L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle (IA) est en train de transformer le secteur électrique mondial à un rythme inédit. Selon une analyse de Morgan Stanley publiée en novembre 2025, la demande d’électricité entre dans une nouvelle ère de croissance structurelle, portée par la numérisation accélérée de l’économie et, surtout, par l’explosion des centres de données nécessaires à l’IA.
Après plusieurs décennies de progression modérée, la consommation mondiale d’électricité augmente désormais de plus de mille térawattheures par an, soit près du double du rythme observé lors de la décennie précédente. Les centres de données, dopés par les besoins de calcul de l’IA générative, pourraient représenter à eux seuls près de 20 % de la croissance de la demande électrique mondiale d’ici 2030. Aux États-Unis, ils compteraient même pour près des trois quarts de l’augmentation de la consommation électrique à cet horizon.
Cette dynamique exerce une pression croissante sur des systèmes électriques déjà fragilisés par un sous-investissement chronique dans les réseaux. Morgan Stanley souligne que les capacités de transport et de distribution n’ont progressé qu’à moitié du rythme des capacités de production au cours des dernières décennies. Résultat : les contraintes de raccordement se multiplient, les marges de réserve diminuent et les marchés de l’électricité deviennent structurellement plus tendus, en particulier en Amérique du Nord et en Asie.
Face à cette tension, une hiérarchisation de l’électricité est en train d’émerger. L’électricité fiable, disponible en continu, devient un bien premium. Les grands consommateurs – centres de données, industriels électro-intensifs – se montrent prêts à payer nettement plus cher pour sécuriser leurs approvisionnements. Cette « premiumisation » pourrait, selon Morgan Stanley, doubler la croissance des bénéfices des producteurs d’électricité d’ici à 2027 et générer jusqu’à 350 milliards de dollars de création de valeur sur l’ensemble de la chaîne énergétique.
Sur le plan technologique, cette nouvelle donne favorise un retour en grâce des moyens pilotables. Le gaz naturel est appelé à fournir environ un cinquième de la demande électrique additionnelle hors Chine, tandis que le nucléaire connaît une forme de renaissance, soutenu par la recherche de production bas carbone et stable. En parallèle, le stockage par batteries devient un élément central pour compenser l’intermittence des renouvelables et soulager des réseaux sous tension.
Autre évolution majeure : la montée en puissance de l’autoproduction et des solutions « behind-the-meter ». De plus en plus d’acteurs cherchent à produire leur propre électricité, parfois directement sur les sites des centres de données, afin de réduire leur exposition aux prix de marché et aux contraintes du réseau.
Au total, Morgan Stanley décrit un changement de paradigme durable. L’ère de l’électricité abondante et bon marché touche à sa fin. Dans un monde façonné par l’IA, l’énergie redevient un facteur stratégique, au cœur des arbitrages industriels, financiers et géopolitiques, avec des conséquences profondes pour les politiques énergétiques et les modèles économiques du secteur.
L’étude Morgan Stanley-Future of Energy
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