Le secteur des énergies renouvelables, et en particulier la filière solaire, traverse une zone de fortes turbulences. En cause : l’absence persistante de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), attendue depuis plus de deux ans et censée fixer les objectifs énergétiques de la France à l’horizon 2035. Sans cette feuille de route stratégique, de nombreux projets sont à l’arrêt et les conséquences sociales commencent à se faire durement sentir.
« Il y a une urgence absolue. Chaque semaine compte », alerte Stéphane Maureau, dirigeant de l’entreprise UNITe, spécialisée dans la production d’électricité renouvelable. À la tête d’une structure d’une centaine de salariés, il redoute désormais des suppressions de postes imminentes. « Ce sont les équipes de développement, celles qui préparent les projets de demain, qui sont aujourd’hui menacées », explique-t-il, évoquant jusqu’à 25 emplois en sursis.
Depuis 2024, les gouvernements successifs promettent la publication de la PPE « prochainement ». Dernière échéance annoncée : fin janvier ou début février 2026. Mais le texte se fait toujours attendre. Résultat : appels d’offres suspendus, investissements gelés et incertitude totale pour les entreprises. « L’État nous dit qu’il réfléchit à la prochaine loi et, en attendant, on arrête tout ce qui était programmé », dénonce Stéphane Maureau, parlant d’un « brouillard mortifère ».
Des suppressions de postes déjà engagées
Cette situation n’est pas isolée. En Auvergne-Rhône-Alpes, Clara Trevisiol, co-dirigeante de Monabee et présidente du syndicat Aura Digital Solaire, tire elle aussi la sonnette d’alarme. Selon elle, près de la moitié des 135 entreprises adhérentes envisagent de réduire leurs effectifs de 15 à 20 %. « Cela représente potentiellement une dizaine de milliers d’emplois, directs et indirects, rien que dans la région », souligne-t-elle. Un chiffre « colossal » pour un secteur censé être au cœur de la transition énergétique.
Au niveau national, le constat est partagé par Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER). « C’est potentiellement des dizaines de milliers d’emplois qui sont menacés », affirme-t-il, rappelant que les énergies renouvelables représentent environ 400 000 emplois directs et indirects en France, dont près de 80 000 pour le solaire et l’éolien. « L’enjeu est pourtant clair : décarboner notre économie et réduire notre dépendance aux énergies fossiles, qui couvrent encore les deux tiers de notre consommation », insiste-t-il.
Sur le terrain, les conséquences sont déjà bien réelles. Bruno Gervais, gérant du bureau d’études Apem Énergie en Isère, a dû se résoudre à licencier une quinzaine de salariés depuis l’été dernier. « Nous sommes sous-traitants. Quand les installateurs n’ont plus de visibilité, ils n’ont plus de projets à nous confier », explique-t-il. Malgré une restructuration, l’entreprise reste suspendue aux décisions de l’exécutif.
Le solaire n’est pas la seule filière touchée : l’éolien connaît lui aussi un net ralentissement. À défaut d’une clarification rapide des ambitions énergétiques de l’État, c’est l’ensemble de la dynamique industrielle des renouvelables qui pourrait s’enrayer durablement, au risque de compromettre à la fois les objectifs climatiques et l’emploi.





