Thomas Veyrenc, directeur général Economie, Stratégie et Finances, membre du directoire de Réseau de Transport d'Électricité (RTE) a publié hier sur son compte Linkedin, une note présentant l'analyse de la panne qui a touché l'Espagne :
« Il y a une semaine, l’Espagne et le Portugal étaient confrontés à un black-out massif. En charge de l’équilibre du système électrique français, RTE a déclenché les procédures prévues dans un tel cas : contrôler l’état du système et prendre toutes les mesures nécessaires à sa stabilisation, contribuer à la réalimentation des pays voisins. Puis collecter les données nécessaires au retour d’expérience.
En gestion de crise, ces tâches sont prioritaires. Mais, le public souhaite être éclairé de manière quasi-immédiate sur les causes et les leçons à en tirer. C’est un redoutable exercice de concordance des temps, et un cas d’école pour la gestion des grands incidents.
Le black-out est intervenu à 12h33. Il a touché tout le système ibérique. Le plan de protection du réseau français a bien joué son rôle et empêché la propagation du phénomène au reste du continent. La reconstitution du système ibérique a commencé via la France et le Maroc. Elle s’est achevée dans la nuit de lundi à mardi.
La cause originelle n’est pas encore connue. Un vide immédiatement comblé par des tentatives d’explication « simples » : une cyberattaque sur le réseau espagnol, un incendie en France, un évènement météo extrême. Rien, sur la base des éléments connus, ne permet de valider ces thèses.
Des black-outs se sont déjà produits en France. La comparaison avec celui de 1978 est intéressante. Points communs : il avait touché presque toute la France, avait suscité des débats sur des orientations énergétiques récentes (à l’époque, le nucléaire, aujourd’hui, les renouvelables), la situation avait été rétablie via les frontières. Différences : la cause avait été identifiée rapidement (problème réseau), l’incident plus vite résorbé… et l’immédiateté des réseaux sociaux n’existait pas.
Dans un système aussi vital que celui qui assure notre approvisionnement en électricité, le retour d’expérience est essentiel. Il porte sur les causes, les phénomènes ayant pu faciliter l’apparition ou la propagation du défaut, la performance des plans de protection et de reconstitution du réseau. Nos ingénieurs sont formés pour mener les analyses à froid, un travail qui ne s’inscrit pas dans le temps médiatique.
Ni évidence, ni tabou sur la question des renouvelables. 70% de la production espagnole venait de l’éolien et du solaire au moment de l’incident : ce type de système obéit à des exigences spécifiques. La stabilité du système n’est pas un angle mort de nos analyses, en témoignent plusieurs rapports ou travaux récents de RTE. Et en France, dans 10 ans comme maintenant, la structure de notre mix est différente.
Les prochaines semaines seront l’occasion d’analyser factuellement ces questions. Ce que l’on ne peut faire qu’avec des données complètes et dans le cadre européen prévu à cet effet.
D’ici là, de premiers éléments sont disponibles dès aujourd’hui dans la FAQ que nous venons de publier. »





