Invité mardi matin sur BFMTV puis interpellé à l’Assemblée nationale lors des questions au gouvernement, le ministre de l’Économie Roland Lescure a tenté de clarifier la ligne de l’exécutif sur la future programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), alors que des rumeurs persistantes de ralentissement des énergies renouvelables alimentent l’inquiétude des filières.
« Une électricité décarbonée et pas chère dans 30 ans »
Sur BFMTV, Roland Lescure a rappelé l’objectif central de la politique énergétique gouvernementale : garantir, non seulement dans les mois à venir mais sur plusieurs décennies, une électricité à la fois décarbonée, abondante et compétitive. « Si nous avons aujourd’hui une électricité moins chère qu’en Allemagne ou en Italie, c’est grâce aux choix faits il y a cinquante ans », a-t-il souligné, évoquant explicitement l’héritage nucléaire.
Dans cette perspective, le ministre a confirmé des investissements majeurs dans plusieurs piliers :
- le nouveau nucléaire, avec six réacteurs annoncés,
- l’éolien en mer, présenté comme un grand projet industriel structurant,
- les énergies renouvelables terrestres, solaire et éolien, dont le rythme serait toutefois ajusté.
Ce rééquilibrage, selon lui, s’explique par une demande d’électricité inférieure aux prévisions, liée notamment à un déploiement plus lent qu’anticipé des véhicules électriques et de l’électrification des usages. Pour y répondre, un plan d’électrification doit être présenté « dans les semaines qui viennent », parallèlement à la publication imminente de la PPE.
Accusations de « moratoire » sur le solaire
À l’Assemblée nationale, la tension est montée d’un cran. La députée écologiste Julie Laernoes a accusé le gouvernement de préparer un moratoire de fait sur les énergies renouvelables, et en particulier sur le solaire. En cause : des scénarios de PPE qui plafonneraient la puissance photovoltaïque entre 35 et 42 GW en 2030, alors que la France approche déjà les 40 GW installés et en file d’attente.
Selon l’élue, un tel plafonnement entraînerait un effondrement des projets, des retraits d’investisseurs et mettrait en péril jusqu’à 150 000 emplois directs et indirects, tout en prolongeant la dépendance française aux énergies fossiles importées.
« Je n’ai jamais parlé de moratoire »
Visiblement agacé, Roland Lescure a fermement rejeté cette interprétation. « Je n’ai jamais prononcé ce terme de moratoire. Jamais », a-t-il insisté, se disant surpris « du fond et de la forme » des accusations. Le ministre a réaffirmé que l’interruption du développement des filières renouvelables n’était pas l’objectif du gouvernement, appelant à éviter des messages anxiogènes pour des secteurs déjà fragilisés.
Il a reconnu des désaccords profonds avec les écologistes sur le nucléaire, mais a plaidé pour un terrain d’entente sur la décarbonation et la souveraineté énergétique. « Nous allons continuer à développer tous les moteurs de la décarbonation française », a-t-il assuré, en tenant compte de l’évolution de la demande.
Les socialistes dénoncent l’absence de cap
Même tonalité critique du côté socialiste. Le député Karim Benbrahim a dénoncé une stratégie énergétique sans cap, marquée par des reports successifs de la PPE, entraînant abandons de projets, départs d’entreprises et suppressions d’emplois. Il a également pointé l’écart entre les promesses gouvernementales de baisse des factures d’électricité et la réalité, jugée marginale pour les ménages.
En réponse, Roland Lescure a défendu une ambition qu’il qualifie de « écologique, sociale et industrielle », assumant la nécessité de financer le nouveau nucléaire tout en poursuivant le développement de l’éolien et du solaire terrestres. « Nous devons travailler sur tous les moteurs : l’offre comme la demande », a-t-il répété, évoquant également les barrages hydroélectriques.
Les syndicats professionnels des énergies renouvelables seront reçus vendredi à Matignon
À plusieurs reprises, le ministre a appelé les parlementaires à la patience, promettant des chiffres précis dans les jours à venir et annonçant des rencontres rapides avec les filières énergétiques pour les « rassurer ». En filigrane, l’exécutif tente de gagner du temps pour dévoiler une PPE qui devra arbitrer entre ambitions industrielles, contraintes budgétaires et urgence climatique.
Reste que, tant que cette feuille de route ne sera pas publiée, les doutes persistent. Et le débat sur un éventuel ralentissement des renouvelables, qu’il soit assumé ou non, continue de cristalliser les tensions au cœur de la politique énergétique française.





