Voici le discours de Bruno Léchevin, président de l’Ademe, prononcé en d’ouverture du colloque sur « les énergies renouvelables dans le mix électrique français ».
« Bienvenue à cette première manifestation ADEME entièrement consacrée au mix électrique renouvelable.
Votre seule présence ici ainsi que le déroulé de ces 2 jours en attestent : ce mix n’est pas qu’une affaire de spécialistes énergéticiens, il touche tous les acteurs : entreprises, collectivités, élus, associations et pouvoirs publics. La nécessaire évolution de nos modes de production et de consommation d’énergie, tant pour des questions de gestion des ressources et d’indépendance énergétique, de lutte contre le changement climatique que de création de valeurs et d’emplois, implique des transformations importantes : l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables. Ces transformations nécessitent la participation de chaque acteur si l’on veut espérer pouvoir atteindre l’objectif du facteur 4, tout en maintenant la qualité de vie et le bien être de nos concitoyens. Dans ces transformations, chacun aura à prendre sa part, toute sa part, et il serait évidemment stérile de se renvoyer la balle les uns aux autres ou de tout attendre de tel ou tel grand acteur.
Changer de modèle énergétique, ça veut dire pour moi le transformer certes progressivement mais aussi résolument. C’est un peu, pour prendre une image, passer d’une logique de production et de distribution en forme de château d’eau à une logique de réseau, un réseau à l’image d’internet où chacun pourrait être à la fois producteur et consommateur, un réseau flexible, intelligent, innovant. Les énergies renouvelables, c’est l’opportunité de diversifier et de décentraliser la production et grâce à une évolution adaptée des réseaux de favoriser les échanges à toutes les échelles. Diversifier les technologies et les solutions, là est le maître mot : il ne s’agit pas de passer d’une logique du tout nucléaire à une logique du tout éolien ou du tout solaire, c’est la logique du « tout » qui est dangereuse par nature, elle accroît notre vulnérabilité et n’est pas soutenable dans le temps. La résilience de notre système électrique passe par la mixité des technologies qui le composent. De même, ces transformations nous invitent également à une amélioration de la gouvernance de l’énergie. Une gouvernance qui donnera la possibilité aux acteurs qui s’engagent sur le terrain d’occuper toute leur place. Il n’est pas question ici que certains acteurs se substituent à d’autres mais au contraire que les rôles des uns et des autres se complètent, au service d’un système global qui doit maintenir une péréquation tarifaire équitable, garantir la sécurité d’approvisionnement, mais qui doit aussi savoir s’adapter à de nouvelles opportunités et à de nouveaux défis.
Ces 2 jours arrivent à point nommé pour se poser, faire l’état des lieux, décliner les objectifs de la loi et voir, demain, filière par filière, l’état d’avancement et la palette d’instruments et d’outils disponibles tant pour les entreprises que pour les collectivités.
Ces 2 jours arrivent également à point nommé pour se réjouir, sans angélisme mais en reconnaissant que les EnR font partie du paysage et représentent aujourd’hui près de 20 % de notre mix électrique, dont 5 % hors hydraulique. Quelles que soient les variations annuelles, le trend est là, ici et à travers le monde. Les EnR commencent même à remporter des appels d’offres qui ne leur sont pas réservés, comme cela a été récemment le cas au Chili avec une offre solaire.
Et c’est là également une bonne nouvelle pour nos marchés à l’export : Fabrice Boissier, notre Directeur général délégué en parlera plus précisément mais l’innovation et les investissements d’avenir nous permettent d’être en première ligne pour construire de futurs leaders mondiaux, comme c’est le cas de l’usine d’éolienne offshore d’Alstom inaugurée l’fin 2014 par le premier ministre.
Bref, tout concourt à ce que les EnR deviennent de plus en plus compétitives : Innovation, courbe d’apprentissage, facteur d’échelle… Dans le même temps, le coût du nucléaire est amené à augmenter avec le renouvellement d’une partie du parc et le renforcement des exigences de sureté. On peut certes discuter les évaluations chiffrées et les horizons de temps, mais basiquement quand une courbe baisse (celle du kwh issus des EnR) et l’autre monte (celle du kwh nucléaire), on peut raisonnablement penser qu’elles finiront probablement par se croiser…
Quant à l’emploi, là encore, il y a matière à être optimiste : en effet, l’emploi lié à l’installation et à la maintenance est grosso modo proportionnel à la puissance installée, donc si celle-ci augmente, l’emploi augmente avec, et ce n’est pas sa moindre caractéristique, c’est un emploi non délocalisable. Sans compter de nouveaux emplois que pourraient créer les industriels en investissant, une fois rassurés par une plus grande visibilité des objectifs nationaux à moyens terme.
Quant à notre ambitieux objectif national, les régions ne sont pas en reste : imaginez que si on additionne tous les objectifs que se sont fixées les régions dans leur SRCAE, on obtient un résultat supérieur à l’objectif national en 2020 ! alors, certains esprits chagrins souligneront qu’il ne s’agit que de prévisions parfois hétérogènes et pas toujours stabilisées… néanmoins, vous ne m’ôterez pas qu’elles témoignent au moins du volontarisme et de la dynamique des territoires !
Même nos concitoyens soutiennent ces avancées : selon un sondage financé par l’ADEME et réalisé en octobre 2014 auprès de 1000 personnes, à plus de 95 %, ils continuent à avoir une perception trés positive des EnR, et intègrent à près de 90 % un souhait que l’énergie soit produite localement, quitte à être un peu plus chère. Cette appétence pour les EnR devrait encore être renforcée grâce à la loi sur la transition énergétique qui permet de développer le financement participatif, ce qui peut créer des liens encore plus étroits entre nos concitoyens et les installations et favoriser leur acceptation sociale.
Pour finir cette introduction, quelques mots sur nos activités et actualités. Quant on pense ADEME et énergies renouvelables, souvent, on pense en premier lieu à la chaleur renouvelable, grâce notamment à l’importance des réalisations permises via le fond Chaleur. Mais derrière ce puissant outil, qui devrait d’ailleurs être doublé d’ici 2017, l’ADEME conduit bien d’autres activités. Pour n’en citer que quelques unes :
- L’animation et la gestion des programmes d’investissement d’avenir, avec un volet sur les EnR et un autre sur les smart grids, notamment, je les ai déjà cités
- L’élaboration de guides pratique, tant à destination des porteurs de projets que des élus comme c’est le cas avec nos guides sur l’éolien et sur le photovoltaïque
- La conduite d’études et de prospectives, souvent en partenariat, comme c’est le cas par exemple de l’étude sur le développement des énergies marines et la préservation de la biodiversité que nous avons mené avec l’UICN (union internationale de conservation pour la nature).
C’est le cas également d’une étude toujours en cours sur le mix électrique renouvelable, dont la mise en avant médiatique ces derniers jours ne vous aura sans doute pas échappé et j’aimerai ici en dire quelques mots.
D’abord sachez que pour l’ADEME, côté études, il y a 3 choses qui peuvent nous peiner et que nous voulons donc d’éviter :
1. que nos travaux n’intéressent personne
2. que notre public se limite à la lecture du résumé
A l’aune de ces 2 premiers critères, nous devrions nous réjouir de l’agitation qu’a généré la diffusion indépendante de notre volonté de cette étude encore en cours… mais ce serait passer à côté de la 3ème chose que nous tentons d’éviter :
Que nos travaux soient détournés, caricaturés, instrumentalisés… et qu’au passage, de polémique en polémique, on passe à côté de la substantifique moelle et de la réelle valeur ajoutée de ces travaux.
Notre objectif est de susciter l’attention et non de durcir les tensions ou de servir de punching ball.
Comme nous l’avons affirmé, réaffirmé, cette étude n’est pas terminée et je n’en commenterai donc bien entendu pas les résultats ici et me limiterai à partager le contexte et à préciser où nous en sommes :
Nous avons commandé en 2013 une étude technique avec l’ambition de vérifier la capacité à assurer l’équilibre du réseau électrique si on augmente massivement la part d’EnR. Dès le départ, l’étude a été conçue comme un travail exploratoire à vocation scientifique et technique. Elle met ainsi en lumière les mesures techniques à mettre en œuvre pour accompagner une politique de croissance massive des EnR électriques : il s’agit notamment du renforcement des réseaux, de l’effacement et du stockage. Elle vise également à identifier les facteurs clés pour un développement des énergies renouvelables comme la maîtrise de la demande en énergie, le développement de la flexibilité, le soutien à la R&D, l’acceptabilité sociale des EnR.
L’étude dans une forme intermédiaire a été diffusée, il y a quelques mois, à des membres d’un comité de concertation regroupant les acteurs du système électrique afin de recueillir leurs commentaires. C’est d’ailleurs cette version qui a fuité et a été mise en ligne la semaine dernière sur un site Internet d’information… Au premier trimestre donc, les échanges avec le comité nous ont conduits à lancer, en accord avec les services du ministère, des travaux complémentaires pour réaliser des analyses de sensibilité sur certaines hypothèses comme la baisse des coûts des technologies ou la capacité de piloter la demande par exemple. L'étude ainsi complétée devrait être publiée avant la fin de l’été.
En osant imaginer un mix électrique jusqu’à 100 % renouvelable, nous permettons de passer d’une hypothèse jusqu’ici impensable pour la majorité des acteurs à une hypothèse possible sous certaines conditions, qu’il s’agisse des aspects techniques, économiques, dont notamment le coût supportable par la collectivité ou encore de l’acceptabilité sociale … mais nous ne disons pas pour autant que c’est ce qu’il faut faire !
Et c’est là aussi l’un de nos rôles de précurseur : savoir parfois questionner ce que l’on croit a priori impossible pour permettre à tous les acteurs d’évoluer dans leur jugement et leur perception de l’avenir et construire ensemble des visions du futur.
Cette capacité de projection à 2050 ne nous empêche pas, bien au contraire, d’avoir des prospectives et des actions à plus court terme pour préparer demain dès aujourd’hui, les pieds bien ancrés dans les territoires.
Et ce n’est là que pragmatisme : comment pourrait-on imaginer de très forts taux d’intégration de renouvelables à l’horizon 2050 si nous ne relevons pas avec force et conviction des défis intermédiaires ? et c’est bien là tout l’enjeu de la transition énergétique : fixer un horizon lointain et les moyens d’atteindre des étapes intermédiaires.
Cette première étape, contenue dans nos scenarios à la fois réalistes et ambitieux, elle se concrétise pleinement dans la loi sur la transition énergétique en faveur de la croissance verte et notamment son objectif de 40 % d’énergies renouvelables électriques en 2030 ! Les prospectives 2030-2050 de l’ADEME sont d’ailleurs en totale cohérence avec cette ambition.
40 % d’énergies renouvelables électriques en 2030 : La volonté politique nationale existe, la dynamique territoriale également : reste à traiter les questions de gouvernance, de jeu d’acteurs et de mise en œuvre opérationnelle.
Et ce n’est pas là le moindre des défis que vous aurez à relever collectivement durant ces 2 jours !
Je m’arrêterai là, en vous souhaitant 2 jours de riches échanges,
Merci.»






Les courbes se croisent. Ou se sont déjà croisées.
Démonstration avec le tarif d’achat comparé entre le nucléaire EPR en projet en Grande-Bretagne et celui du solaire photovoltaïque en Allemagne.
http://energeia.voila.net/electri2/nucle_gb_solaire_de.htm
Le tarif d’achat annoncé à 92,5 livres sterling (de 2012) le MWh en Grande-Bretagne en était déjà à 97 £/MWh en 2014 puisqu’il est indexé sur l’inflation britannique depuis 2012. Ce qui nous faisait 117 €/MWh (135 €/MWh au taux de change actuel).
Ce tarif sera payé et encore indexé
pendant 35 ans après sa mise en service hypothétique en 2023.
Mais en Allemagne, le tarif d’achat de l’électricité photovoltaïque de 500 kWc ou plus est déjà descendu à 91 €/MWh pour une installation mise en service en janvier 2015.
A noter que le tarif d’achat est pour une durée de 20 ans en Allemagne, comme dans la plupart des pays, mais seulement de 15 ans pour les énergies renouvelables en Grande-Bretagne.
Sur la base d’un coût de construction de 8,5 milliards d’euro annoncé en décembre 2012, le coût de production de l’EPR de Flamanville en France était déjà estimé à 107 €/MWh.
Qu’en sera-t-il avec un coût de construction qui aura augmenté avec les retards et problèmes qui s’accumulent ?
Les courbes se sont déjà croisées !!!
Flamanville: coût 9 Milliard + sans doute 1 Milliard pour essayer de finir le chantier en démontant le haut de la cuve: soit 10Milliard€
Production (http://www.areva.com/FR/activites-2397/france-flamanville-3.html) 13 000 Milliard Wh
Soit 1€ de coût de fabrication pour 1300Wh de production annuel. Sans compter le combustible, la gestion et maintenance, les déchets …
Pour du PV: nous sommes 1 à 1.2€ pour 1150Wh sur Clermont Ferrand !!! Avec un coût de combustible à 0 et de maintenance de l’ordre de 5% de production. Quand aux déchets ils se recyclent pour refaire d’autres panneaux. Et je ne parle même pas d’un incident nucléaire qui peut coûter (suivant les sources et le sens du vent le jour de l’incident) entre 200 et 800 Milliard € …
Je ne suis pas contre le nucléaire car pour l’instant nous sommes pieds et points liés avec nos 75% de production nucléaire, mais SVP ouvrons les yeux !!!