Bernard Fontana : « L’électricité est un moyen de souveraineté »

Invité samedi 7 novembre de l’émission On n’arrête pas l’éco sur France Inter, Bernard Fontana, PDG d’EDF, a défendu une accélération de l’électrification de l’économie française. Pour lui, l’électricité produite en France constitue à la fois un outil de compétitivité, de protection contre la volatilité des énergies fossiles et de souveraineté énergétique.

Interrogé sur la hausse des factures d’électricité au cours des dix dernières années, Bernard Fontana a rappelé que le prix payé par le consommateur se décompose grossièrement en trois parties : les taxes, les réseaux et la production.

La modernisation et le renforcement des réseaux nécessitent des investissements importants, notamment pour accueillir de nouvelles capacités renouvelables. EDF doit également investir dans son parc nucléaire afin d’en prolonger la durée de fonctionnement selon les exigences de sûreté actuelles.

Une France mieux protégée de la hausse des prix du gaz

Dans un contexte de forte volatilité des prix de l’énergie, le dirigeant d’EDF souligne l’avantage du système électrique français.

Il cite les prix à terme de l’électricité pour 2027 : environ 113 euros/MWh en France, contre 145 euros en Allemagne, 171 euros en Italie et 120 euros en Espagne. Pour Bernard Fontana, la France bénéficie ainsi d’une protection relative face aux tensions sur le gaz et le pétrole.

Pour les particuliers, il assure que la quasi-totalité des offres d’EDF devraient rester stables au moins jusqu’au 1er février et probablement jusqu’à la fin de l’hiver.

Du côté des entreprises, EDF a largement développé les contrats à moyen et long terme. Selon Bernard Fontana, 85 % des clients professionnels qui ne relèvent pas du tarif réglementé étaient déjà couverts à la fin septembre. EDF propose notamment des contrats de trois, quatre ou cinq ans et, pour certains grands industriels électro-intensifs, des engagements beaucoup plus longs.

Passer de 27 % à beaucoup plus d’électricité

L’enjeu dépasse toutefois la seule question du prix. Aujourd’hui, selon Bernard Fontana, l’électricité représente environ 27 % de l’énergie primaire consommée en France. Dans le même temps, le pays a dépensé plus de 60 milliards d’euros l’an dernier pour importer des énergies fossiles, principalement du pétrole et du gaz.

À l’inverse, la France a exporté pour environ 5 milliards d’euros d’électricité vers ses voisins.

Le patron d’EDF en tire une conclusion : augmenter la part de l’électricité dans la consommation énergétique permettrait de réduire la dépendance aux importations et de conserver davantage de valeur économique sur le territoire français.

Il cite la Suède, où la part de l’électricité atteint déjà environ 50 %, et considère que la France peut aller beaucoup plus loin dans l’électrification.

Pompes à chaleur et voitures électriques

Premier levier : le chauffage des bâtiments. Bernard Fontana estime qu’une pompe à chaleur peut permettre de réduire d’environ 50 % la facture énergétique par rapport à une chaudière au fioul ou au gaz.

EDF développe notamment une offre de financement destinée à faciliter l’accès à ces équipements. Le groupe a également prévu une prime de 1 000 euros pouvant bénéficier à jusqu’à 80 000 ménages modestes.

Deuxième levier : la mobilité électrique. Le PDG d’EDF souligne que le coût d’un « plein » électrique est aujourd’hui trois à cinq fois inférieur à celui d’un véhicule thermique. L’enjeu consiste désormais à proposer des tarifs adaptés et à piloter la recharge aux moments où l’électricité est la plus abondante et la moins chère.

EDF travaille notamment avec Renault pour proposer une offre intégrée comprenant le véhicule, la borne domestique et le pilotage intelligent de la recharge.

Les heures creuses vont progressivement se déplacer vers la journée

Le développement du photovoltaïque modifie également la structure des prix au cours de la journée. Historiquement concentrées la nuit, les heures creuses commencent à apparaître en milieu de journée, lorsque la production solaire est importante.

Bernard Fontana estime qu’il faut poursuivre cette évolution progressivement afin d’adapter les comportements des consommateurs. Plusieurs millions de Français devraient ainsi bénéficier de nouvelles plages d’heures creuses en journée.

Cette évolution traduit un changement profond du système électrique : il ne s’agit plus uniquement d’adapter la production à la consommation, mais aussi d’inciter la consommation à se déplacer vers les périodes de forte production renouvelable.

Adapter le parc nucléaire au changement climatique

Le patron d’EDF a également été interrogé sur l’impact des canicules sur les centrales nucléaires.

La hausse de la température des fleuves et la diminution de leur débit peuvent contraindre certaines centrales à réduire leur puissance ou à arrêter temporairement des réacteurs afin de respecter les limites réglementaires de température de l’eau rejetée.

EDF envisage notamment d’équiper davantage de centrales de dispositifs permettant de refroidir l’eau avant son rejet.

Bernard Fontana indique que le groupe prévoit plus de 8 milliards d’euros d’investissements dans le nucléaire et l’hydroélectricité, auxquels devraient s’ajouter 450 millions d’euros dès l’année prochaine pour des adaptations liées notamment à ces enjeux.

Nucléaire, hydraulique et renouvelables : des rôles complémentaires

Interrogé enfin sur les critiques visant le coût des énergies renouvelables et sur l’éventualité d’un ralentissement de leur développement, Bernard Fontana a rappelé la hiérarchie stratégique d’EDF.

Le groupe s’appuie d’abord sur ses deux grands atouts historiques : le nucléaire et l’hydroélectricité.

EDF prévoit notamment six nouveaux réacteurs nucléaires, avec une option pouvant porter le programme à huit unités supplémentaires. Le groupe entend également investir dans ses barrages afin d’augmenter leur puissance et d’améliorer la gestion de la ressource en eau.

Mais Bernard Fontana ne remet pas en cause les autres renouvelables.

Il les considère comme complémentaires du nucléaire et de l’hydraulique et affirme qu’EDF continuera à développer ces technologies, avec des cycles d’investissement plus courts et en sélectionnant soigneusement les projets et leur implantation.

Sa ligne apparaît ainsi clairement : renforcer simultanément les moyens pilotables historiques d’EDF et les nouvelles capacités renouvelables afin d’accompagner une consommation électrique appelée à repartir à la hausse.

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