Nous sommes en mai 1981. François Mitterrand vient d’être élu Président de la République. Lors de la passation de pouvoirs, Valéry Giscard d’Estaing lui transmet plusieurs « dossiers sensibles », parmi lesquels figure un accord discret conclu avec les États-Unis pour transférer à la France le savoir-faire de l’entreprise Westinghouse dans le domaine du nucléaire civil.
Quelques semaines plus tard, la machine administrative se met en marche. Un rapport, rédigé par l’ingénieur des Mines Jean-Pierre Hugon, anticipe un doublement de la demande d’électricité entre 1980 et 2000. Fort de ce diagnostic, le gouvernement prépare un projet de loi prévoyant la construction de 60 réacteurs nucléaires d’une puissance unitaire de 900 MW.
Le texte est présenté au Parlement le 6 octobre 1981. Disposant à eux seuls de la majorité à l’Assemblée nationale, les députés socialistes s’y opposent, rejetant même la tentative de compromis du Premier ministre Pierre Mauroy, qui propose de réduire de moitié le nombre de réacteurs. Face à cette impasse politique, le gouvernement engage l’article 49, alinéa 3 de la Constitution, permettant l’adoption du texte sans vote. Le programme nucléaire est lancé.
Durant les semaines précédant cette décision, les défenseurs du solaire tentent de se faire entendre. Leur message est clair : engager un tel programme nucléaire revient à hypothéquer durablement le développement des énergies renouvelables.
Ils trouvent néanmoins quelques relais au sommet de l’État. Parmi eux, Robert Lion, directeur de cabinet du Premier ministre, ancien président de l’Union sociale de l’habitat et fondateur, dès 1979, du Comité d’action pour le solaire, qui deviendra par la suite Obser’ER.
À cette époque, Lionel Jospin, alors premier secrétaire du Parti socialiste, reçoit de nombreuses pétitions en faveur du solaire. Dans une réponse argumentée, il reconnaît pleinement la pertinence de cette énergie — le programme du Parti socialiste, « Énergie, l’autre politique », prévoyant d’ailleurs un développement significatif des énergies renouvelables — tout en admettant que les choix du gouvernement en faveur du nucléaire en retarderont inévitablement l’essor de plusieurs décennies.
Il faudra en effet attendre près de vingt ans pour qu’un premier signal concret soit donné. En 2000, devenu Premier ministre, Lionel Jospin fait adopter un dispositif inédit : un tarif d’achat de l’électricité solaire garanti par l’État. Certes, fixé à un niveau encore modeste (0,15 €/kWh), et dans un contexte où les coûts des modules photovoltaïques restent très élevés, ce mécanisme ne permet pas un décollage immédiat de la filière. Mais l’essentiel est ailleurs : pour la première fois, un cadre économique structurant est posé.
Cette étape fondatrice marque le véritable point de départ du développement du photovoltaïque en France. Il faudra toutefois attendre 2006, avec la revalorisation significative du tarif d’achat sous le gouvernement de Dominique de Villepin, pour enclencher une dynamique de marché.





