Au Forum économique mondial de Davos, la table ronde consacrée à la sécurité énergétique a dessiné un horizon clair : l’économie mondiale entre dans l’âge de l’électricité, et cette bascule crée une fenêtre unique pour le solaire, technologie la plus rapide à déployer à grande échelle. Les intervenants ont convergé sur un point : la demande électrique s’emballe, sous l’effet conjugué de la numérisation et, surtout, de l’essor des centres de données liés à l’intelligence artificielle.
Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), rappelle que la demande d’électricité croît désormais près de trois fois plus vite que la demande énergétique totale. Il cite trois moteurs majeurs : les data centers, la climatisation et les véhicules électriques. Or, pour répondre à ce choc, la production devra s’appuyer sur trois piliers : les renouvelables, le gaz et le nucléaire. Dans cette triade, les renouvelables — et en particulier le solaire — apparaissent comme le levier le plus immédiatement mobilisable, avec un avantage déterminant : la capacité à ajouter rapidement des gigawatts, là où les infrastructures pilotables (gaz, nucléaire) se heurtent à des délais industriels et administratifs beaucoup plus longs.
Cette « course à l’électricité » n’est pas seulement une affaire de capacité installée, mais de disponibilité. Les centres de données exigent une alimentation 24/7, ce qui renvoie directement au besoin de stockage et de flexibilité. Andres Gluski, patron d’AES, insiste sur la montée en puissance des batteries, dont les coûts ont fortement chuté : elles deviennent « un marteau » utilisable pour de multiples usages, notamment pour mieux exploiter le réseau existant. En clair : le couple solaire + batteries devient un outil de sécurité énergétique, capable de lisser les pointes, de réduire les congestions et d’apporter de la capacité là où le réseau est saturé.
Plusieurs interventions pointent d’ailleurs l’enjeu central des réseaux. Gluski note que l’on installe des charges gigantesques (data centers) tout en opérant encore les infrastructures « comme dans les années 1950 ». Il évoque des solutions techniques rapides — pilotage, batteries, optimisation de la capacité réelle des lignes — qui conditionnent l’intégration massive des renouvelables. Le message est net : le solaire ne manque pas de compétitivité, mais il a besoin d’un système électrique modernisé pour livrer pleinement ses bénéfices.
Du côté industriel, Mike Henry (BHP) met en lumière un chaînon souvent oublié mais crucial pour le solaire et les réseaux : le cuivre. Les installations solaires, les postes, les câbles, les extensions de réseau et les data centers sont tous « cuivre-intensifs », alors que l’ouverture de nouveaux gisements devient plus complexe. Fatih Birol élargit encore : au-delà de l’extraction, la vulnérabilité se situe dans la raffinerie et la transformation, très concentrées au niveau mondial — un point de tension stratégique pour l’ensemble de la transition électrique.
Enfin, la géopolitique traverse toute la discussion. Pour l’AIE, l’énergie doit désormais être hissée au rang de sécurité nationale : les États veulent produire davantage « chez eux », ce qui peut accélérer l’installation de renouvelables domestiques. Le solaire, par sa modularité et sa rapidité, apparaît alors comme un instrument de souveraineté, à condition que les chaînes d’approvisionnement, les réseaux et le stockage suivent le rythme.
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