La future Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), que le gouvernement entend publier par décret d’ici la fin de la semaine prochaine, continue de cristalliser les tensions politiques. Invité ce dimanche sur RTL, dans l’émission Le Grand Jury, Sébastien Chenu, vice-président de l’Assemblée nationale et figure du Rassemblement national, a vivement critiqué la méthode de l’exécutif et n’a pas exclu le recours à une motion de censure.
Pour le député RN, la PPE constitue un document « éminemment stratégique » qui ne peut être adopté sans un vote du Parlement. « Pourquoi contourner le Parlement ? Un débat n’est pas un vote », a-t-il martelé, accusant le gouvernement de gouverner « contre le peuple et contre ses représentants ». Selon lui, l’absence de vote traduit moins un manque de débat qu’une absence de majorité politique sur le fond de cette feuille de route énergétique.
Si le Rassemblement national se dit favorable à la relance du nucléaire, y compris à l’inscription de six nouveaux EPR dans la PPE, Sébastien Chenu estime que le texte ne se limite pas à cette orientation. « Il n’y a pas que le nucléaire », souligne-t-il, dénonçant une « montée en puissance des énergies intermittentes », en particulier l’éolien et le solaire, que son parti continue de contester.
Le député plaide pour un débat élargi sur d’autres filières, qu’il juge insuffisamment soutenues par le gouvernement : la biomasse et l’hydrogène. « Nous voulons une ligne claire, pas l’éternel “en même temps” du gouvernement », insiste-t-il, reprochant à l’exécutif de multiplier les orientations sans trancher réellement.
Interrogé sur la possibilité d’une motion de censure liée à la publication de la PPE par décret, Sébastien Chenu reste volontairement ambigu : « On ne s’interdit rien. Pourquoi s’interdirait-on quelque chose ? » Une menace à peine voilée, alors que le gouvernement cherche à sécuriser sa trajectoire énergétique sans passer par un vote parlementaire.
Au-delà de la méthode, l’élu RN met en garde contre les conséquences économiques de la politique énergétique actuelle. Il évoque une hausse probable des tarifs de l’énergie et s’appuie sur l’exemple du constructeur automobile Stellantis, confronté selon lui à de lourdes pertes et aux contraintes européennes sur l’électrification des véhicules d’ici 2035. « On nous dit toujours qu’il n’y aura pas de problème, et après on voit un pays qui se désindustrialise », affirme-t-il, disant n’avoir « zéro confiance » dans les assurances du gouvernement.
Alors que la publication imminente de la PPE est présentée par l’exécutif comme un impératif d’urgence et de stabilité pour les filières énergétiques, l’intervention de Sébastien Chenu illustre la profondeur du clivage politique autour de la stratégie énergétique française. Un clivage qui pourrait rapidement se traduire, à l’Assemblée nationale, par un nouvel épisode de tension institutionnelle.





