Hydro-Québec s’apprête à doper l’autoproduction solaire. Dans une tribune publiée à La Presse, Jean Habel, directeur Québec et Canada atlantique de l’Association canadienne de l’énergie renouvelable (CanREA), détaille des mesures qui pourraient changer d’échelle le photovoltaïque résidentiel, agricole et commercial dans la province.
« Hydro-Québec proposera, à partir de 2026, un appui financier pour l’achat de panneaux solaires de 1 000 $ (620 €) par kilowatt installé, pouvant représenter jusqu’à 40 % du coût total d’installation », écrit-il. Ce soutien, ouvert aux particuliers, aux petites entreprises et aux exploitations agricoles, vise à abaisser le ticket d’entrée et à raccourcir les temps d’amortissement.
Autre levier majeur : le relèvement spectaculaire du plafond de puissance admissible au mesurage net — le dispositif qui crédite sur la facture les kilowattheures injectés dans le réseau. Ce plafond passerait de 50 kW à 1 000 kW dès 2026. De quoi rendre économiquement viables des toitures plus vastes (entreprises, institutions, fermes) et multiplier les projets d’autoproduction. À terme, souligne Habel, l’autoproduction solaire peut couvrir « jusqu’à 45 % des besoins en électricité d’un ménage ».
L’enjeu est de taille. Aujourd’hui, le parc solaire québécois pèse environ 15 MW — à peine 0,32 % des 5 412 MW photovoltaïques installés au Canada. Hydro-Québec affiche pourtant une intention ambitieuse : développer 3 000 MW d’ici 2035, en combinant grands parcs solaires et milliers d’installations chez les clients. L’objectif : convaincre plus de 125 000 abonnés d’équiper leurs toits d’ici dix ans. « La marche est haute », reconnaît Habel, mais les conditions techniques et économiques n’ont jamais été aussi favorables.
Le contexte mondial lui donne raison. En 2023, les panneaux photovoltaïques ont représenté les trois quarts des nouvelles capacités d’électricité renouvelable, portés par la chute des coûts et la simplicité d’installation. Au Canada, une étude citée par CanREA estime que l’autoproduction pourrait couvrir jusqu’à 4 % de la demande totale d’électricité en 2050, tout en réduisant la pression sur les réseaux de transport et de distribution.
Au Québec, le solaire ne se substitue pas à l’hydroélectricité — « atout extraordinaire » de la province — ni à l’éolien, déjà incontournable ; il vient les compléter. Dans un système appelé à répondre à la croissance rapide des besoins (électrification des bâtiments, des transports et de l’industrie), la production décentralisée sur toitures et ombrières peut soulager les pointes, renforcer la résilience locale et stimuler une filière d’installateurs et de services.
Reste à transformer l’essai : clarifier et stabiliser les modalités du mesurage net, fluidifier les démarches de raccordement, accompagner les municipalités et les petites organisations, et sécuriser une chaîne d’approvisionnement et de main-d’œuvre. Si ces conditions sont réunies, les mesures annoncées par Hydro-Québec pourraient faire « rayonner » le solaire bien au-delà d’une niche et ancrer durablement le photovoltaïque dans le bouquet énergétique québécois.





