jeudi, avril 2, 2026
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Fatih Birol (AIE) : la crise énergétique pourrait accélérer encore le déploiement des renouvelables

Invité du podcast In Good Company de Norges Bank Investment Management, Dr Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a dressé un constat alarmant sur la crise énergétique provoquée par les tensions au Moyen-Orient. Mais au-delà de l’urgence, il voit déjà se dessiner des conséquences structurelles pour le système énergétique mondial. Parmi elles, une accélération du développement des énergies renouvelables, désormais appelées à jouer un rôle encore plus central dans la sécurité énergétique des États.

Pour le patron de l’AIE, la crise actuelle dépasse en ampleur les grands chocs pétroliers de 1973 et 1979 ainsi que la crise gazière consécutive à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Face à cette situation, les réponses d’urgence – libération de stocks stratégiques, mesures de sobriété ou soutien ciblé aux ménages vulnérables – ne suffiront pas. Des transformations de fond sont inévitables.

Fatih Birol estime ainsi que la nouvelle séquence géopolitique devrait renforcer plusieurs tendances déjà à l’œuvre : le retour du nucléaire, l’électrification accélérée des transports, mais aussi une progression encore plus rapide des renouvelables, notamment lorsqu’elles sont associées aux batteries. Il considère que ces dernières joueront un rôle déterminant dans la transformation du système électrique, à la fois pour intégrer davantage de solaire et d’éolien et pour soutenir l’essor de la mobilité électrique.

L’AIE s’attend également à ce que la crise donne un nouvel élan à l’électrification en Asie, où les véhicules électriques pourraient pénétrer plus vite encore les marchés. Pour Fatih Birol, la hausse des prix du pétrole et du gaz rend en effet l’alternative électrique plus attractive, ce qui devrait indirectement bénéficier aux filières renouvelables.

L’électricité entre dans un nouvel âge

Le directeur exécutif de l’AIE insiste sur un point : le monde entre dans « l’âge de l’électricité ». Selon lui, la demande d’électricité progresse désormais deux fois plus vite que la demande totale d’énergie, portée par les véhicules électriques, les centres de données et l’intelligence artificielle. Dans ce contexte, les renouvelables apparaissent comme une composante essentielle de l’équation énergétique de demain.

Mais cette montée en puissance ne pourra se faire sans investissements massifs dans les réseaux. Fatih Birol identifie clairement les infrastructures électriques comme le « talon d’Achille » de cette nouvelle ère. L’an dernier, rappelle-t-il, le monde a installé d’importantes capacités renouvelables, mais des volumes bien supérieurs sont restés en attente de raccordement faute de capacités suffisantes sur les réseaux. Pour lui, l’enjeu n’est plus tant de construire de nouvelles centrales que d’acheminer l’électricité jusqu’aux consommateurs.

Cette faiblesse des réseaux risque, selon lui, de freiner l’essor des énergies renouvelables si les gouvernements n’améliorent pas rapidement les cadres d’investissement et n’allègent pas les procédures d’autorisation.

L’Europe sommée de corriger ses erreurs

Fatih Birol s’est montré particulièrement sévère à l’égard de l’Europe. Il estime que le continent a commis trois erreurs stratégiques majeures : une trop forte dépendance au gaz russe, l’abandon progressif du nucléaire, et le décrochage industriel dans le solaire. Sur ce dernier point, il rappelle que l’Europe avait pris de l’avance il y a 25 ans, avant de « laisser tomber le ballon » au profit de la Chine, aujourd’hui ultra-dominante.

Il souligne qu’en 2025, 75 % des nouvelles capacités électriques installées dans le monde étaient solaires. Un chiffre qui illustre à la fois la puissance de cette technologie et le coût industriel du retard européen. Pour le directeur de l’AIE, cette perte de maîtrise sur le solaire pèse désormais sur la compétitivité, la sécurité économique et même l’autonomie stratégique de l’Europe.

Dans ce contexte, il estime que le continent doit à la fois soutenir certaines industries existantes et bâtir une stratégie offensive dans les technologies de demain, au premier rang desquelles figurent les technologies énergétiques propres. Parmi elles, les batteries occupent une place à part. Fatih Birol considère même qu’il s’agit de la technologie qu’il faudrait faire progresser en priorité tant son impact potentiel est important sur les renouvelables comme sur les transports.

Des renouvelables plus stratégiques que jamais

Au final, l’analyse de Fatih Birol est claire : la crise actuelle n’est pas seulement un choc conjoncturel. Elle pourrait accélérer une reconfiguration durable du paysage énergétique mondial. Dans cette recomposition, les renouvelables, associées au stockage et à l’électrification des usages, apparaissent comme l’un des principaux piliers de la résilience future.

Reste à savoir si l’Europe saura transformer cette contrainte géopolitique en opportunité industrielle. Pour l’AIE, la fenêtre est encore ouverte, mais elle se rétrécit.

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