L’annonce est passée relativement inaperçue dans le flot de l’actualité, mais ses implications pourraient être considérables. Le géant chinois CATL a publié l’ensemble des caractéristiques techniques de sa nouvelle génération de batteries sodium-ion, marquant une étape décisive dans l’évolution des technologies de stockage d’énergie. Pour la première fois, cette chimie alternative franchit un seuil qui la rend réellement concurrente des batteries lithium-fer-phosphate (LFP), aujourd’hui dominantes sur le marché des véhicules électriques de grande diffusion.
Contrairement à certaines rumeurs, ces batteries ne sont pas « 90 % moins chères » que les batteries lithium-ion. CATL indique un coût actuel d’environ 19 dollars par kilowattheure au niveau de la cellule, contre 55 à 60 dollars pour les cellules LFP achetées en très grands volumes. La baisse est donc de l’ordre de 60 à 65 %, ce qui reste un changement majeur. Surtout, le groupe estime que ce coût pourrait se rapprocher des 10 dollars par kilowattheure dans les cinq prochaines années, une perspective qui bouleverserait l’économie du stockage électrique.
Mais le véritable tournant se situe ailleurs : la durée de vie. CATL affirme que ses cellules sodium-ion peuvent atteindre jusqu’à 5,8 millions de kilomètres d’utilisation tout en conservant 85 % de leur capacité initiale. À titre de comparaison, les meilleures batteries LFP actuelles sont généralement conçues pour un à deux millions de kilomètres. Autrement dit, la batterie pourrait durer plusieurs fois la vie du véhicule, ouvrant la voie à des usages de seconde vie dans le stockage résidentiel ou à l’échelle des réseaux pendant plusieurs décennies.
Longtemps handicapée par une faible densité énergétique, la technologie sodium-ion a également franchi un cap. CATL annonce une densité de 175 Wh/kg, dépassant certains packs LFP actuels, comme les batteries « Blade » utilisées par BYD. Cette performance rend désormais le sodium-ion compatible avec des véhicules électriques grand public, y compris pour des autonomies compétitives.
Autre atout majeur : la résistance aux températures extrêmes. Les cellules peuvent fonctionner de manière fiable entre –40 °C et +70 °C, sans les pertes de performance typiques des batteries lithium-ion. Un avantage déterminant pour les marchés soumis à des climats rigoureux, où l’autonomie hivernale des véhicules électriques reste un point faible.
Sur le plan des matériaux, la rupture est tout aussi stratégique. Les batteries sodium-ion reposent sur des ressources abondantes et largement disponibles — sodium, aluminium, carbone — sans lithium, cobalt ni nickel. Une caractéristique qui réduit fortement les risques géopolitiques et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement.
CATL a également dévoilé une architecture hybride, combinant cellules sodium-ion et lithium-ion au sein d’un même pack. Cette solution transitoire permet d’optimiser coût, longévité et densité énergétique, tout en facilitant l’adoption industrielle. D’autant plus que ces batteries peuvent être produites sur les lignes existantes de LFP, avec des ajustements limités, permettant un passage à l’échelle très rapide.
Au-delà de l’automobile, les applications visées sont nombreuses : stockage stationnaire, réseaux électriques, fermes solaires, micro-réseaux. En associant des énergies renouvelables déjà très compétitives à des batteries peu coûteuses et ultra-durables, l’équation économique de la transition énergétique pourrait être profondément modifiée.
Pour de nombreux observateurs, cette annonce marque peut-être le début de la fin de la domination exclusive du lithium. La question n’est plus de savoir si le sodium-ion a un avenir, mais dans quelle proportion il cohabitera avec le lithium au cours des prochaines décennies. Une chose est sûre : l’industrie mondiale des batteries suit désormais cette évolution de très près.
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