Les évolutions réglementaires affectant le secteur énergétique font les gros titres : projet de loi sur la transition énergétique, remise en question du nucléaire… Les décisions politiques rythment notre vision du secteur, comme si elles en étaient le principal facteur d'évolution.
Et pourtant, des forces plus puissantes sont à l'oeuvre. L'industrie de l'énergie solaire photovoltaïque est en pleine révolution. Les décisions politiques ne sont que l'écume d'une lame de fond.
Jusqu'en 2011, les panneaux solaires photovoltaïques étaient un moyen commode pour capter des subventions publiques en Europe occidentale et en Amérique du Nord. Des incitations économiques massives étaient nécessaires pour viabiliser la production solaire.
Trois ans plus tard, en 2014, la donne a complètement changé. Sans subventions, l'énergie solaire photovoltaïque est moins chère que les autres sources d'électricité pour plus de 4 milliards de personnes dans le monde (c'est ce qu'on appelle la « parité réseau »).
Ce changement radical a été rendu possible par une baisse drastique du coût des panneaux solaires. En 2011 et 2012, la demande de panneaux était au point mort, les pays européens ayant largement réduit leurs subventions. Au même moment, la production de panneaux augmentait massivement, en particulier en Chine. L'impact de ce déséquilibre a été brutal. Le prix du panneau, qui se situait autour de 4 dollars par watt en 2010, est tombé à 0,50 dollar par watt. En parallèle, les coûts d'installation des centrales photovoltaïques se sont écroulés, suivis plus tard par les coûts de financement, grâce à la forte demande d'investisseurs en quête frénétique d'actifs de rendement.
Au final, le coût moyen de l'électricité solaire photovoltaïque non subventionnée dans les régions ensoleillées a diminué de plus de 75 %. Produire de l'électricité à partir de panneaux solaires est maintenant 60 % moins cher qu'utiliser du diesel, 50 % moins cher que de brûler du pétrole et se compare favorablement au gaz naturel raffiné.
En résumé, les panneaux solaires sont devenus très rapidement un moyen compétitif de produire de l'électricité pour la majorité des consommateurs de la planète, et cela n'est pas près de changer.
Les installations photovoltaïques annuelles ont ainsi bondi de près de 60 % entre 2012 et 2014 au niveau mondial. Mais, malgré cette hausse, le solaire ne représente encore qu'à peine 1 % des capacités globales de production d'électricité mondiale (l'éolien pèse environ 2 %). Le potentiel de développement est donc immense. Nous pensons qu'il est largement sous-estimé par les décideurs et par les investisseurs financiers.
La croissance continue d'accélérer : 36 gigawatts (GW) de nouvelles capacités solaires en 2013, 45 GW attendus en 2014, 57 GW en 2015, et au moins 70 GW par an entre 2016 et 2020. Et dans un tel scénario de croissance, ambitieux, mais qui nous semble raisonnable, encore seulement 5 % de l'électricité globale générée dans dix ans serait solaire. D'autant plus que, si le stockage d'électricité venait à se développer, cela favoriserait encore plus le photovoltaïque.
Les acteurs du secteur de l'énergie vont être davantage impactés qu'on ne le croit et les opportunités de création de valeur abondent. Les géants de demain sont encore inconnus et des empires restent à bâtir.
Pierre-Antoine Machelon & Alexandre Deneuville
Pierre-Antoine Machelon est gérant d'Eiffel Investment Goup Alexandre Deneuville est analyste de recherche
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Je suis tout aussi enthousiaste que vous sur l’avenir du solaire PV, toutefois, des chiffres plus justes crédibiliseraient le discours. En 2010, les panneaux étaient plutôt aux environ de 1,5 €/Wc (selon la période de l’année, la quantité et le pays) et actuellement, nous serions ravis d’en approvisionner à 50 cents en europe. Par ailleurs, l’honnêteté intellectuelle impose d’indiquer que la parité réseau est atteinte en intermittence et non en base. Publier un article dans un journal qui cible les professionnels requiert un minimum de rigueur. Tout cela étant reprécisé, je préfère votre analyse imprécise aux documents totalement faux et partiaux des détracteurs du solaire (y compris des documents et études officiels et scientifiques; hélas)
Si j’apprécie et cautionne tout à fait les précisions et chiffres de Ph B, je pense que l’appel a l’honnêteté intellectuelle n’avait pas sa place ici même. En effet, notre ami André JOFFRE ne fait que reprendre in extenso un papier apparu dans la presse. Sans doute eut-il mieux valu poster ce commentaire à l’auteur, sur le site de « Les Echos », http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0203708563986-pour-la-moitie-de-lhumanite-le-solaire-est-lenergie-la-moins-chere-1034409.php
Je ne comprends pas la remarque d’Amin. Nous reprenons régulièrement sur notre blog des papiers parus dans la presse nationale ou régionale et nous le faisons en toute transparence, puisque « les Echos » sont cités en titre et qu’un lien en bas de note permet d’accéder à la publication originale.
Pour répondre à Ph B, je confirme que le prix de gros des modules PV se situe à environ 0,50 €/Wc. C’est le prix plancher en vigueur en Europe. Pour être plus précis, il s’agit du prix qui a été convenu entre la Commission européenne les représentants de l’industrie chinoise. Initialement fixé à 0,56 €/Wc, il a été porté à 0,51 début avril. Sur les marchés hors Europe, le prix de gros s’établit plutôt à 0,40 €/Wc. Quant aux prix de détail, ils sont beaucoup plus difficiles à observer car ils dépendent de la taille des projets.
Dans ce que j’écrivais, AUCUN reproche de s’adressait à André JOFFRE. Pardon d’avoir suscité cette réaction d’incompréhension, j’aurais dû sans doute dû être plus précis.
Clarification relative à : « Je ne comprends pas la remarque d’Amin… »
Il suffit de relire mon post : « … l’appel a l’honnêteté intellectuelle (sous-entendu, de la part de Ph B) n’avait pas sa place ici même. » Concernant ce même reproche d’écart l’honnêteté intellectuelle, j’ai même écrit que, que Ph B aurait mieux fait de « … poster ce commentaire à l’auteur ».
Quant aux corrections de chiffres de Ph B que je prétends cautionner, il ne s’agit en fait que :
– de la correction de 4$/Wc par 1,5€/Wc de 2010,
– de la correction de 0,5$ par 0,5€/Wc aujourd’hui.