Longtemps considéré comme une énergie d’appoint, le solaire photovoltaïque s’impose aujourd’hui comme l’un des leviers majeurs de la transition énergétique mondiale. Dans un épisode récent du podcast Chaleur humaine, animé par Nabil Wakim, le chercheur Stéphane Collin dresse un état des lieux précis, nuancé et largement optimiste de cette filière en plein essor.
À l’échelle mondiale, le constat est spectaculaire : en seulement deux ans, entre 2022 et 2024, la capacité solaire installée est passée de 1 à 2 térawatts. « On a installé autant de solaire en deux ans que depuis le début de l’histoire du photovoltaïque », souligne le chercheur. Cette dynamique dépasse largement les scénarios les plus ambitieux des institutions internationales. En France comme dans le monde, le solaire représente aujourd’hui un peu plus de 5 % de la production d’électricité — un chiffre qui peut sembler modeste, mais qui a plus que doublé en moins de dix ans.
Une énergie devenue compétitive
Cette accélération repose avant tout sur une chute spectaculaire des coûts. Le prix des panneaux photovoltaïques a été divisé par dix entre 2010 et 2020, rendant l’électricité solaire compétitive face aux autres sources d’énergie. Si les modules ne représentent plus qu’environ 15 % du coût total d’une installation, la baisse globale des prix a profondément changé l’équation économique.
Le développement massif du solaire doit beaucoup aux politiques industrielles menées d’abord en Europe, puis en Chine, où les soutiens publics ont permis l’émergence d’une industrie aujourd’hui dominante. Résultat : l’essentiel des cellules photovoltaïques est désormais fabriqué en Asie. Une situation qui pose des enjeux de souveraineté énergétique et industrielle. L’Union européenne s’est ainsi fixé un objectif de relocalisation partielle, visant à produire environ 30 % des panneaux installés sur son sol.
Intermittence : un faux problème ?
Souvent critiqué pour sa variabilité, le solaire pose certes des questions de gestion du réseau, mais pas de blocage technique majeur. « Il ne s’agit pas d’un problème, mais d’un système à adapter », insiste Stéphane Collin. Le foisonnement géographique, la complémentarité avec l’éolien, le recours au stockage de courte durée — notamment via les batteries — et le pilotage de la demande permettent déjà d’intégrer des parts élevées de renouvelables, comme le montrent des pays tels que l’Espagne ou l’Australie.
À horizon 2050, les scénarios de RTE convergent : quel que soit le mix retenu, le solaire jouera un rôle central, représentant potentiellement 20 à 40 % de la production électrique française.
Biodiversité, sols et usages : un débat à arbitrer
Le développement du solaire soulève néanmoins des interrogations légitimes sur l’usage des sols et l’impact sur la biodiversité. Pour le chercheur, la réponse n’est pas le rejet, mais le discernement. Les toitures, les ombrières de parking, les infrastructures existantes offrent un potentiel considérable. À elles seules, les toitures bien orientées pourraient couvrir plus de la moitié des besoins solaires français à l’horizon 2050.
L’agrivoltaïsme, souvent controversé, peut constituer une solution pertinente à condition d’être strictement encadré pour garantir le maintien des rendements agricoles. Là encore, prudence et expérimentation sont de mise.
Un levier à portée de tous
Au-delà des grandes stratégies nationales, le solaire offre aussi une capacité d’action directe aux particuliers, aux collectivités et aux entreprises. Une installation domestique standard de 20 m² permet de couvrir la consommation électrique annuelle d’un foyer hors chauffage. Malgré une baisse récente du tarif de rachat du surplus, l’autoconsommation reste économiquement intéressante dans de nombreux cas.
Pour Stéphane Collin, le photovoltaïque a aussi une dimension profondément démocratique : « C’est une énergie disponible partout, que chacun peut s’approprier ». Une technologie mature, perfectible, recyclable, et déjà suffisante pour engager la sortie des énergies fossiles.
Face aux urgences climatiques et géopolitiques, le message est clair : le solaire n’est plus une promesse lointaine, mais une solution immédiatement mobilisable. Reste désormais à faire des choix collectifs assumés sur la manière de le déployer.
Un collectif de chercheurs, auquel participe Stéphane Collin, et Macha Bellinghery, ont édité la bande dessinée présentée ci-dessous.





