Invité de Hedwige Chevrillon sur BFM Business, Thomas Veyrenc, membre du directoire de RTE en charge de l’économie, de la stratégie et des finances, a livré un message de relative sérénité dans un contexte international pourtant très tendu. Alors que les menaces autour des flux pétroliers au Moyen-Orient ravivent les inquiétudes sur l’énergie, le dirigeant du gestionnaire du réseau de transport d’électricité estime que la France aborde cette nouvelle séquence dans une position bien plus favorable qu’en 2022.
Une France mieux armée qu’au moment de la crise gazière
Pour Thomas Veyrenc, la comparaison avec 2022 tourne clairement à l’avantage de la situation actuelle. À l’époque, la France faisait face à la fois à une crise gazière liée à la guerre en Ukraine et à des difficultés sur sa propre production électrique. Aujourd’hui, le pays bénéficie au contraire d’une électricité abondante, largement décarbonée, reposant principalement sur le nucléaire et les renouvelables, avec un recours devenu marginal au charbon et limité au gaz.
Résultat : la France exporte massivement son électricité et ses prix de marché se sont, selon lui, partiellement découplés de ceux de ses voisins européens. À ce stade, le choc pétrolier naissant n’a donc pas entraîné d’augmentation visible de la consommation d’électricité.
L’électrification reste un projet, pas encore une réalité statistique
Thomas Veyrenc insiste toutefois sur un paradoxe français : tout le monde parle désormais d’électrification, mais les chiffres, eux, ne bougent pas encore réellement. L’électricité représente toujours environ 27 % de la consommation finale d’énergie, soit un niveau quasiment inchangé depuis plusieurs années.
Pour RTE, l’enjeu majeur est désormais de passer des intentions aux actes. Cela concerne l’industrie, les carburants de synthèse, le numérique, mais aussi l’ensemble des usages appelés à se substituer progressivement aux énergies fossiles. Le débat, estime-t-il, a progressé sur le plan conceptuel ; reste maintenant à créer les conditions économiques pour déclencher les investissements.
Des investissements massifs pour moderniser le réseau
RTE se prépare à accompagner ce mouvement avec un programme d’investissement en forte hausse. Après 3,345 milliards d’euros en 2025, le gestionnaire vise 4,3 milliards en 2026. Une large part de cet effort est consacrée au renouvellement d’un réseau vieillissant, dont une partie date d’avant les années 1970, voire de l’entre-deux-guerres, ainsi qu’à son adaptation au changement climatique.
L’autre priorité porte sur le raccordement des grands projets industriels et des nouvelles capacités électriques, notamment dans les zones portuaires comme Dunkerque ou Le Havre. RTE veut y développer de véritables “multiprises” industrielles afin de mutualiser les coûts et d’accueillir de futures implantations électro-intensives.
Fiscalité, réseau et compétitivité
Interrogé sur l’idée de baisser les taxes sur l’électricité, Thomas Veyrenc se montre prudent. Pour lui, la vraie réponse ne réside pas d’abord dans la fiscalité, mais dans une structure de production et de réseau compétitive. Il souligne aussi que la valorisation des exportations françaises d’électricité a représenté 5,4 milliards d’euros l’an dernier.
Son message final est limpide : la France dispose des moyens techniques et financiers pour engager ce grand plan d’électrification. Encore faut-il accélérer, car sur le terrain des usages, le pays avance encore trop lentement.





