Et soudain la voix d'Hubert Reeves perce la
noirceur des images. Il psalmodie quelques mots juste pour dire que la
seule vraie ressource énergétique inépuisable, c'est le soleil. Et le
timbre doucereux de Nicolas Hulot d'évoquer ces fameuses deux minutes
de soleil qui inondent la terre de suffisamment d'énergie pour
contenter la planète pendant un an. Rare espoir scintillant d'un film
noir qui ne cède à aucune complaisance et s'appuie sur le principe de
réalité. Syndrome du Titanic : Etat d'urgence. Nicolas Hulot nous force
enfin à regarder la maison qui brûle. Il était temps. Rencontre.
Nicolas Hulot est en mission. Soyons-en sûr ! Dans le cadre de la
promotion de son film, cet homme de télé, archi occupé, est venu passer
deux heures de son précieux temps au Club de la Presse de Montpellier
pour asséner ses vérités, celles qui dérangent. Affable, disponible, il
a pris son temps pour parler de son oeuvre réaliser en compagnie de son
acolyte Jean Albert Lièvre : Le Syndrome du Titanic. Et d'entrer dans
le vif du sujet. « Si chacun d'entre nous n'incarne pas le changement,
je pense que l'on n'y arrivera pas. Nous courrons à la crise de
civilisation ». Et de citer Martin Luther King qui donne de la voix au
cours du film : « On est condamné à s'aimer ou sinon à mourir comme des
imbéciles ». Vous avez dit prise de conscience ?
Pour Nicolas Hulot, le film Le Syndrome du Titanic n'est qu'un outil
parmi tant d'autres, un outil en HD, tourné avec des petites équipes et
des moyens légers, pour justement mobiliser les consciences. « C'est
notre petite contribution à nous. Un autre regard qui nous intime à
mettre désormais des limites partout et à prôner une croissance et une
décroissance sélective. Aller plus vite et plus loin, sans aucune
concession avec la réalité » pilonne l'animateur télé qui ne s'érige en
rien en père la morale « Il sert à rien de culpabiliser ». Nicolas
Hulot se fait donc aujourd'hui le porte-parole apolitique d'un nouveau
modèle de société non plus basé sur la délocalisation de nos émissions
de gaz à effet de serre en Inde et en Chine mais bien sur une
relocalisation de l'économie.
Le Syndrome du Titanic se veut comme un principe immuable de réalité,
une oeuvre coup de poing, mosaïque d'images et de sons mêlés,
anti-thèse d'Ushuaïa et de sa logique d'émerveillement. Le Syndrome du
Titanic montre sans complaisance la pandémie mortelle qui étreint la
planète : l'Humanité. Fulgurances esthétiques, cadrages abruptes, les
images comme sorti d'un tableau portent les maux et les mots d'une
planète, au pied du mur, en état de coma avancé, prosopopée de
l'indicible désordre que nous nous refusons de voir. « Ce film est une
réponse à la négation vis-à-vis d'une certaine réalité, à la confusion
entre le virtuel et le réel. Nous avons choisi les images en fonction
des messages, des thèmes et des réflexions que nous tenions à aborder »
indique Nicolas Hulot. Ce film a même, un temps, été envisagé dénué de
tout commentaire. Tel un miroir tendu, sans fard, des détresses et des
folies du monde. Le Syndrome eut été trop violent sans la voix
doucereuse de l'animateur télé. Il dit les choses avec calme, il appuie
là où cela fait mal « La fortune des trois cents familles américaines
les plus riches est égale au PIB des soixante pays les plus pauvres du
globe». Sic !
Et puis le film se veut force de propositions, en filigrane des
apories. « Nous avons cristallisé la créativité de ceux qui n'étaient,
il y a peu encore, que de doux utopistes ». En quelques phrases
sibyllines, Hubert Reeves, on l'a dit, s'en remet à l'énergie solaire,
seule énergie inépuisable de notre monde. Martin Luther King implore
des rêves en blanc et noir unis dans un même élan fraternel. Ou encore
Pierre Rabhi, chantre de la décroissance, inventeur du concept « Oasis
en tous lieux », qui prône l'agroécologie, des pratiques agricoles
respectueuses de l'environnement et préservant les ressources
naturelles. Le film s'achève sur une vision de nature virginale,
libérée des géométries, dans une lumière éburnéenne. Un rêve. L'espoir
… « Un habit de lumière dans l'ombre du chagrin » chantait Léo Ferrer.
A la sortie de la conférence de presse, Nicolas Hulot avait rendez-vous
avec une étreinte, non feinte. Une accolade pleine d'émotions avec son
ami Pierre Rabhi. Deux hommes au chevet d'un même syndrome, celui du
Titanic. Au cinéma le 7 octobre 2009. Le site du film





