Un an après son lancement, l’Alliance HLM pour les énergies renouvelables a dressé, le 23 septembre à Bordeaux, un premier bilan de ses travaux. Réunis lors du Congrès HLM, Emmanuelle Cosse, présidente de l’Union sociale pour l’habitat (USH), Alain Maugard, coprésident de l’Alliance, Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), et Nicolas Prud’homme, directeur technique à l’USH, ont plaidé pour une accélération du recours aux renouvelables dans le logement social. Au cœur des échanges : autoconsommation, pouvoir d’achat, souveraineté énergétique et adaptation des logements aux fortes chaleurs.
L’Alliance HLM pour les énergies renouvelables avait été annoncée un an plus tôt lors du Congrès HLM de Paris. Son ambition : faire du parc social un terrain privilégié de développement des énergies renouvelables et transformer des initiatives encore dispersées en une véritable stratégie collective. Les recommandations définitives sont attendues cet hiver.
Trois millions de logements encore exposés au gaz fossile
Le point de départ est considérable. Nicolas Prud’homme a rappelé qu’environ 60 % du parc social, soit de l’ordre de 3 millions de logements, reste exposé au gaz fossile. À cela s’ajoutent les travaux nécessaires pour respecter la trajectoire de décarbonation du parc à l’horizon 2050, dont le coût est évalué par l’USH à quelque 300 milliards d’euros.
Face à ces montants et à la volatilité des prix de l’énergie, l’Alliance cherche à déterminer quelle place peuvent prendre les renouvelables dans la transformation des quelque cinq millions de logements sociaux.
Le travail engagé est déjà conséquent : plus de 30 auditions, 75 heures d’échanges, des visites de terrain et 35 cahiers d’acteurs ont alimenté la réflexion. Plus d’une centaine de propositions opérationnelles sont désormais sur la table, portant aussi bien sur le Code de l’énergie que sur les mécanismes économiques, les règles techniques ou la réglementation.
« Libérer l’autoconsommation »
Parmi les priorités qui se dégagent figure l’autoconsommation. L’Alliance souhaite notamment élargir les périmètres dans lesquels elle peut être pratiquée et faire évoluer les conditions tarifaires permettant de mieux valoriser une électricité produite localement.
Elle pointe également un enjeu beaucoup plus technique : celui des données. Pour planifier efficacement les investissements, les bases de données des bailleurs, des gestionnaires de réseau et des bâtiments doivent pouvoir mieux communiquer entre elles.
Le DPE est également cité parmi les dispositifs à faire évoluer afin qu’il prenne davantage en compte la contribution des énergies renouvelables.
Emmanuelle Cosse : une « promesse pour le locataire »
Pour Emmanuelle Cosse, l’enjeu n’est pas de développer les renouvelables pour elles-mêmes. Elles doivent apporter un bénéfice concret aux habitants.
« Je veux qu’il y ait une promesse pour le locataire à la fin », a-t-elle résumé, évoquant en particulier la maîtrise des charges et le besoin de ne pas engager les bailleurs dans des modèles économiques trop incertains.
La présidente de l’USH inscrit aussi cette démarche dans une réflexion plus large sur la souveraineté énergétique. Les bailleurs sociaux, estime-t-elle, ne peuvent rester indifférents à la dépendance française aux importations de gaz et aux fortes fluctuations des prix.
Avec 5,6 millions de logements et 11 millions de locataires, le mouvement HLM considère disposer d’une masse critique suffisante pour peser sur l’organisation future du système énergétique.
Utiliser l’abondance électrique pour réduire les factures
Alain Maugard a proposé une orientation particulièrement concrète : faire bénéficier les locataires sociaux des périodes où l’électricité est abondante et bon marché.
Selon lui, les tarifs devraient devenir beaucoup plus flexibles afin que les ménages puissent profiter des heures de forte production renouvelable. La production photovoltaïque des bailleurs pourrait notamment être utilisée pour proposer une électricité moins chère à certaines heures de la journée.
L’idée est de faire de cette abondance un levier de pouvoir d’achat énergétique, en particulier durant l’été, lorsque le solaire produit fortement et que les besoins de rafraîchissement augmentent.
Le raisonnement conduit naturellement à l’autoconsommation collective : Alain Maugard appelle à élargir fortement les zones d’autoconsommation, afin de permettre à la demande locale d’absorber plus facilement les surplus de production renouvelable.
Des solutions différentes selon les territoires
Autre enseignement des travaux : il n’existera pas une solution énergétique unique pour tout le parc social.
Les réponses devront être adaptées aux caractéristiques des grandes métropoles, des villes moyennes comme des territoires ruraux. Cette dimension territoriale correspond précisément à la nature décentralisée des énergies renouvelables, souligne Alain Maugard.
Pour le mouvement HLM, cette diversité constitue même un avantage : son patrimoine est présent sur l’ensemble du territoire national et peut servir de laboratoire à des solutions locales associant production, consommation et nouveaux usages de l’énergie.
Jules Nyssen : les HLM peuvent être producteurs et acheteurs
Jules Nyssen, président du SER, a salué une démarche qui permet selon lui d’aborder les renouvelables « avec une finalité » : améliorer les conditions de logement tout en maîtrisant les prix.
Il souligne également la spécificité des bailleurs sociaux, acteurs du temps long capables d’être à la fois producteurs d’énergie et acheteurs de long terme. Cette position peut leur permettre de sécuriser les prix et de bénéficier plus directement de l’abondance d’électricité renouvelable.
Le président du SER a aussi insisté sur un enjeu devenu particulièrement visible après les épisodes de chaleur de l’été : l’énergie dans le logement ne sert plus seulement à éclairer et à chauffer, mais aussi à rafraîchir.
« Les filières EnR sont très bien placées pour ça », a-t-il souligné.
Du confort d’été à « l’habitabilité »
Emmanuelle Cosse va plus loin : pour elle, il ne faut désormais plus parler uniquement de confort d’été, mais d’habitabilité.
« Ce n’est pas juste d’être confortable dans son logement, c’est de pouvoir y vivre », a-t-elle insisté. L’apport des renouvelables doit donc également être évalué à l’aune de leur capacité à alimenter des solutions de rafraîchissement et d’adaptation aux fortes chaleurs.
Des solutions existent déjà dans certains patrimoines HLM, notamment avec des immeubles chauffés et rafraîchis par des systèmes utilisant les énergies renouvelables.
Plus de 100 mesures avant le passage à l’action
La prochaine échéance est fixée au 11 décembre. L’Alliance présentera alors un premier ensemble structuré de la centaine de mesures issues de ses travaux, avant d’entrer dans une phase de mise en œuvre en 2027.
Parmi les pistes envisagées figure notamment l’expérimentation de zones d’autoconsommation plus larges dans certains territoires engagés dans l’électrification.
Le mot d’ordre proposé pour la suite résume finalement l’ambition du projet : « rendre l’énergie plus renouvelable et sociale ». L’Alliance entend ainsi démontrer que la transition énergétique du logement social ne peut se résumer à une évolution technologique : elle doit aussi contribuer à protéger durablement les locataires contre la volatilité des prix de l’énergie.





