La montée en puissance de l’intelligence artificielle (IA), et en particulier de l’IA générative, s’accompagne d’un bouleversement énergétique et environnemental d’ampleur, que l’Autorité de la concurrence analyse dans une étude publiée le 17 décembre 2025. Si l’IA est perçue comme un levier stratégique pour la compétitivité européenne, son développement exerce une pression croissante sur les infrastructures électriques, les ressources naturelles et, in fine, sur le jeu concurrentiel entre acteurs.
Au cœur de cette dynamique se trouvent les centres de données. Essentiels au fonctionnement des modèles d’IA, ils représentent aujourd’hui environ 1,5 % de la consommation mondiale d’électricité. Mais leur poids pourrait plus que doubler d’ici à 2030 sous l’effet de la demande liée à l’IA. En France, la consommation des data centers, estimée à 10 TWh au début des années 2020, pourrait atteindre entre 12 et 20 TWh en 2030, puis jusqu’à 28 TWh en 2035, soit près de 4 % de la consommation nationale. Cette croissance rapide soulève des difficultés d’accès au réseau électrique et renforce les enjeux liés au prix et à la prévisibilité de l’énergie, alors que l’électricité représente jusqu’à la moitié des coûts d’exploitation d’un centre de données.
Face à ces tensions, les grands acteurs du numérique multiplient les partenariats d’approvisionnement en énergie décarbonée, qu’il s’agisse d’énergies renouvelables ou de nucléaire. Une stratégie qui peut sécuriser les coûts, mais qui risque aussi de conférer un avantage décisif aux acteurs capables de conclure de tels accords, au détriment des plus petits.
L’impact environnemental de l’IA ne se limite pas à l’électricité. Les centres de données consomment des volumes croissants d’eau, notamment pour le refroidissement des serveurs, dans un contexte de stress hydrique accru. À cela s’ajoutent les besoins en métaux rares pour la fabrication des équipements, dont l’extraction pose de lourds problèmes environnementaux. Sur le plan climatique, plusieurs géants du numérique reconnaissent désormais une hausse significative de leurs émissions de gaz à effet de serre, liée à l’expansion de leurs infrastructures d’IA.
Dans ce contexte, l’Autorité de la concurrence identifie trois enjeux clés. D’abord, garantir un accès équitable à l’énergie et aux infrastructures de raccordement. Ensuite, permettre à la « frugalité » – c’est-à-dire la capacité à proposer des services d’IA moins gourmands en ressources – de devenir un véritable paramètre de concurrence. Enfin, encadrer la standardisation des méthodes de mesure de l’empreinte environnementale, afin d’assurer transparence et comparabilité entre acteurs.
En filigrane, l’étude appelle à une vigilance accrue : sans règles claires et données fiables, l’essor énergétique de l’IA pourrait renforcer la concentration du secteur, au détriment d’une concurrence fondée sur les mérites et compatible avec les objectifs climatiques.





