vendredi, février 6, 2026
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Flexibilités dynamiques : la clé d’un système électrique décarboné et pilotable

Avec la montée en puissance du solaire photovoltaïque, de l’éolien et l’électrification croissante des usages, le système électrique français entre dans une nouvelle ère. Dans un rapport publié en février 2026, le comité de prospective de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) analyse en profondeur les nouveaux équilibres dynamiques entre l’offre et la demande d’électricité et identifie les leviers économiques permettant de maintenir la stabilité du réseau tout en maîtrisant les coûts.

Un système de plus en plus volatil

Le constat est désormais bien établi : le développement des énergies renouvelables dites « fatales », en particulier le solaire et l’éolien, accroît fortement la variabilité de la production électrique. Cette évolution se traduit par une volatilité croissante de la demande résiduelle, c’est-à-dire la part de la consommation qui doit être couverte par des moyens pilotables (nucléaire, hydraulique, thermique).

Les besoins de flexibilité se concentrent désormais sur des horizons courts – de quelques jours à quelques heures avant le temps réel – notamment en milieu de journée, lorsque la production photovoltaïque est abondante. À l’échelle européenne, ces besoins de flexibilité intra-journalière pourraient doubler d’ici 2030.

Les flexibilités dynamiques plutôt que le tout-stockage

Le rapport souligne que le stockage, s’il constitue une solution utile, ne peut à lui seul répondre à l’ensemble des besoins d’équilibrage. La CRE met en avant le concept de flexibilités dynamiques, définies comme la capacité à ajuster en amont la production, la consommation ou le stockage, afin d’anticiper les déséquilibres liés aux aléas météorologiques et à la variabilité de la demande.

Ces flexibilités reposent sur plusieurs leviers déjà opérationnels ou en voie de maturité :

  • l’effacement diffus dans les bâtiments,
  • le stockage stationnaire par batteries, dont les coûts chutent rapidement,
  • le pilotage intelligent de la recharge des véhicules électriques (V1G),
  • à plus long terme, l’hydrogène par électrolyse ou de nouvelles technologies de stockage.

Point notable : nombre de ces modèles économiques sont déjà rentables sans soutien public direct, à condition de disposer des bons signaux de marché et d’une infrastructure numérique adaptée.

Adapter les marchés et les outils numériques

Pour accompagner ces évolutions, la CRE formule plusieurs recommandations structurantes. La première concerne les marchés de l’électricité : les produits actuels « base », « pointe » et « heures creuses » ne reflètent plus la réalité d’un système marqué par la « cloche solaire ». Le rapport propose ainsi la création de contrats à terme spécifiques au solaire, couvrant les heures centrales de la journée, afin d’envoyer des signaux prix cohérents avec la production photovoltaïque.

Autre enjeu majeur : la standardisation des échanges de données entre équipements, fournisseurs, agrégateurs et gestionnaires de réseaux. Sans interopérabilité ni automatisation, les flexibilités resteront marginales. La CRE insiste également sur les risques croissants en matière de cybersécurité et de souveraineté numérique, dans un système de plus en plus connecté.

Une condition essentielle de la transition énergétique

En filigrane, le message du régulateur est clair : la réussite de la transition énergétique ne repose pas uniquement sur le déploiement de capacités de production décarbonées, mais sur la capacité du système à s’adapter dynamiquement à leurs contraintes. Sans flexibilités, l’essor du solaire et de l’éolien se heurtera à des limites économiques et opérationnelles croissantes. Avec elles, ces énergies deviennent au contraire un atout central d’un système électrique robuste, compétitif et décarboné.

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