Intervenant à l’Université de l’Autoconsommation Photovoltaïque, Hadrien Clément, vice-président d’Enerplan, a défendu une thèse simple : la France sous-estime la hausse à venir de la consommation électrique, en particulier celle liée aux data centers. Dans ce contexte, il juge indispensable d’accélérer le solaire, le stockage et le pilotage de la demande, plutôt que de freiner leur développement.
Pour Hadrien Clément, le débat sur la consommation électrique française est en train de changer d’échelle. « Il y a un énorme éléphant au milieu de la pièce : ce sont les data centers », a-t-il lancé devant les participants à l’UAPV.
Le vice-président d’Enerplan s’appuie notamment sur la forte croissance des demandes de raccordement enregistrées par RTE. Le gestionnaire du réseau indiquait en mai 2026 avoir réservé près de 18 GW de capacité pour environ 80 projets de data centers, contre environ 5 GW fin 2024. RTE souligne toutefois que ces puissances ne seront pas appelées immédiatement : les opérateurs anticipent une montée en charge progressive sur dix à quinze ans et tous les projets annoncés ne se réaliseront pas.
Les data centers changent l’équation électrique
C’est précisément sur ce point qu’Hadrien Clément invite à la vigilance. Il considère que les projections de consommation doivent désormais intégrer beaucoup plus fortement l’essor du numérique et de l’intelligence artificielle.
RTE retient pour sa part une trajectoire plus progressive : la consommation des data centers pourrait atteindre 15 à 20 TWh en 2030, puis 23 à 28 TWh en 2035, soit environ 4 % de la consommation électrique française à cet horizon.
L’écart entre les puissances de raccordement demandées et la consommation effectivement anticipée constitue donc l’un des points majeurs du débat. Pour le responsable d’Enerplan, la prochaine actualisation des prévisions de RTE devra être examinée avec attention : il estime que la montée des besoins électriques pourrait être plus rapide que prévu.
« Qui dit consommation dit production »
La conséquence, selon lui, est immédiate : si la consommation augmente fortement, de nouveaux moyens de production devront être disponibles suffisamment vite.
Sur ce terrain, Hadrien Clément met en avant la rapidité de déploiement du photovoltaïque. Sans entrer dans le débat sur le rôle futur du nucléaire, il rappelle que de nouvelles centrales nucléaires nécessitent des délais très longs, alors que le solaire et les batteries peuvent être installés dans des horizons beaucoup plus courts.
Son raisonnement conduit à considérer le photovoltaïque non plus seulement comme une production intermittente, mais comme un élément d’un système associant production, stockage et pilotage.
L’été 2026 comme démonstration
Hadrien Clément s’est également appuyé sur les événements de l’été 2026 pour illustrer son propos.
Les vagues de chaleur et la sécheresse ont effectivement entraîné, selon RTE, environ 10 TWh de production nucléaire perdue en raison des contraintes thermiques. L’hydraulique a également été fortement affecté : avec 10,8 TWh produits entre juin et août, 2026 constitue la deuxième plus faible production hydraulique estivale observée depuis cinquante ans.
Dans le même temps, le solaire a produit 14,8 TWh entre juin et août, contre 12,5 TWh à l’été 2025. Cette progression tient à la fois à un fort ensoleillement et à l’augmentation du parc installé.
Pour Hadrien Clément, cet épisode montre que le photovoltaïque peut apporter une contribution significative lorsque d’autres moyens de production sont contraints.
Le solaire devient pilotable
Autre argument avancé : la possibilité de piloter rapidement les installations photovoltaïques grâce à l’électronique de puissance.
« Maintenant, on sait qu’il est pilotable », insiste-t-il. Les onduleurs permettent en effet de réduire ou d’interrompre très rapidement la production lorsque le système électrique en a besoin.
Mais, pour le vice-président d’Enerplan, l’enjeu majeur est surtout de déplacer dans le temps l’énergie solaire grâce au stockage, afin de transférer une partie de la production de la mi-journée vers la pointe du soir.
Il met ainsi en avant le couple solaire + batterie, qui permettrait selon lui de fournir une énergie pilotable à un coût compétitif.
Le prix élevé des heures du soir
Hadrien Clément a également attiré l’attention sur les fortes variations de prix observées au cours de l’été. Il évoque des pointes supérieures à 400 €/MWh entre 19 heures et 22 heures, qu’il attribue moins au solaire lui-même qu’à l’insuffisance de stockage et au recours à des moyens thermiques lors de la baisse de la production photovoltaïque.
Son argument est que le stockage permettrait de déplacer une partie de l’électricité solaire produite à midi vers ces heures de forte valeur.
L’idée rejoint les analyses récentes de la CRE sur l’impact économique du développement des renouvelables. La Commission estime que l’augmentation du parc entre 2020 et 2025 a réduit les prix de marché d’environ 20 €/MWh en moyenne en 2025, comparativement à un parc resté à son niveau de 2020.
« On ne va pas se faire avoir deux fois »
Le ton d’Hadrien Clément se fait particulièrement ferme lorsqu’il évoque les prévisions de consommation électrique.
Selon lui, les estimations passées ont sous-évalué certains développements à court terme. Enerplan entend donc examiner de près la prochaine mise à jour des analyses de RTE.
« On va être vigilants. On ne va pas se faire avoir deux fois », prévient-il.
Cette critique doit toutefois être replacée dans le contexte des propres scénarios de RTE : le gestionnaire du réseau souligne que plus de 200 projets industriels représentant près de 33 GW sont aujourd’hui en attente de raccordement au réseau haute tension, parmi lesquels figurent data centers, électrolyseurs et industries lourdes.
« Refuser le solaire est une erreur économique »
Au-delà des questions techniques, Hadrien Clément insiste enfin sur l’acceptabilité du photovoltaïque.
Selon lui, la grande diversité des installations possibles — toitures, parkings, bâtiments industriels, centrales au sol, autoconsommation — permet d’intégrer le solaire dans de nombreux territoires et à différentes échelles.
Il en tire une conclusion particulièrement offensive : « Refuser le solaire, c’est une erreur sociale, sociétale, environnementale, climatique et absolument économique. »
Et, selon lui, le principal obstacle n’est désormais plus technologique. Le photovoltaïque peut être piloté, associé aux batteries et déployé rapidement. « Ce n’est pas un blocage technologique, c’est un blocage réglementaire », conclut-il.
Derrière cette intervention se dessine ainsi le message qu’Enerplan entend porter : face à l’électrification des usages et à l’arrivée de nouveaux consommateurs massifs comme les data centers, le débat ne devrait plus porter seulement sur la quantité d’électricité à produire, mais sur la capacité du système à déployer rapidement du solaire, du stockage et des flexibilités pour fournir l’électricité au moment où elle sera réellement nécessaire.





