dimanche, février 22, 2026
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Patrick Pouyanné à l’ESSEC : le pari des renouvelables, entre conviction et pragmatisme

Invité à l’ESSEC, Patrick Pouyanné est longuement revenu sur la transformation stratégique de TotalEnergies. Au cœur de son intervention : la montée en puissance des énergies renouvelables et la construction d’un véritable métier de l’électricité.

Le déclic : regarder l’énergie par la demande

« En 2015, si on m’avait dit que j’allais changer le nom de l’entreprise et la faire entrer dans l’électricité, je ne l’aurais pas signé ». Le tournant intervient avec l’Accord de Paris. Jusqu’alors, Total était une entreprise « pilotée par l’offre » : trouver du pétrole suffisait, le marché mondial absorbait la production.

Mais l’électrification des usages et l’essor du véhicule électrique introduisent une rupture. Pour la première fois, la direction s’interroge : la demande de pétrole et de gaz est-elle garantie à long terme ? Dans tous les scénarios étudiés, une énergie ressort comme structurellement croissante : l’électricité.

Une diversification assumée… et ambitieuse

La décision de se diversifier vers les renouvelables est décrite comme « la plus compliquée » du mandat du PDG. Deux motivations principales : Une logique industrielle : le gaz peut produire de l’électricité et prolonger la chaîne de valeur. Une logique stratégique : entrer dans la décarbonation et donner un futur à l’entreprise et à ses salariés. Mais il ne s’agissait pas d’un affichage. « Si on le fait, il faut le faire en grand. »

Objectif fixé : 20 % des énergies produites issues de l’électricité renouvelable à horizon 2030.

Partant de zéro, TotalEnergies revendique aujourd’hui environ 10 % de son mix énergétique dans l’électricité renouvelable. « On est à mi-chemin. »

Les renouvelables ne sont pas un « alibi »

Patrick Pouyanné insiste : le renouvelable n’est pas une opération cosmétique. Le groupe vise 35 GW de capacités renouvelables, un objectif presque atteint en 2025. Mais il défend une vision intégrée : « Un électron solaire seul, intermittent, ça n’existe pas économiquement. »

La stratégie n’est donc pas uniquement solaire ou éolienne. Elle repose sur : des capacités renouvelables (solaire et éolien) / des batteries / des centrales à gaz pour gérer l’intermittence / du trading / une base clients. L’enjeu n’est pas la rentabilité d’une ferme solaire isolée, mais celle de l’ensemble du business électricité.

Rentabilité : un débat moins tranché qu’il n’y paraît

Contrairement à une idée répandue, le PDG affirme que le secteur renouvelable du groupe affiche déjà environ 10 % de rentabilité sur capitaux employés et devrait bientôt contribuer pleinement aux dividendes.

Il critique au passage le modèle subventionné européen : « Pourquoi l’État donnerait 12 % de rentabilité sur de l’argent public ? ». Aux États-Unis, où les garanties de revenus sont moindres, les projets sont systématiquement couplés à des batteries, ce qui pousse à une approche plus “marchande” et intégrée.

Décarboner le mix : des objectifs progressifs

TotalEnergies suit un indicateur clé : le contenu carbone des produits énergétiques vendus.
Résultat : –18 % en dix ans / Objectif : –25 % en 2030. La méthode est progressive : augmenter la part des renouvelables et des biocarburants dans le mix énergétique vendu. Mais le PDG rappelle une contrainte centrale : la transition doit rester abordable et fiable. L’acceptabilité sociale reste déterminante.

Un changement culturel interne

Depuis 2020, les émissions de CO₂ sont devenues un KPI équivalent à la production pour les managers. Résultat revendiqué : environ –40 % d’émissions sur les activités pétrole et gaz en cinq ans, souvent via des mesures peu coûteuses. « Les gens agissent en fonction des critères sur lesquels ils sont jugés », résume-t-il.

Trouver la ligne de crête

Face aux critiques — produire encore du pétrole tout en développant les renouvelables — Patrick Pouyanné assume une stratégie de transition graduelle : Stabiliser le pétrole / Laisser croître le gaz /Accélérer fortement les renouvelables. L’équation repose sur un équilibre délicat : financer la croissance bas carbone grâce aux cash-flows fossiles, tout en maintenant la confiance des actionnaires.


Une transformation en cours, pas un basculement brutal

Le message central délivré à l’ESSEC est clair : La transition énergétique d’un grand groupe intégré ne peut être ni instantanée ni purement idéologique. Elle doit combiner rentabilité, acceptabilité et vision de long terme. Pour TotalEnergies, les renouvelables ne sont plus une diversification marginale, mais un pilier stratégique appelé à représenter un cinquième de la production énergétique d’ici 2030 — avec, à terme, une entreprise qui pourrait produire 50 % d’électricité en 2050.

Une trajectoire progressive, revendiquée comme pragmatique, mais qui place désormais les énergies renouvelables au cœur de l’identité du groupe.


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