Sauver la technologie Nexcis à Rousset et rebondir ensuite

NexcisVoici le commentaire d’un lecteur du blog qui souhaite garder l’anonymat, en réaction à la note publiée vendredi dernier et disponible ici  

On peut saluer l'action des salariés de Nexcis pour sauver l'entreprise en mettant l'accent sur le potentiel d'innovation industrielle qu'elle porte. Celui ci est d'ailleurs conforté par la tribune des chercheurs du CNRS et de l'enseignement supérieur citée dans l'article.

Il se trouve qu'au niveau mondial la technologie des couches minces CIGS que développe Nexcis est en plein renouveau industriel avec en particulier en Asie (Japon, Chine, Corée, Taiwan) ou des usines de production de plusieurs centaines de MW se mettent en place au coté du leader Solar Frontier au Japon qui a déjà mis en place des capacités de production de près d'un GW).

Ce renouveau, en Chine, s'effectue en particulier grâce au rachat des technologies innovantes développées en Europe…qu'il s'agisse d'Avancis ou de Solibro. Ces entreprises en cessation d'activité il y a deux ou trois ans et rachetées par des entrepris Chinoises, reprennent aujourd'hui leurs production en Europe et sont à l'origine du lancement de chaines de production de plusieurs centaines de MW en Chine. C'est sur le fond une bonne chose pour le photovoltaïque en assurant la rebond des technologies couches minces, dont le potentiel en matière de réduction des coût est très important et c'est utile, et il faut le répéter, pour la transition énergétique mondiale vers les énergies renouvelables.

Il serait cependant grave que la technologie Nexcis, qui se situe dans la logique des technologies Solibro et Avancis, et qui en plus introduit une innovation majeure avec l'utilisation du dépôt électrochimique par voie atmosphérique des couches, dont Nexcis est leader mondial, disparaissent en ce moment, ou soit reprise ailleurs avec succès alors qu'elle a tous les atouts pour rester en France, à Rousset.

Il faut également resituer le cas de Nexcis dans le contexte européen et lui donner aussi une dimension européenne, ou la technologie CIGS a été développée de façon exceptionnelle grâce aux liens avec un réseau de centres de recherche très performants. Trouver une solution pour Nexcis sera également un succès – et un exemple – pour toute l'Europe montrant qu'il est possible de défendre nos entreprises innovantes photovoltaïques et d'assurer nous mêmes leur passage au niveau industriel jusqu'au bout.

Heureusement, contrairement à ce qui est écrit dans le communiqué, Nexcis n'est pas l'unique et le dernier centre de recherche photovoltaïque en Europe. Il existe toujours un réseau très solide de centres de recherche amont dans le domaine du photovoltaïque et du CIGS en particulier(dont l'IRDEP et l'INES en France et plusieurs autres en Allemagne, en Suède, en Hollande, en Belgique, en Suisse, en Espagne…) – le record mondial cellule à 21,7% est en Europe au ZSW à Stuttgart -, mais il est vrai que dans le segment situé entre les centres de recherche amont et l'industrie, avec des démonstrateurs pilote industriels à l'échelle 1, Nexcis est effectivement unique, et essentiel dans la chaine d'innovation.

Raison de plus pour appuyer une solution qui permette dans un premier temps de sauver la technologie Nexcis à Rousset et de rebondir ensuite, peut être même plus rapidement qu'on le pense.

Sur le même sujet

3 Commentaires

  1. C’est déjà un début d’exposé un peu sérieux, pourquoi n’organisez vous pas une levé de fond par crowfunding, il vous faut combien ? vos panneaux auront quel cout au m^2 pour quelle production électrique ? On a déjà vu dans ces colonnes un appel à lever des fonds, pourquoi pas vous ?

  2. Merci pour votre commentaire et votre proposition d’un appel à lever des fonds, c’est vrai que c’est une voie à explorer -les petits ruisseaux font le grandes rivières. Je ne connais pas les sommes à mettre en oeuvre pour Nexcis. Par contre je crois que dans le cas de Solibro (qui était cité dans une tribune de tecsol sur la défense de l’industrie photovoltaïque européenne en 2012, lors de sa mise en liquidation), le montant était autour de 30 millions d’Euros, mais c’était déjà une usine avec une production annuelle d’une quarantaine de MW (un stage un peu plus avancé que Nexcis. De l’avis des spécialistes c’était un prix intéressant. La société qui a repris Solibro est la société chinoise Hanergy, qui se positionne maintenant en champion de la technologie couches minces (voir son site) avec une production qui est repartie en Allemagne et des lignes en construction en Chine. Chose intéressante, un des marchés visés est celui du photovoltaïque intégré au bâtiment (BIPV), et des modules solibro commencent à être vendus dans les magasins IKEA (Solibro a été fondé par des chercheurs suédois). Ils devraient arriver en France fin 2015, mais sont déjà vendus dans d’autres pays européens. Cela prouve bien que le marché du BIPV en Europe est une perspective crédible. Les prix des panneaux couches minces, par exemple chez First Solar, sont inférieurs à 1 dollar par watt. Dans le cas du CIGS compte tenu du caractère plus récent de l’industrialisation, les effets d’échelle jouent moins et il sont probablement plus élevés et baisseront avec les volumes. La technologie atmosphérique Nexcis devrait également apporter un avantage sur les coûts de production.

  3. Je me rends compte que je vous ai répondu en euros par watt..qui est une unité un peu abstraite, alors que vous posiez la question : « coût au m^2 pour quelle production électrique? »
    la réponse complète est la suivante:
    Si un module a un rendement de 15 %, cela veut dire que sa puissance nominale est de 150 W par m^2. En effet le rendement est défini comme le rapport entre la puissance électrique fournie par le module et la puissance lumineuse solaire incidente qu’il reçoit dans des conditions normalisée d’éclairement, pour une puissance lumineuse de 1000 W par m^2, et dans des conditions de mesure en température de 25°C. Par ailleurs la répartition spectrale incidente est celle du soleil au niveau de la terre, après avoir traversé avoir traversé l’atmosphère. Sous nos latitudes, on considère que la lumière traverse une fois et demi l’épaisseur de l’atmosphère. on parle alors des conditions : air masse 1,5, notée sAM1.5 (hors atmosphère c’est noté AM0). Tout cela pour expliquer qu’avec un rendement de 15%, un module de 1 m^2 aura une puissance nominale de 150 W. Par conséquent, pour un prix de 1 euro par watt, le prix au m2 de ce module à 15% sera de 150 Euros. En fait on peux aussi directement raisonner sur le prix au m2 suivant les matériaux mis en œuvre et donc comparer avec les prix des tuiles, du verre de vitre, du plastique…Cela peut être intéressant d’aller un peu plus loin avec une grandeur encore plus proche de chacun, qui est le cout de l’électricité produite par ce module. Pour des conditions d’éclairement dans le sud de la France (à Rousset par exemple), l’énergie lumineuse reçue par un m2 et par an doit être d’environ 1500 kWh (1,5 MWh). Cela veut dire que qu’avec un rendement de 15%, l’énergie électrique produite par le module sera de 225 kWh.
    Sachant qu’il nous a coûté 150 Euros et pour une durée de production de 25 ans (soit 5525 kWh), le cout du kWh est donc de 2,7 centimes par kWh.
    Il s’agit bien sur du cout relatif au module lui même, il faut ajouter le cout du système (onduleur..), des frais d’installation, de maintenance et les frais financiers liés aux emprunts initiaux (c’est d’ailleurs un poste que peut être très lourd et dissuasif dans certain cas, d’où l’importance de l’innovation…financière en plus de l’innovation scientifique pour le développement du photovoltaïque à grande échelle!). Cela impacte donc le cout final de production du kWh, mais comme pour les modules tous ces couts tendent à baisser, ce qui fait que l’on arrive maintenant à des couts qui peuvent atteindre 10 centimes par kWh, voie moins. C’est ce que l’on appelle la parité réseau. On voit que le cout module autour de 2 centimes par kWh permet d’envisager dans les prochaines années une compétitivité avec le cout de production de base des énergies traditionnelles (par exemple 5 centimes du kWh). Ce cout de base peut être beaucoup plus élevé pour des pays ou des régions ne disposant pas d’un infrastructure suffisante au niveau de la production/distribution de l’électricité. De même l’électricité réseau a un prix qui varie beaucoup d’un pays à l’autre, cela fait que la compétitivité du photovoltaïque est plus ou moins forte.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisement -spot_img
- Advertisement -spot_img

Derniers articles

- Advertisement -spot_img