À Davos, une table ronde de haut niveau a posé une question simple et brutale : comment éviterune « récession climatique » – non pas un ralentissement de la transition énergétique, mais un recul des politiques publiques sous la pression d’intérêts établis. D’entrée, Al Gore a planté le décor : selon lui, la transition est lancée, mais la politique climatique « décroche » dans plusieurs pays, freinée par la captation des décideurs par les industries fossiles. Pendant ce temps, les événements extrêmes s’accumulent – sécheresses, incendies, inondations – rappelant que le coût de l’inaction est déjà là.
Sur le terrain des faits, l’ancien vice-président a avancé un chiffre qui résume la dynamique actuelle : 93 % des nouvelles capacités électriques installées dans le monde l’an dernier étaient renouvelables. Et dans cette bascule, le solaire occupe une place centrale : la chute du coût des panneaux continue, tandis que les batteries à l’échelle des réseaux, elles aussi, voient leurs prix dégringoler à un rythme record. Pour Gore, le message est clair : la transition n’est pas en récession, ce sont les politiques qui deviennent erratiques.
Le ministre allemand Carsten Schneider a confirmé cette lecture, revendiquant un cap européen ambitieux (–90 % d’émissions d’ici 2040). Mais il a surtout insisté sur le nerf de la guerre : l’acceptabilité sociale. « Qui paie la facture ? » a-t-il martelé, plaidant pour des aides mieux ciblées vers les ménages modestes. Sur l’agriculture, il s’est montré plus réservé sur les biocarburants, préférant des incitations à la séquestration de carbone et à la protection des sols.
Côté entreprises, Ester Baiget (Novonesis) a défendu une « narration de l’espoir » fondée sur la compétitivité : l’économie verte pèserait déjà des milliers de milliards, avec des emplois locaux et des solutions prêtes à déployer. Jai Shroff (UPL) a, lui, réclamé des mécanismes simples pour récompenser les agriculteurs qui réduisent leurs émissions, au lieu de systèmes trop complexes qui découragent les exploitants.
La perspective industrielle est venue de Zhang Lei (Envision) : l’IA va faire exploser la demande d’électricité, et seul un socle d’énergie abondante, bon marché et durable peut soutenir la prospérité à venir. D’où sa conviction : le solaire et l’éolien, adossés au stockage, deviennent l’infrastructure de base. Il a aussi mis en avant l’essor de projets de molécules vertes, notamment l’ammoniac produit avec des renouvelables dans les zones désertiques.
Enfin, Élisabeth Thurbon a résumé l’enjeu politique : pour éviter la “récession” des politiques climatiques, il faut une transition plus équitable, avec des bénéfices visibles (prix, emplois, ownership local) et une gouvernance capable de sécuriser l’approvisionnement. Conclusion d’Al Gore : « la volonté politique est une ressource renouvelable ». À Davos, le solaire est apparu comme l’une des plus tangibles.
Intervenants :
Al Gore – Vice-président des États-Unis (1993-2001) ; président et cofondateur de Generation Investment Management LLP
Ester Baiget – Président-directeur général, Novonesis
Carsten Schneider – Ministre fédéral de l’Environnement, de la Lutte contre le changement climatique, de la Protection de la nature et de la Sûreté nucléaire d’Allemagne.
Zhang Lei – Fondateur et directeur général d’Envision
Jai Shroff – Président-directeur général du groupe UPL
Élisabeth Thurbon – Professeur d’économie politique internationale ; directeur du projet « Green Energy Statecraft » à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud.





