Invité de Tech & Co La Quotidienne sur BFM Business, Hervé Beuffe, PDG de Tiamat, a présenté les ambitions et les spécificités de cette start-up issue du CNRS, spécialisée dans le développement et l’industrialisation de batteries sodium-ion. Une technologie encore peu connue du grand public, mais qui pourrait transformer plusieurs segments clés de l’électrification.
Contrairement aux batteries lithium-ion dominantes, Tiamat fait circuler des ions sodium entre les électrodes. Un choix stratégique, motivé d’abord par la volonté de réduire la dépendance à des matériaux sous tension comme le lithium, le cobalt ou le nickel. Mais ce changement de chimie n’est pas qu’une question de souveraineté des ressources : il ouvre aussi la voie à des performances radicalement différentes.
Les batteries sodium-ion développées par Tiamat sont des batteries dites « de puissance ». Leur principal atout réside dans leur capacité à se recharger en un temps record — moins de dix minutes, voire cinq minutes pour certaines applications — tout en supportant des courants très élevés. En contrepartie, leur densité énergétique est plus faible, ce qui limite l’autonomie. Un compromis assumé par l’entreprise, qui cible des usages où la rapidité de charge prime sur la quantité d’énergie stockée.
Ces caractéristiques rendent la technologie particulièrement adaptée à l’hybridation des véhicules thermiques, où la batterie sert à soutenir les phases d’accélération et à récupérer l’énergie au freinage. Là où les batteries lithium-ion peinent à absorber des flux rapides, le sodium-ion offre un « goulot » beaucoup plus large, capable d’encaisser et de restituer instantanément la puissance.
Les débouchés industriels sont déjà concrets. Tiamat a signé ses premiers contrats commerciaux, notamment dans les systèmes de protection électrique et de « peak shaving » pour les data centers dédiés à l’intelligence artificielle. Dans ces infrastructures très énergivores, les batteries permettent à la fois d’assurer la continuité d’alimentation en cas de coupure et de lisser les pics de consommation, améliorant ainsi l’efficacité énergétique globale.
La technologie arrive également dans les rayons grand public. Un partenariat avec Leroy Merlin prévoit l’intégration de batteries Tiamat dans des outils électroportatifs de marque Dexter. Des perceuses ou visseuses capables d’être rechargées en quelques minutes, là où les solutions lithium-ion nécessitent parfois plus d’une heure.
Pour accompagner cette montée en puissance, Tiamat prépare la construction d’une usine de production de cellules sodium-ion à Amiens. L’investissement, compris entre 150 et 200 millions d’euros, vise une mise en service fin 2027, afin d’honorer les contrats déjà signés. En attendant, la production est sous-traitée en Asie, le temps de bâtir une chaîne industrielle européenne maîtrisée.
À plus long terme, l’entreprise travaille déjà sur une seconde génération de batteries sodium-ion, offrant une densité énergétique plus élevée, susceptible d’élargir les usages vers la traction électrique. Une étape supplémentaire pour une technologie qui entend s’imposer comme un complément crédible — et stratégique — aux batteries lithium-ion.
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