Dans un point de vue, publié dans l’édition du 12 février du quotidien « Les Echos », Jean-Louis Bal, président du Syndicat des Énergies Renouvelables, enjoint les pouvoir publics de ne pas passer à côté d’un « phénomène mondial »
« Le monde connaît une révolution qui, depuis une décennie, bouscule l’ordre énergétique établi. On regrettera que, en France, ce phénomène soit méconnu en dehors du cercle des entrepreneurs français du secteur, qui désormais exportent leur savoir-faire. Les énergies renouvelables s’imposent désormais comme des solutions économiques, rationnelles et accessibles.
Quelques chiffres illustrent ce mouvement : de 40 milliards de dollars en 2004, le montant des investissements mondiaux dans le secteur des énergies renouvelables électriques s’est établi à plus de 300 milliards en 2014 avec, faut-il le rappeler, des coûts unitaires (en dollar/kW) beaucoup plus faibles traduisant une montée exponentielle des capacités de production installées. Éolien, solaire et hydroélectricité se sont partagés la majeure partie des colossaux investissements qui ne connaissent malheureusement pas la même publicité que l’exploitation conjoncturelle de quelques gisements de gaz de schiste ! Pourquoi un tel dynamisme ? Deux raisons principales expliquent le développement des énergies renouvelables de Santiago à Pékin en passant par Johannesburg, Addis-Abeba, Washington ou New Dehli.
Tout d’abord, leur compétitivité avérée constitue le principal moteur de cette révolution. La montée en puissance régulière des volumes portés, au départ par des politiques européennes de diversification, ont conduit à de substantielles économies d’échelle, à des ruptures technologiques ou à des progrès techniques incrémentaux rendant possible la remarquable baisse des coûts. Ce n’est d’ailleurs qu’un début. Pour le reste ; le soleil, le vent et l’eau alimentent les équipements de façon régulière et quasiment gratuite. C’est pourquoi, à la grande différence des produits fossiles, les énergies renouvelables sont plus une affaire de coûts d’investissement que de coûts d’exploitation, les coûts d’investissement baissant chaque année.
Par ailleurs, dans un monde où les ressources fossiles sont si mal réparties, chaque pays dispose de ressources renouvelables à portée de main. Plus de 140 pays ont programmé un déploiement de ces formes d’énergie envisageant, à cette occasion, une consolidation de leur indépendance énergétique et la réduction du déficit de leur balance commerciale. Notons, au passage, qu’il ne s’agit plus d’une « lubie de pays riches » mais d’un phénomène mondial.
Bien sûr, nous entendons ces esprits chagrins brandir les récents aléas des prix du brut et leur niveau particulièrement faible pour discréditer une nouvelle fois les renouvelables. A ceux-là, il convient de rappeler quelques éléments utiles.
Si la baisse des prix du pétrole permet un gain de pouvoir d’achat pour les ménages français, on parle de 20 milliards d’euros, tant mieux ! Profitons-en pour accélérer la transition énergétique et le développement des énergies renouvelables. Avec ces marges de manœuvre nouvelles, préparons l’après-contre-choc pétrolier qui ne saurait tarder. Les précédents épisodes de prix bas ont toujours été éphémères
La baisse des prix du pétrole rend-elle nos émissions de gaz à effet de serre moins nocives pour autant ? Malheureusement pas. La tenue de la Conférence climat à Paris devrait d’ailleurs nous aider à poser les bases d’une véritable fiscalité carbone efficace et pérenne et à renforcer encore la place des énergies renouvelables comme des solutions positives.
Aucun consensus ne sera trouvé sur la base d’un appel à la contrition et à l’ascétisme. Il ne fait pas de doute que l’accès à une énergie bon marché et abondante est l’une des conditions de la prospérité mondiale et du développement humain. Ces formes d’énergie permettent de réconcilier approvisionnement énergétique des sociétés humaines et absolue nécessité de ménager notre climat. Elles ont désormais fait leurs preuves. L’Europe et la France ne doivent en aucun cas relâcher leurs efforts au risque de manquer cette révolution industrielle mondiale. »





