samedi, février 21, 2026
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Patrick Pouyanné appelle à une Europe de l’énergie plus intégrée et compétitive

Lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, a défendu une vision lucide et volontariste de la compétitivité énergétique européenne, appelant les dirigeants à sortir du « chacun pour soi » national et à construire une véritable stratégie à l’échelle du continent.

« L’Europe n’aura jamais un coût de l’énergie aussi compétitif que celui des États-Unis, car elle ne dispose pas des mêmes ressources naturelles », a-t-il rappelé d’emblée. L’Union européenne importe l’essentiel de ses besoins – qu’il s’agisse de combustibles fossiles, de métaux critiques pour les renouvelables, ou bientôt de l’uranium pour son parc nucléaire. « Le coût énergétique est un handicap structurel, surtout pour les industries exportatrices énergivores comme l’acier ou le raffinage », a-t-il déploré.

Pour y remédier, Pouyanné plaide pour un véritable marché unique de l’énergie. « Si la France ne veut pas d’éoliennes, faisons-les en Allemagne, et construisons des centrales nucléaires en France. Mais interconnectons nos réseaux ». Il s’agit de penser en termes de souveraineté énergétique européenne, en sortant des logiques de cloisonnement national. « Nous sommes des nains face à la Chine ou aux États-Unis. Nous devons créer des champions européens ».

Il a également pointé du doigt la question du coût réel de l’électricité produite. « Le nucléaire historique français est très compétitif, mais le nouveau nucléaire coûtera entre 100 et 120 euros le mégawattheure », a-t-il affirmé, appelant à davantage de transparence dans les débats énergétiques. Cette réalité économique, selon lui, impose de diversifier les solutions, notamment par un recours massif aux renouvelables et par une planification cohérente au niveau européen.

Le patron de TotalEnergies s’est aussi inquiété du rythme imposé par le Green Deal européen. « Décarboner à marche forcée, sans considérer la compétitivité, c’est prendre le risque de perdre nos emplois industriels avant d’atteindre nos objectifs climatiques ». Il appelle à une lecture pragmatique du Green Deal, et surtout à cesser d’imposer des solutions techniques par voie réglementaire. « Fixons un cap, mais laissons les entreprises trouver les moyens d’y parvenir. »

Critique des lourdeurs réglementaires européennes, Pouyanné dénonce l’hyperfragmentation du marché, y compris sur des sujets techniques comme la cybersécurité des fermes solaires. « Aux États-Unis, une règle unique s’applique. En Europe, 27 règles différentes ». Une situation qui freine les investissements, au profit d’autres continents.

Enfin, le dirigeant appelle à un retour à la vision initiale du marché unique, non pas tourné uniquement vers le consommateur, mais vers la création d’emplois, d’innovation et d’industries fortes. « Il faut sortir de la logique de l’aide compensatoire et repenser l’équilibre entre réglementation, fiscalité et liberté d’entreprendre ».

Lucide mais optimiste, Patrick Pouyanné croit à une nouvelle ambition européenne, à condition que les dirigeants sachent porter une vision cohérente, à Bruxelles comme à Paris, et faire preuve de courage politique pour dessiner une Europe compétitive, souveraine et décarbonée.

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