Le gouvernement espagnol franchit une nouvelle étape dans le développement de l’autoconsommation renouvelable. Dans le cadre du plan de réponse à la crise énergétique liée aux tensions au Moyen-Orient, Madrid a adopté un ensemble de mesures destinées à accélérer la transition énergétique. Parmi elles, l’extension du périmètre de l’autoconsommation collective apparaît comme une réforme structurante, susceptible de transformer en profondeur les modèles énergétiques locaux.
Adopté via le décret royal n°7/2026 le 20 mars dernier, ce dispositif s’inscrit dans un contexte de forte hausse des prix du gaz et du pétrole, qui a conduit l’exécutif à renforcer les politiques de production locale d’électricité. Le texte prévoit également des incitations fiscales, avec des déductions pouvant atteindre 20 % pour les investissements dans des installations renouvelables, y compris les systèmes de stockage.
Un passage de 2 à 5 kilomètres qui change la donne
La mesure la plus marquante concerne l’autoconsommation collective. Jusqu’à présent, la réglementation limitait à 2 kilomètres la distance entre le site de production et les points de consommation. Ce seuil est désormais porté à 5 kilomètres, ouvrant des perspectives inédites pour le développement de projets partagés.
Ce changement, loin d’être anecdotique, constitue un véritable changement d’échelle. Il permet désormais de connecter à une même installation des consommateurs situés à l’échelle d’un quartier élargi, d’une commune entière, voire d’un parc d’activités. Des projets auparavant impossibles, faute de proximité suffisante, deviennent ainsi réalisables.
Concrètement, une centrale photovoltaïque installée en périphérie pourra alimenter des logements, des commerces ou des entreprises situés à plusieurs kilomètres. Cette extension favorise l’émergence de modèles énergétiques territoriaux, fondés sur des logiques de mutualisation et de proximité.
Vers une nouvelle géographie de l’énergie locale
Au-delà de la seule distance, la réforme introduit une plus grande flexibilité dans l’organisation de l’autoconsommation. Elle autorise notamment la combinaison de différentes modalités et renforce le rôle des communautés énergétiques locales, tout en créant la fonction de « gestionnaire d’autoconsommation » chargé de coordonner les participants.
Ces évolutions traduisent une volonté claire de démocratiser l’accès à l’énergie solaire, notamment pour les ménages ne disposant pas de toiture individuelle. Elles ouvrent également la voie à des installations de plus grande taille, jusqu’à 5 MW, capables d’alimenter des ensembles urbains ou industriels entiers.
En filigrane, c’est une nouvelle géographie énergétique qui se dessine. L’énergie n’est plus seulement produite à grande échelle puis distribuée, mais générée localement et partagée entre acteurs d’un même territoire. Cette évolution pourrait accélérer la décentralisation du système électrique espagnol, tout en renforçant sa résilience face aux chocs sur les marchés internationaux.
En élargissant le rayon d’action de l’autoconsommation collective à 5 kilomètres, l’Espagne franchit ainsi un cap décisif : celui du passage d’un modèle de proximité contrainte à un véritable écosystème énergétique local, capable d’intégrer habitants, entreprises et collectivités dans une même dynamique de production et de consommation d’énergie renouvelable.





