Invités du 23h de France Info, Jean-Louis Bal, président d’Agir pour le climat, et Étienne Lefebvre, rédacteur en chef aux Échos, ont confronté leurs analyses sur la relance du nucléaire dans un contexte de tensions énergétiques internationales.
Un nucléaire en relance mais sous contrainte
Le débat s’inscrit dans la stratégie annoncée par Emmanuel Macron visant à relancer la filière nucléaire française. Aujourd’hui, le parc compte 57 réacteurs, assurant environ 65 % de la production d’électricité. Le programme prévoit la construction de six EPR2, dont la mise en service est désormais attendue entre 2038 et 2040, contre 2035 initialement.
Mais les incertitudes sont nombreuses. Le coût du programme a été réévalué de 51,7 à près de 80 milliards d’euros, tandis que la Cour des comptes pointe un manque de maturité des projets et l’absence de plan de financement clair.
En parallèle, la France explore la piste des petits réacteurs modulaires (SMR), avec une enveloppe d’environ 1 milliard d’euros. Ces projets restent toutefois à un stade préliminaire.
Un enjeu de souveraineté face aux crises énergétiques
Pour Étienne Lefebvre, la relance du nucléaire intervient à un moment opportun, alors que les tensions géopolitiques ravivent la question de la dépendance aux énergies fossiles. « Ce ne sont pas des solutions à court terme, mais elles posent la question de notre mix énergétique à horizon 20 ou 30 ans », souligne-t-il.
Le journaliste insiste également sur l’enjeu du financement. Le développement du nucléaire nécessitera des investissements massifs, difficilement supportables par les seuls acteurs publics. L’implication des capitaux privés apparaît donc indispensable.
L’électrification, priorité immédiate
Jean-Louis Bal adopte une approche plus globale. Pour lui, le véritable enjeu est l’accélération des énergies décarbonées, incluant à la fois nucléaire et renouvelables. « Notre adversaire, ce sont les énergies fossiles », rappelle-t-il.
Aujourd’hui, 57 % de la consommation énergétique française repose encore sur le pétrole et le gaz, alors même que l’électricité nationale est décarbonée à 95 % (65 % nucléaire, 30 % renouvelables). Le potentiel d’électrification des usages – chauffage, industrie, mobilité – reste donc considérable.
La France dispose même d’un excédent de production d’environ 100 TWh, sur une consommation totale de 450 TWh, ce qui lui permet d’exporter de l’électricité pour environ 5 milliards d’euros par an.
Un débat encore ouvert en Europe
Au niveau européen, les positions restent contrastées. Si la Commission européenne amorce un tournant en reconnaissant le rôle du nucléaire, les États membres demeurent divisés.
Jean-Louis Bal appelle à dépasser les oppositions entre nucléaire et renouvelables, qu’il juge contre-productives. « Le conflit entre ces deux sources d’énergie est du temps perdu », estime-t-il, plaidant pour une approche pragmatique centrée sur la décarbonation.
Une transition à accélérer
Finalement, le débat met en lumière un double défi : investir massivement dans les infrastructures énergétiques tout en accélérant immédiatement l’électrification des usages. Entre ambitions nucléaires de long terme et solutions renouvelables déjà disponibles, la France devra trouver un équilibre pour réduire sa dépendance aux énergies fossiles et renforcer sa souveraineté énergétique.





