Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), a dévoilé ce jeudi matin « EnR2027 – Les énergies renouvelables font campagne ». À travers 27 propositions destinées à nourrir le débat de l’élection présidentielle, l’organisation professionnelle veut replacer l’énergie au cœur des enjeux de souveraineté, de pouvoir d’achat, de compétitivité et de réindustrialisation. Le solaire y occupe une place importante, aux côtés de la flexibilité, du stockage, des boucles locales d’énergie et de la relocalisation industrielle.
Le message affiché dès la couverture du document est explicite : « L’énergie, socle d’une France souveraine, solidaire et prospère ». Pour le SER, la politique énergétique doit devenir l’un des grands thèmes de la campagne présidentielle de 2027 et permettre de fixer une trajectoire de long terme bénéficiant d’une légitimité démocratique.
L’organisation part d’un constat : malgré la décarbonation avancée de son système électrique, la France reste fortement dépendante des énergies fossiles importées, qui représentent encore, selon le document, 60 % de la consommation finale d’énergie. Cette dépendance expose ménages et entreprises aux fluctuations des marchés internationaux et aux crises géopolitiques.
Sortir du débat opposant les différentes filières
Le SER plaide pour une approche globale du système énergétique, refusant d’opposer les différentes technologies bas-carbone. L’électricité représente aujourd’hui environ 27 % de la consommation énergétique française et son poids est appelé à augmenter avec l’électrification des transports, du chauffage et de l’industrie. Mais l’organisation estime qu’une partie importante des usages devra continuer à être décarbonée autrement, notamment grâce aux bioénergies et aux géothermies.
Dans cette perspective, les énergies renouvelables sont présentées comme le cœur d’une offre énergétique appelée à croître aux côtés du parc nucléaire. Le SER demande une programmation stable jusqu’en 2050, accompagnée d’une stratégie quinquennale consacrée à la flexibilité, tout en renforçant la coordination entre production, réseaux et foncier.
Faire de la flexibilité un levier de pouvoir d’achat
L’une des propositions les plus directement liées au développement du photovoltaïque consiste à mieux exploiter les périodes d’abondance électrique.
Plutôt que de considérer les prix spot très bas, voire négatifs, comme une anomalie, le SER propose d’inciter ménages et entreprises à déplacer leur consommation vers ces périodes : chauffe-eau, recharge des véhicules électriques, électroménager ou procédés industriels pourraient ainsi être pilotés en fonction de la disponibilité de l’électricité.
L’organisation veut aller au-delà du système traditionnel heures pleines/heures creuses et favoriser le développement de solutions de type « smart grid », permettant de transmettre et d’exploiter plus directement le signal-prix.
Une orientation particulièrement cohérente avec la progression du photovoltaïque : produire davantage suppose désormais de pouvoir consommer, stocker ou déplacer les usages au moment où l’électricité solaire est disponible.
Solariser le logement social
Le document consacre également une proposition spécifique au parc HLM, que le SER souhaite transformer en « amortisseur énergétique » pour les ménages.
Les bailleurs sociaux pourraient conclure des contrats d’achat d’énergie renouvelable à long terme afin de sécuriser une partie du prix de l’énergie de leurs locataires. Ils pourraient également devenir eux-mêmes producteurs en utilisant leur patrimoine immobilier et foncier pour installer du photovoltaïque sur les toitures et parkings.
Le SER souhaite parallèlement faciliter les contrats de long terme entre producteurs d’énergies renouvelables et collectivités publiques.
Un « bouclier énergétique universel »
Le volet social occupe une place importante dans les propositions. Le SER avance notamment l’idée d’un « bouclier énergétique universel » regroupant différents dispositifs existants d’aide à la transition.
Son principe serait de permettre aux ménages d’investir dans la décarbonation sans que leur « reste à charge énergétique » dépasse leur facture antérieure. Pour les bénéficiaires répondant aux conditions de ressources envisagées, ce reste à charge serait plafonné à 10 % du revenu mensuel. Le SER propose de financer ce mécanisme notamment par les recettes du futur marché européen du carbone ETS 2.
L’objectif affiché est de faire de la transition énergétique une transformation accessible au plus grand nombre, le SER estimant qu’une transition perçue uniquement comme une succession de contraintes risquerait de renforcer les fractures sociales et territoriales.
Mobiliser l’épargne pour financer les EnR
Autre proposition : la création d’un fonds de transition énergétique alimenté par l’épargne privée, éventuellement complété par une enveloppe de 5 à 10 milliards d’euros provenant des livrets réglementés.
Ce fonds pourrait notamment contribuer au financement de projets renouvelables, de centrales bénéficiant au parc social ou encore de boucles locales d’énergie associant des acteurs publics.
À travers cette proposition, le SER cherche à mobiliser de nouvelles sources de capitaux au moment où le coût du financement devient un paramètre déterminant pour les projets solaires, particulièrement intensifs en investissement initial.

Une politique industrielle pour le solaire
Le document fait également de la réindustrialisation l’un des piliers de la stratégie énergétique proposée pour le prochain quinquennat.
Selon les chiffres présentés par le SER, les filières renouvelables représentaient en 2024 427 000 emplois directs et indirects en France métropolitaine, dont 78 000 pour le solaire. Elles auraient par ailleurs généré 2,172 milliards d’euros de retombées fiscales locales, dont 296 millions pour la seule filière solaire.
Le SER défend dans ce cadre une politique européenne donnant davantage de poids au « Made in Europe » pour les équipements stratégiques : panneaux photovoltaïques, onduleurs, batteries ou éoliennes. Le document associe cette ambition industrielle à des investissements renforcés dans la recherche, à des procédures d’autorisation simplifiées et à une attention accrue portée à la cybersécurité des équipements énergétiques.
Les renouvelables comme protection contre les crises énergétiques
Le SER s’appuie également sur les conclusions récemment publiées par la Commission de régulation de l’énergie. Le document reprend notamment l’estimation selon laquelle les capacités renouvelables ajoutées entre 2020 et 2025 auraient contribué à réduire les prix de marché d’environ 20 €/MWh en moyenne en 2025, pour un gain estimé à 8 milliards d’euros pour les consommateurs.
L’organisation voit dans cette évolution un argument pour considérer les dépenses liées à la transition non plus seulement comme des charges, mais comme des investissements permettant de réduire à terme l’exposition de l’économie française aux combustibles fossiles importés.
« Les énergies renouvelables font campagne »
Avec EnR2027, le Syndicat des énergies renouvelables ne présente pas un programme électoral au sens partisan du terme : il met à disposition des candidats et du débat public un ensemble de propositions portées par la profession. Le SER, qui fédère plus de 500 adhérents issus des différentes filières renouvelables, se présente comme le porte-parole du secteur auprès des pouvoirs publics.
Le fil conducteur des 27 propositions est néanmoins clairement politique au sens énergétique du terme : faire de la réduction de la dépendance aux fossiles un projet associant souveraineté, protection du pouvoir d’achat, développement industriel et décarbonation.
Et pour la filière photovoltaïque, plusieurs orientations se dégagent nettement : accélérer le développement des capacités, mieux synchroniser production et consommation, développer la flexibilité et le stockage, faciliter les projets locaux et redonner une perspective industrielle européenne au solaire.





