Anne-Catherine de Tourtier : « Le stop and go est ravageur » pour les renouvelables

À l’ouverture du colloque national de France Renouvelables, à Vincennes, Anne-Catherine de Tourtier a surtout voulu alerter sur le manque de visibilité qui pèse aujourd’hui sur la filière. La présidente de l’organisation a rappelé le rôle du solaire, de l’éolien, des réseaux et du stockage dans la souveraineté énergétique française, tout en demandant au gouvernement trois garanties : un calendrier clair des appels d’offres, une trajectoire de volumes et une continuité des dispositifs en 2027.

France Renouvelables célébrait cette année ses 30 ans. Pour Anne-Catherine de Tourtier, cet anniversaire est d’abord celui d’une filière construite progressivement par des développeurs, des exploitants, des techniciens, des ingénieurs et des élus locaux. « Les ressources de nos territoires peuvent contribuer à l’indépendance énergétique de notre pays », a-t-elle rappelé en ouverture du colloque.

Mais derrière cette célébration, la présidente de France Renouvelables a surtout voulu mettre en lumière les inquiétudes qui traversent aujourd’hui le secteur : investissements différés, recrutements suspendus, autorisations refusées et projets dont l’avenir devient incertain. Autant de signaux qui, selon elle, fragilisent des compétences patiemment constituées depuis plusieurs années.

Produire davantage d’électricité décarbonée

Le message de fond reste pourtant celui d’une forte ambition énergétique. France Renouvelables se projette déjà vers 2040 et 2050 avec un objectif : produire davantage d’électricité décarbonée pour permettre au pays de réduire sa dépendance au pétrole et au gaz.

Anne-Catherine de Tourtier a insisté sur la disponibilité des ressources renouvelables françaises, « le vent qui souffle sur nos côtes et dans nos campagnes » et « le soleil qui éclaire nos territoires ». Une fois les installations construites, souligne-t-elle, leur production ne dépend plus d’un achat de combustible, ce qui confère aux renouvelables une structure de coûts particulière, principalement liée à l’exploitation et à la maintenance.

La présidente de France Renouvelables a également défendu une ambition industrielle : fabriquer davantage d’équipements en France et en Europe, former les équipes, sécuriser les approvisionnements et développer le recyclage. Elle inscrit cette stratégie dans une complémentarité assumée entre nucléaire et renouvelables.

Le solaire est explicitement cité aux côtés de l’éolien terrestre et maritime et des réseaux comme l’un des piliers du futur système électrique français.

Stockage et flexibilités deviennent incontournables

La croissance des renouvelables impose néanmoins une transformation du système électrique. Anne-Catherine de Tourtier ne l’élude pas : les épisodes de prix négatifs doivent trouver des réponses, tandis que les capacités de stockage — et notamment les batteries — doivent progresser.

Les consommations devront également davantage s’adapter aux périodes de production, tandis que les réseaux devront accompagner l’évolution des usages. « Aujourd’hui, nos entreprises prennent part à cet effort en adaptant leurs projets, en faisant évoluer leur modèle et en travaillant avec les gestionnaires de réseau et les consommateurs », a-t-elle expliqué.

L’électrification doit elle aussi devenir concrète. Pour un industriel, cela passe par un prix prévisible et compétitif ainsi qu’une date de raccordement. Pour un ménage, par un équipement accessible et des économies clairement identifiables. Production et consommation doivent donc progresser ensemble, alors même que les projets énergétiques nécessitent plusieurs années de préparation.

Trois demandes adressées au gouvernement

C’est sur ce point que France Renouvelables attend désormais des décisions rapides de l’État. Anne-Catherine de Tourtier a formulé trois demandes précises.

La première concerne le calendrier des appels d’offres. Celui-ci doit, selon elle, être annoncé et confirmé suffisamment tôt pour permettre aux entreprises de financer les projets, commander leurs équipements et maintenir leurs équipes. « Sur quelle programmation les entreprises peuvent-elles compter en 2027 et au-delà ? », a-t-elle interrogé.

Deuxième demande : une trajectoire de volumes. Les objectifs énergétiques doivent être traduits en perspectives d’activité suffisamment solides pour permettre l’investissement. France Renouvelables se dit prête à discuter des mécanismes et du partage des risques, mais demande que les entreprises puissent anticiper leurs engagements.

Enfin, la troisième exigence porte sur la continuité en 2027. Le passage à de nouveaux dispositifs ne doit pas provoquer d’interruption des appels d’offres ou des projets. Si des mécanismes transitoires sont nécessaires, ils doivent être préparés dès maintenant.

« Le stop and go est ravageur »

C’est probablement la formule la plus forte de son intervention : « Le stop and go est ravageur. »

Selon Anne-Catherine de Tourtier, une interruption, voire un moratoire, pourrait disperser en quelques mois des équipes et des compétences constituées pendant des années. Elle retarderait les commandes, fragiliserait les fournisseurs et reporterait les réalisations attendues par les territoires.

La présidente de France Renouvelables reconnaît les contraintes budgétaires pesant sur l’État et partage l’objectif d’efficacité de la dépense publique. Mais elle défend l’idée qu’une politique stable et prévisible est justement de nature à réduire le coût du financement des projets.

Cette stabilité doit également s’accompagner d’une meilleure insertion territoriale des projets. Concertation avec les habitants, protection de la biodiversité, retombées locales et coopération avec les élus sont présentées comme des conditions essentielles de leur acceptabilité.

Réduire de moitié la dépendance aux fossiles d’ici 2035

France Renouvelables entend désormais porter cette vision dans la campagne présidentielle de 2027. L’organisation présentera 16 propositions, avec un objectif central : réduire de moitié la dépendance française aux énergies fossiles à l’horizon 2035.

Pour y parvenir, Anne-Catherine de Tourtier veut faire de l’électrification « une grande ambition nationale », associée à la maîtrise des consommations. Le sujet doit, selon elle, sortir des débats purement techniques pour se traduire concrètement dans les usines, les logements et les déplacements.

L’enjeu dépasse donc la seule production électrique. Il s’agit aussi de transformer « l’avantage électrique » français en levier industriel, capable d’attirer des investissements, de développer les entreprises et d’offrir des perspectives aux nouvelles générations de professionnels.

En conclusion, Anne-Catherine de Tourtier a appelé à sortir de l’attentisme : « Arrêtons d’attendre et d’hésiter. » Pour France Renouvelables, les décisions prises aujourd’hui détermineront la capacité de la France à disposer demain d’une électricité abondante, compétitive et décarbonée. « L’avenir énergétique de la France ne se décrète pas. Il se bâtit », a-t-elle conclu.

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