économie de l'autoconsommation collective présente trois qualités pour devenir un système collaboratif au niveau local. Elle offre un bénéfice direct (électricité verte durablement moins chère que celle centralisée), une réponse positive pour ses besoins élémentaires et la possibilité de rencontrer des personnes qui veulent aller dans le même sens pour faire bouger la société. Elle est de surplus une source de sens, créatrice de richesse locale (dont des emplois). Elle devrait donc commencer à prospérer dès 2018, quand les conditions économiques de son développement seront connues (TURPE dédié et exonération CSPE, TICFE et autres taxes).

La révolution numérique et collaborative nous donne une puissance et une capacité d'action impressionnante pour accélérer la transition énergétique. Le politique pourrait être tenté de la restreindre « a priori », alors qu'il serait sagesse de la réguler « a posteriori », une fois qu'elle sera enclenchée et que nous pourrons en mesurer tous ses avantages et inconvénients. L'autoconsommation doit nous permettre d'inventer un nouveau service public de l'énergie qui intègre la dimension collaborative, afin qu'il coûte moins cher à qualité de service équivalente ou meilleure.

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4 Commentaires

  1. Cette analogie entre autoconsommation d’électricité et la culture potagère avait retenu mon attention il y a quelques mois. J’avais écrit ce petit texte.
    L’autoconsommation c’est parfait. J’autoconsomme les courgettes que je fais pousser dans mon jardin et en fais profiter mes voisins (gratuitement) quand j’en ai en trop. En échange mes voisins me donnent quelquefois des fraises de leur propre jardin. C’est parfait. Mais hélas, parfois il y a surproduction de courgettes et je n’ai trouvé aucune entreprise qui accepte de passer régulièrement chez moi pour récupérer ce surplus et surtout pas en me payant quoi que ce soit pour la marchandise.
    Et bien dans le système de l’autoconsommation électrique tel qu’il est conçu en France, c’est vraiment beaucoup mieux. Le surplus d’électricité que je produis avec mes panneaux photovoltaïques est repris instantanément par un organisme national, même quand il n’a pas besoin de la marchandise, et de plus à un prix fabuleux : 10 fois le prix de marché. Là c’est plus que parfait, c’est le pied.
    Mais me direz-vous comment fait-il cet organisme national pour s’en sortir puisqu’il perd de l’argent en achetant une marchandise bien plus chère que ce que l’on trouve sur le marché ?
    Et bien c’est simple : le super patron de cette entreprise, qui est l’Etat, a décidé que tous ceux qui n’étaient pas autoconsommateurs d’électricité devaient payer une taxe (la CSPE) pour que l’entreprise ne tombe pas en faillite.
    Au fond c’est un peu comme si tous ceux qui n’ont pas de jardin pour produire des courgettes dédommageaient les propriétaires de jardin pour tous les tracas et les frais que leur cause la culture de courgettes. Normal, non ?

  2. Monsieur Guezenec
    Vous goûtez peu la production potagère photonique, c’est votre droit, mais n’en dégoûtez pas les autres. La désinformation de votre texte m’interpelle. Le surplus d’électricité après autoconsommation est acheté entre 6 et 10 c€/kWh sans indexation ds le tps, selon la puissance de l’installation. Soit 1,5 à 2,5 fois le prix de marché de l’électricité de l’électricité d’aujourd’hui et sans doute moins que le prix de marché d’ici 10 ans! Nous sommes donc très en deçà de vos « 10 fois le prix de marché » !!!.
    N’ayez crainte, le monopole d’achat de cette électricité en surplus devrait bientôt tomber (cela soulagera-t-il EDF?), les compagnies d’électricités sont nombreuses à vouloir offrir un débouché à ce surplus d’électricité solaire.
    Donc, vous pourrez ainsi valoriser votre surplus de courgette sans problème :-).
    Bien cordialement
    Richard Loyen

  3. J’ajoute qu’avec une installation de moins de 3 kW, vous pouvez offrir vos kWh en surplus à Enedis pour compenser les pertes du réseaux de distribution. Vous donnez vos courgettes pour l’intérêt général !
    Stop à la désinformation solaire,
    Bien cordialement
    RL

  4. Sauf que ce que Richard oublie de dire, c’est que pour donner ses quelques kWh de surplus, Enedis vous fait payer une TURPE (obligation d’avoir un CRAE avec vente à tarif nul = don à la place d’une simple CAC).
    C’est proprement scandaleux et contraire à l’esprit de la loi voté en avril dernier.

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