La France à l’aube d’un nouveau système énergétique

Lors de l’émission Smart Impact,présentée par Thomas Hugues, Bénédicte Genthon, déléguée générale de l’Union française de l’électricité (UFE), et Clément Le Roy, associé chez Wavestone, reviennent sur un sujet désormais au cœur des politiques énergétiques : l’électrification des usages. Pour les deux intervenants, l’électricité n’est plus seulement un vecteur de décarbonation ; elle devient un levier de souveraineté énergétique, de compétitivité économique et de pouvoir d’achat.

Une électricité décarbonée mais encore sous-utilisée

La France dispose d’un atout majeur : une électricité décarbonée à 95 %, parmi les moins carbonées au monde, et proposée à un prix généralement plus compétitif que dans plusieurs pays européens. Pourtant, l’électricité ne représente aujourd’hui qu’environ 27 % de la consommation finale d’énergie, tandis que les combustibles fossiles couvrent encore plus de la moitié des usages, notamment dans les transports, le chauffage et une partie de l’industrie.

L’objectif fixé par la Stratégie nationale bas carbone est ambitieux : porter cette part à près de 50 % d’ici à 2050. Une évolution qui suppose une accélération des investissements mais aussi une profonde transformation des usages.

Une dynamique déjà engagée

Selon les intervenants, cette électrification est déjà en marche. Les ventes de véhicules électriques poursuivent leur progression, le marché de l’occasion se développe rapidement et la France demeure l’un des principaux marchés européens pour les pompes à chaleur. L’industrie s’engage également dans cette voie, avec l’électrification progressive de procédés dans des secteurs tels que la sidérurgie ou la verrerie.

Le gouvernement accompagne cette évolution à travers un plan national d’électrification, le retour du leasing social pour les véhicules électriques, une future offre intégrée pour les pompes à chaleur et le lancement du portail web, destiné à guider les particuliers dans leurs choix technologiques et à estimer les aides disponibles.

Des réseaux et des flexibilités à développer

L’essor de l’électricité implique toutefois une adaptation profonde du système énergétique. Les intervenants soulignent que l’électricité se stocke encore difficilement, ce qui renforce le besoin de flexibilité. La réforme des heures creuses, désormais étendue aux heures méridiennes pour mieux valoriser la production photovoltaïque, illustre cette évolution des modes de consommation.

Les gestionnaires de réseaux, RTE et Enedis, prévoient ainsi des investissements de l’ordre de 100 milliards d’euros afin d’accompagner l’électrification des usages, de renforcer la résilience face aux épisodes climatiques extrêmes et d’intégrer les nouveaux moyens de production.

Un projet industriel pour la France

Au-delà des infrastructures, l’électrification constitue également une opportunité industrielle. Le secteur électrique représente déjà 600 000 emplois, et son développement pourrait générer de nombreuses créations de postes dans les énergies renouvelables, le nucléaire, les batteries, les pompes à chaleur ou encore les équipements électriques.

Pour les représentants de l’UFE, le principal défi consiste désormais à informer et accompagner les consommateurs afin de lever les freins liés aux coûts d’investissement ou aux idées reçues. Dans cette perspective, l’électrification apparaît moins comme une évolution technologique que comme une véritable transformation de long terme de l’économie française.

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