Invité par Larry Fink, PDG de BlackRock, Elon Musk a livré à Davos une intervention dense et prospective, où l’énergie apparaît comme le véritable facteur limitant de la révolution en cours.
Face à l’explosion annoncée de l’intelligence artificielle, de la robotique et du calcul intensif, le fondateur de Tesla et de SpaceX n’a pas hésité : l’avenir repose d’abord sur le solaire.
Selon Musk, le principal goulot d’étranglement du déploiement mondial de l’IA n’est ni la puissance de calcul ni la fabrication de puces, mais bien l’électricité. Là où la production de semi-conducteurs progresse à un rythme exponentiel, la mise en service de nouvelles capacités électriques n’augmente que de 3 à 4 % par an dans la plupart des économies occidentales. Une contradiction majeure à l’heure où les besoins énergétiques des centres de données explosent.
Dans ce contexte, la Chine fait figure d’exception. Elon Musk a souligné l’ampleur inégalée du déploiement solaire chinois : plus de 1 000 GW installés par an, pour une capacité industrielle annuelle estimée à 1 500 GW. Couplé au stockage par batteries, ce solaire permettrait d’assurer une puissance continue équivalente à près de la moitié de la consommation électrique moyenne des États-Unis. « Le solaire est de très loin la plus grande source d’énergie », a-t-il martelé.
L’entrepreneur est allé plus loin, rappelant une réalité physique souvent oubliée : à l’échelle du système solaire, le Soleil représente virtuellement 100 % de l’énergie disponible. Même en imaginant des scénarios extrêmes, aucune autre source ne peut rivaliser. Cette évidence explique la stratégie à long terme de ses entreprises : Tesla et SpaceX travaillent chacune, de manière indépendante, à la montée en puissance de capacités industrielles capables de produire jusqu’à 100 GW de solaire par an aux États-Unis.
Elon Musk a également esquissé une vision plus radicale encore : le déploiement de capacités solaires dans l’espace. Grâce à la réutilisabilité complète de Starship, qu’il espère démontrer cette année, le coût d’accès à l’orbite pourrait chuter d’un facteur 100. Dans l’espace, les panneaux solaires sont jusqu’à cinq fois plus efficaces : pas de nuit, pas de météo, pas d’atténuation atmosphérique. De quoi alimenter directement des centres de calcul d’IA orbitaux, refroidis naturellement par le vide spatial.
Interrogé sur la faisabilité terrestre, Musk a rappelé qu’une surface solaire d’environ 160 km sur 160km suffirait à alimenter l’ensemble des États-Unis en électricité, et qu’une logique similaire pourrait s’appliquer à l’Europe, notamment dans des zones peu densément peuplées d’Espagne ou du sud de l’Italie. Si le frein reste politique et commercial — notamment les barrières douanières sur les panneaux chinois importés aux Etats-Unis —, la trajectoire technologique, elle, ne fait aucun doute.
À Davos, le message d’Elon Musk est clair : l’ère de l’IA, de la robotique et de l’abondance ne pourra exister sans un déploiement massif, rapide et mondial du solaire. Une révolution énergétique avant tout.





