La croissance rapide des centres de données et de l’intelligence artificielle commence à inquiéter Bruxelles. Teresa Ribera, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée d’une transition propre, juste et compétitive, estime nécessaire d’ouvrir rapidement le débat sur leur régulation afin d’éviter des effets négatifs pour l’ensemble de la société, notamment une forte hausse des prix de l’électricité ou un rejet social de ces infrastructures.
Intervenant lors d’un événement organisé à Madrid, l’ancienne ministre espagnole de la Transition écologique a insisté sur la nécessité d’adopter une « vision intégrale » du phénomène, sans toutefois détailler à ce stade de mesures législatives précises. Elle a rappelé que le modèle numérique et d’intelligence artificielle voulu par l’Europe nécessite des infrastructures particulièrement gourmandes en énergie, et qui ont surtout besoin d’un approvisionnement stable.
Pour Teresa Ribera, l’enjeu énergétique est central : « la matière première la plus importante dans un centre de données est l’énergie ». Le paradoxe est connu : les technologies numériques peuvent contribuer à améliorer l’efficacité des réseaux et des usages, mais leur propre développement entraîne une forte augmentation de la consommation électrique.
Le risque de tensions sur les prix
La vice-présidente de la Commission a souligné que plusieurs États américains ont déjà instauré des moratoires sur l’installation de nouveaux centres de données face aux difficultés à augmenter suffisamment vite les capacités électriques disponibles. Dans d’autres territoires, leur développement suscite déjà inquiétudes et contestations locales.
Selon elle, un développement mal maîtrisé pourrait provoquer de fortes tensions sur les marchés de l’énergie et conduire soit à une hausse très importante du prix de l’électricité pour les ménages et les industriels, soit à une opposition sociale croissante aux centres de données. Elle juge donc nécessaire d’accompagner leur implantation d’une programmation adaptée des capacités électriques.
Cette question est déjà suivie par les autorités européennes de concurrence. Teresa Ribera a notamment évoqué un rapport publié fin 2025 par l’Autorité française de la concurrence, qui mettait en évidence le fort pouvoir de négociation de ces grands consommateurs d’électricité. Leur poids pourrait, selon cette analyse, les placer dans une position privilégiée par rapport aux autres consommateurs et contribuer à des restrictions de l’offre ou à des hausses de prix.
Bruxelles prépare un cadre de durabilité
La Commission européenne ne dispose pas encore d’une réponse réglementaire finalisée, mais travaille à l’élaboration d’un cadre général. Celui-ci pourrait intégrer des critères de durabilité concernant à la fois la consommation d’énergie et celle d’eau des centres de données. Ribera a également rappelé que les développeurs eux-mêmes évoquaient initialement le recours aux technologies les plus efficaces et à l’autoconsommation.
Cette réflexion rejoint directement les débats déjà engagés dans plusieurs pays européens sur la manière de raccorder les data centers sans déstabiliser les réseaux. L’Espagne, notamment, travaille sur des mécanismes destinés à mieux articuler leur développement avec de nouvelles capacités renouvelables.
L’énergie au cœur de la compétitivité européenne
Au-delà du seul cas des centres de données, Teresa Ribera a replacé le sujet dans le débat plus large sur la compétitivité européenne. Selon elle, l’énergie constitue aujourd’hui l’un des principaux handicaps de l’Europe, en raison notamment de sa dépendance aux importations de gaz et de pétrole et de sa vulnérabilité aux crises géopolitiques.
Elle appelle donc à accélérer le développement d’un système reposant davantage sur les « ressources de proximité », en particulier les énergies renouvelables. Electrification, efficacité énergétique, renforcement des réseaux, hydrogène vert et meilleure gestion du système électrique doivent, selon elle, constituer les piliers d’une politique industrielle européenne plus autonome.
Le message est clair : le développement des data centers ne pourra pas être dissocié de la politique énergétique européenne. Leur croissance devra être accompagnée de nouvelles capacités de production, de réseaux renforcés et de davantage de flexibilité, sous peine de transformer le boom de l’intelligence artificielle en nouvelle source de tension sur les prix de l’électricité.






