Emmanuel Macron, ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique était l’invité, mardi, de la matinale d’Europe 1, l’occasion de distiller quelques phrases sur sa vision du futur en matière d’énergie, en particulier lors d’un échange avec Daniel Cohn-Bendit (voir ci-dessous). C’est la première fois qu’un ministre de l’industrie s’exprime aussi clairement sur le nucléaire et les futures énergies qui seront décentralisées. Reste à savoir si toutes ces bonnes intentions se retrouveront dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) en cours de discussion au sein du gouvernement. Si l’on connait globalement la « feuille de route », qui doit porter la contribution des renouvelables à 23% de la consommation d’énergie en 2020, le détail, filière par filière fait l’objet de transactions entre Bercy et le ministère de l’écologie. La réponse devrait être connu ce mois-ci lors de la mise en consultation du projet de PPE.
Daniel Cohn-Bendit : Bonjour Thomas, Bonjour Monsieur le ministre…Mais il y a une chose qui m’irrite, c’est que pendant cinquante minutes, je n’ai pas entendu parler de la modernisation par l’écologie. L’écologie est un facteur de modernisation de l’économie et on en parle très peu en France, on fait comme si l’écologie n’était que la contrainte, je crois que ce n’est pas vrai.
Emmanuel Macron : Je suis entièrement d’accord, je l’ai évoqué un peu tout à l’heure quand on parlait d’énergie, rapidement c’est vrai car on m’avait conduit plutôt sur le diésel. Je crois profondément que Dany a raison, la modernisation par l’écologie, c’est un des leviers de transformation. Quand on parle de l’industrie du futur, et je crois que Dany est d’accord, il ne faut plus opposer les modèles. Il y a un modèle productif, environnemental et social et il est aussi plus numérique. Parce que l’on va complétement repenser la façon de produire et de consommer. Quand on parle d’énergie aujourd’hui, c’est une solution pour consommer moins qui est donnée à chacun par le numérique pour mieux maitriser son énergie, son environnement mais aussi pour avoir des formes de production beaucoup plus décentralisées.
Daniel Cohn-Bendit : Emmanuel, d’accord, mais quand l’État ne compte pas le prix réel du nucléaire, il y a une distorsion du marché, et aujourd’hui, personne aujourd’hui en France ne parle du coût réel du nucléaire qui ne peut être financé que par le public. C’est un peu le contraire quand même du libéralisme !
Emmanuel Macron : Non, mais c’est vrai que l’énergie nucléaire, qui est une énergie dont la production est centralisée, et le cycle est extraordinairement long, parce qu’il est plus que séculaire, il n’y a de place que pour un financement public. Ce financement public, c’est un choix qui a été fait dans l’après-guerre, et donc on vit…
Daniel Cohn-Bendit : …Oui mais on n’est pas obligé de continuer l’après-guerre
Emmanuel Macron : … Non mais là où tu as raison, c’est qu’on est obligé pour le cycle productif et pour celles et ceux qui travaillent… Je crois que néanmoins on est obligé d’aller au bout du cycle et on le doit à celles et ceux qui travaillent dans cette industrie et comme au tissu industriel. Par contre ce qui est vrai c’est qu’on doit aller beaucoup plus vite, beaucoup plus fort sur les nouveaux choix industriels, et là Dany à raison, je suis convaincu de ça et peut-être que l’on n’est pas assez clair…
Daniel Cohn-Bendit : Il y a un exemple extraordinaire aujourd’hui, parce que tout de même Emmanuel macron veut incarner la modernité, c’est le Canada, avec Justin Trudeau, qui a surpris tout le monde en intégrant toute une modernité multiculturelle de la démocratie et je voudrais dire que l’exemple pour Emmanuel Macron devrait être le Canada aujourd’hui.
Voici la bande son de l'entretien…





