La montée en puissance du numérique, portée par l’essor de l’intelligence artificielle, du cloud et des services dématérialisés, place les centres de données au cœur des enjeux énergétiques français. Dans une étude prospective publiée en janvier 2026, l’Agence de la transition écologique (ADEME) dresse un constat sans ambiguïté : sans inflexion majeure des politiques publiques et des usages, la consommation électrique des data centers pourrait exploser dans les prochaines décennies.
En 2024, la France comptait déjà 352 centres de données actifs, représentant environ 10 TWh de consommation électrique annuelle, soit l’équivalent de la consommation résidentielle d’une grande métropole. Un chiffre appelé à croître très rapidement sous l’effet de la généralisation de l’IA générative, de la blockchain, de l’Internet des objets et des échanges machine-à-machine.
Une trajectoire hors de contrôle sans action volontariste
Dans son scénario tendanciel, l’ADEME estime que la consommation électrique des centres de données serait multipliée par 3,7 en France d’ici 2035, et par 4,4 si l’on inclut les calculs réalisés à l’étranger pour répondre aux usages des Français. À l’horizon 2050, la situation deviendrait critique : jusqu’à 55 TWh consommés sur le territoire national, et plus de 250 TWh à l’échelle mondiale pour les seuls usages numériques français.
Cette trajectoire est jugée incompatible avec les objectifs climatiques européens. Les émissions de gaz à effet de serre associées pourraient être multipliées par plus de sept à l’horizon 2050, malgré le mix électrique français relativement décarboné.
Cinq scénarios, cinq choix de société
L’étude modélise cinq scénarios prospectifs. Les plus sobres – « Génération frugale » et « Coopérations territoriales » – reposent sur une combinaison de sobriété numérique, de régulation des usages et d’intégration territoriale des centres de données. Dans ces trajectoires, la consommation électrique pourrait se stabiliser, voire diminuer après 2035.
À l’inverse, les scénarios « Technologies vertes » et « Pari réparateur » misent sur l’innovation et la compensation des impacts. Ils entraînent une forte hausse des besoins électriques, avec un recours massif à des capacités de calcul situées hors de France, posant de lourdes questions de souveraineté énergétique et numérique.
Chaleur fatale, un gisement encore sous-exploité
Parmi les leviers identifiés figure la récupération de la chaleur fatale des data centers. Techniquement, celle-ci pourrait couvrir jusqu’à 20 à 25 % de leur consommation électrique dans certains scénarios à l’horizon 2035. Mais l’ADEME souligne que ce potentiel reste aujourd’hui largement théorique, faute de modèles économiques et d’intégration locale suffisants.
Un signal fort pour la planification énergétique
En filigrane, l’étude rappelle une évidence souvent absente du débat public : la transition numérique est aussi une transition énergétique. Sans pilotage des usages, sans articulation avec les énergies renouvelables, le stockage et la flexibilité des réseaux, les data centers risquent de devenir un facteur majeur de tension sur le système électrique.
Un avertissement qui résonne fortement alors que la France s’interroge sur sa trajectoire énergétique, la place du photovoltaïque et la capacité du système à absorber les nouveaux usages du XXIᵉ siècle.
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