Un groupe de spécialistes de l’énergie et de géopolitique estime que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) devrait contribuer à accélérer la transition vers les « technologies propres » face à la crise énergétique mondiale déclenchée par la guerre au Moyen-Orient qui bouscule l’approvisionnement en hydrocarbures.
Dans une lettre adressée au directeur exécutif Fatih Birol et consultée mardi par l’AFP, les 16 signataires jugent que les mesures d’urgence préconisées jusqu’ici par l’institution – déblocage des stocks pétroliers et recommandations de sobriété – n’offrent qu’ « une réponse temporaire aux turbulences » des marchés du gaz et du pétrole.
« Seules des mesures structurelles visant à réduire la dépendance à des chaînes d’approvisionnement volatiles peuvent y parvenir », soulignent les signataires, qui appellent l’AIE à conseiller les gouvernements sur la manière d’accélérer la transition énergétique.
Parmi eux figurent des universitaires, d’anciens responsables militaires et des experts en géopolitique, notamment de l’Académie nationale italienne des sciences, de l’université Paris-Dauphine-PSL, du King’s College London, de l’université du Texas…
Ils plaident pour le « développement à grande échelle des énergies propres domestiques », notamment éoliennes et solaires, le « renforcement de l’électrification », l’« amélioration de l’efficacité » et l’« accroissement de la flexibilité et de la résilience » des systèmes énergétiques, au nom d’un « impératif de sécurité ».
« C’est une voie que l’AIE peut contribuer à accélérer, comme elle l’a fait dans le sillage de l’invasion de l’Ukraine par la Russie », soulignent les signataires, suggérant que la réponse actuelle de l’agence est moins vigoureuse que lors de la crise de 2022.
« Une économie mondiale qui repose sur l’acheminement de volumes élevés de combustibles à travers une poignée de goulets d’étranglement est vulnérable aux conflits », poursuivent-ils, en référence aux perturbations logistiques dans le détroit d’Ormuz.
L’AIE a annoncé en mars le déblocage de 426 millions de barils issus des stocks stratégiques de ses 32 Etats membres, une décision historique, et a proposé 10 mesures pour alléger la pression sur les marchés et les prix: plus de télétravail, vitesse limitée sur les routes, moins de vols d’affaires. Créée en 1974 après le choc pétrolier pour aider les pays industrialisés à répondre aux problèmes d’approvisionnement en or noir, l’AIE, agence de l’OCDE basée à Paris, a opéré un virage remarqué ces dernières années avec ses scénarios décrivant un déclin des énergies fossiles et un essor massif des énergies renouvelables. Une orientation fustigée par l’administration Trump, pro-pétrole, qui lui demande d’abandonner ses travaux sur « le climat » pour se concentrer sur la sécurité énergétique.





