Christophe Béchu : « Sortir des énergies fossiles impose de jouer à la fois la carte du nucléaire et des renouvelables »

Invité à défendre la vision énergétique d’Édouard Philippe lors de la conférence du Syndicat des énergies renouvelables (SER), Christophe Béchu a plaidé pour une stratégie fondée sur la sortie progressive des énergies fossiles, le maintien et le développement du nucléaire, la poursuite du déploiement des renouvelables et l’électrification massive des usages. L’ancien ministre de la Transition écologique a également insisté sur les conditions d’acceptabilité sociale et sur la nécessité de donner de la visibilité aux industriels. 

Pour Christophe Béchu, le point de départ du débat énergétique tient en une formule : les énergies fossiles constituent une « triple aberration ». Une aberration écologique, parce qu’elles contribuent au dérèglement climatique ; géopolitique, parce que leur importation accroît la dépendance de la France à des pays dont les intérêts peuvent diverger des siens ; économique enfin, compte tenu du poids de la facture énergétique extérieure. Il estime ainsi qu’en 2024, cette dépendance aurait représenté l’équivalent d’environ 1 000 euros par Français.

La conséquence est, selon lui, sans ambiguïté : la France doit réduire sa consommation de pétrole et de gaz. Mais pas en opposant les différentes sources d’électricité bas-carbone. « Laisser penser qu’on pourrait sortir de ces énergies fossiles en se passant du nucléaire, c’est de l’idéologie », a-t-il affirmé, ajoutant qu’il serait tout aussi irréaliste d’imaginer réussir sans énergies renouvelables. À ce triptyque nucléaire-renouvelables doit encore s’ajouter, selon lui, une politique de sobriété et surtout une accélération de l’électrification des usages.

Nucléaire et renouvelables, « complément indispensable »

Christophe Béchu défend la prolongation du parc nucléaire existant et l’investissement dans de nouvelles générations de réacteurs. Mais il souligne que leur mise en service prendra du temps et nécessitera de reconstruire des compétences industrielles considérables. Dans l’intervalle, « continuer à développer des énergies renouvelables, ça n’est pas nous suréquiper, c’est faire face à des besoins ».

Il chiffre également les bénéfices déjà apportés par les renouvelables aux consommateurs et aux industriels, évoquant environ 20 €/MWh d’économies et, selon ses projections, près de 8 milliards d’euros pour les acteurs économiques français en 2025.

Cette montée en puissance devra toutefois être accompagnée d’une transformation du système électrique : développement des interconnexions, flexibilité, pilotage de la demande, stockage et batteries. Autant d’outils qui doivent permettre de mieux ajuster production et consommation et de répondre à l’intermittence de certaines productions renouvelables.

Électrifier les transports, les bâtiments et l’industrie

L’ancien ministre place l’électrification des usages au cœur de la stratégie énergétique. La France dispose, rappelle-t-il, d’une électricité largement décarbonée et exportatrice. Elle doit donc chercher à substituer cette électricité aux combustibles fossiles dans la mobilité, le bâtiment et l’industrie.

Pompes à chaleur, véhicules électriques ou encore électrification des poids lourds font partie des solutions qu’il entend accélérer. Il cite notamment la progression des ventes de voitures électriques et l’exemple industriel de Scania, qui a décidé de lancer une ligne d’assemblage de camions électriques à Angers.

Christophe Béchu rejoint par ailleurs la trajectoire de réduction de la part des énergies fossiles prévue par la programmation énergétique : passer d’environ 56-57 % aujourd’hui à 40 % à la fin de la décennie, puis à 30 %. Il insiste cependant sur la nécessité de rendre ces trajectoires crédibles, à travers la formation, le financement, la coordination des acteurs et l’implication des territoires.

« Investir dans les causes plutôt que dans les symptômes »

L’un des points les plus développés de son intervention concerne l’acceptabilité sociale de la transition. Christophe Béchu reconnaît la situation des ménages dépendants de leur voiture et met en garde contre une écologie qui serait perçue comme une politique d’interdictions ou de restrictions de mobilité.

Mais il refuse pour autant de faire du soutien aux prix des carburants le principal outil de protection du pouvoir d’achat. Selon lui, les aides publiques doivent prioritairement financer la transformation du système énergétique : rénovation des bâtiments, changement des équipements de chauffage, électrification et réduction de la dépendance aux fossiles.

Il compare à ce titre les dizaines de milliards d’euros dépensés pour amortir le choc énergétique après le déclenchement de la guerre en Ukraine aux moyens consacrés à des dispositifs structurels comme le Fonds chaleur. À ses yeux, la priorité doit être d’investir pour « changer de modèle », plutôt que de subventionner durablement les symptômes de la dépendance aux énergies fossiles.

L’ancien ministre défend également le maintien d’aides ciblées pour les ménages les plus exposés, tout en mettant en garde contre la remise en cause de mécanismes de financement de la transition énergétique. Il cite notamment les certificats d’économies d’énergie, dont l’affaiblissement pourrait, selon lui, fragiliser toute une chaîne de financement.

Donner cinq ans de visibilité aux industriels

Pour Christophe Béchu, la transition énergétique ne pourra réussir sans les entreprises. Il appelle donc à sortir du « stop and go » réglementaire et politique et à donner aux industriels une visibilité sur cinq ans.

Dans une compétition mondiale, la France et l’Europe doivent s’appuyer sur leurs propres filières industrielles. « La transition écologique et énergétique ne doit pas s’accompagner d’une nouvelle vague de délocalisations », a-t-il averti. Une baisse des émissions obtenue en déplaçant la production hors d’Europe ne constituerait, selon lui, ni une transition soutenable ni une stratégie industrielle crédible.

Il plaide enfin pour une approche européenne, aussi bien pour les interconnexions électriques que pour la définition de standards industriels ou la protection contre le dumping environnemental et social. Il cite également la géothermie, notamment de surface, comme une ressource encore insuffisamment exploitée.

En conclusion, Christophe Béchu a résumé la ligne qu’il entend défendre aux côtés d’Édouard Philippe : une énergie souveraine reposant sur un nucléaire prolongé et développé, complété par des énergies renouvelables, avec davantage de stockage, de batteries, de flexibilité et de pilotage de la consommation. Une architecture énergétique qui, selon lui, doit permettre de concilier souveraineté, compétitivité et décarbonation.

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