Dans un article publié ce 10 février dans Les Echos, Anne Feitz et Amélie Laurin détaillent la montée des tensions politiques autour de la future Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), que le Premier ministre Sébastien Lecornu prévoit de publier par décret cette semaine.
À peine l’annonce faite, le Rassemblement national a brandi la menace d’une motion de censure. Sébastien Chenu a affirmé que le parti « ne s’interdisait rien », tandis que Marine Le Pen a dénoncé sur X une « lourde faute », accusant le gouvernement d’engager le pays sans légitimité parlementaire suffisante. Le RN, opposé de longue date au développement de l’éolien, a fait de cette PPE une ligne rouge.
À gauche, La France insoumise a également critiqué la méthode. Éric Coquerel a mis en cause la crédibilité économique des nouveaux réacteurs nucléaires, illustrant une opposition symétrique : rejet des renouvelables pour les uns, scepticisme sur le nucléaire pour les autres.
Mais c’est surtout la bataille des chiffres qui cristallise les débats. Marine Le Pen évoque un coût « minimum de 300 milliards d’euros ». Un montant immédiatement contesté par Sébastien Lecornu, qui rappelle que la PPE est chiffrée sur 45 ans, avec des scénarios publics allant d’un gain de 35 milliards à un coût de 115 milliards. La Commission de régulation de l’énergie (CRE), citée par Les Echos, a également relativisé l’estimation avancée par le RN.
Les 190 milliards d’euros d’investissements dans les réseaux d’ici à 2040 correspondent en grande partie à des dépenses de maintenance et de modernisation nécessaires indépendamment de la PPE ; seuls 55 milliards concerneraient le raccordement des nouvelles capacités renouvelables. Quant au soutien public aux énergies renouvelables, il dépend des prix de marché : l’État compense lorsque les prix sont bas, mais peut percevoir des recettes lorsque les cours sont élevés.
Au-delà des polémiques, l’enjeu est stratégique : réduire durablement la dépendance aux énergies fossiles importées et porter la part d’énergie décarbonée de 40 % à 60 % dans la consommation finale d’ici 2030. La publication de la PPE pourrait ainsi devenir un nouveau test politique majeur pour le gouvernement, à la croisée des équilibres parlementaires et des choix énergétiques de long terme.





