
Le bilan semestriel publié par RTE confirme une transformation profonde du système électrique français. Si la production reste largement décarbonée et l’approvisionnement sécurisé, c’est l’explosion des prix négatifs qui marque ce premier semestre 2025, traduisant un déséquilibre croissant entre offre abondante et consommation encore insuffisamment flexible.
Entre janvier et juin, le marché spot français a enregistré 363 heures de prix négatifs, soit 8 % du temps — un chiffre en forte hausse par rapport à 2024 (235 heures) et 2023 (53 heures). Ce phénomène s'explique par la combinaison d'une production décarbonée très abondante (nucléaire, solaire, hydraulique) et d'une demande encore peu dynamique, notamment en milieu de journée et les week-ends.
La production solaire, en forte croissance (+28,8 % sur un an), alimente massivement le réseau à des heures où la consommation est faible. Résultat : des surplus d’énergie que le marché ne parvient pas à absorber, d’autant que les projets d’électrification tardent à se concrétiser. Dans ce contexte, les installations photovoltaïques et éoliennes écrêtent leur production : 2 TWh d’énergie renouvelable ont été perdus sur six mois, dont 1,2 TWh de solaire, soit un triplement par rapport à l’an dernier.
RTE appelle à une évolution rapide du système : développement de la flexibilité de la demande, incitation à la modulation de la production renouvelable, et adaptation des règles de marché. La participation des énergies renouvelables au mécanisme d’ajustement a déjà quadruplé, mais reste insuffisante pour gérer ces surplus.
Malgré cette volatilité, le prix moyen reste modéré (67 €/MWh), inférieur à celui de la plupart des voisins européens. Sur les marchés à terme, la France reste attractive, avec des prix en baisse et largement décrochés de ceux de l’Allemagne ou de l’Italie.
Pour l’été, RTE ne prévoit aucune tension d’approvisionnement : le parc nucléaire est disponible, les stocks hydrauliques et gaziers sont satisfaisants. Mais l’enjeu n’est plus tant la sécurité que l’optimisation d’un système de plus en plus contraint par ses propres succès climatiques.
Le rapport relève en particulier le point suivant : « Même si ces prix négatifs concentrent une large part de l’attention médiatique, les prix spot ont en réalité augmenté en 2025 »





