Lors de la conférence organisée dans le cadre du Forum Energaïa, Alexandra Batlle, secrétaire générale de Tecsol, a livré une analyse nuancée et prospective de l’évolution des usages électriques, dans un contexte énergétique en profonde mutation. Une intervention marquée par un constat partagé : le solaire n’est plus un modèle simple, linéaire et prévisible. Il est entré dans une ère de complexité, mais aussi d’opportunités inédites.
« Le monde du solaire était autrefois relativement simple : on produisait, on vendait à EDF, et l’histoire s’arrêtait là », a-t-elle rappelé en ouverture. Aujourd’hui, la réalité est toute autre. Les modèles de valorisation de l’électricité se multiplient, la valeur de l’électron ne se résume plus à la seule puissance installée, et de nouvelles formes d’arbitrage émergent à tous les niveaux du système électrique.
Face à la montée en puissance des heures à prix négatif – environ 350 heures en 2024 et plus de 500 attendues en 2025 – la tentation est grande d’y voir le signe d’une surproduction structurelle. Une lecture qu’Alexandra Batlle invite à relativiser. D’abord parce qu’une part significative de ces heures intervient la nuit ou tôt le matin, moments où le solaire n’est pas en cause. Ensuite parce que ces indicateurs ne sont, selon elle, que « la partie émergée de l’iceberg ».
Car derrière ces signaux conjoncturels se dessine une transformation majeure de la demande. L’essor de l’intelligence artificielle et des data centers pourrait profondément rebattre les cartes. Aux États-Unis, les difficultés de raccordement se multiplient et les besoins non satisfaits pourraient atteindre plusieurs dizaines de gigawatts à l’horizon 2028. Dans ce contexte, la France dispose d’un atout stratégique : une électricité abondante, décarbonée et compétitive, susceptible d’attirer ces infrastructures énergivores.
Pour autant, le véritable défi ne réside pas tant dans le volume de production que dans le manque de flexibilité du système. Une analyse partagée par de nombreux intervenants du Forum. La surproduction actuelle apparaît ainsi comme temporaire, appelant non pas un ralentissement des capacités, mais une meilleure organisation des usages.
Parmi les leviers clés, l’autoconsommation – individuelle comme collective – occupe une place centrale. Désormais socle des projets photovoltaïques, elle permet de maximiser la valeur locale de l’électricité produite. Les montages se déploient par cercles concentriques : consommation sur site, boucles locales, puis agrégation à des échelles plus larges, y compris inter-sites ou intragroupe. Des schémas déjà opérationnels, notamment dans les zones d’activités ou les concessions automobiles, où recharge de véhicules électriques et mutualisation de l’énergie solaire vont de pair.
En filigrane, l’intervention d’Alexandra Batlle a mis en lumière une certitude : l’avenir du solaire ne se joue plus seulement sur la capacité à produire, mais sur l’intelligence des usages, l’organisation des flux et la capacité collective à inventer de nouveaux modèles de valorisation de l’électricité. Une révolution silencieuse, mais déjà bien engagée.





