Invité de Jérôme Colombain dans Le Monde Numérique, Julien Villeret, directeur de l’innovation d’EDF, revient sur les liens étroits entre souveraineté technologique et souveraineté énergétique. Un message clair : l’Europe n’a pas tout perdu, loin de là.
Les data centers, « les pelles de la ruée vers l’or »
Pour illustrer l’enjeu, Julien Villeret utilise une métaphore parlante : l’intelligence artificielle est l’or, les data centers en sont les pelles. « Si on veut faire de l’IA et du numérique, il faut des infrastructures massives », explique-t-il. Or ces infrastructures consomment énormément d’électricité.
Dans ce contexte, l’Europe dispose d’un atout structurel majeur : une électricité décarbonée, pilotable et disponible, notamment grâce au nucléaire français. « Tous les géants de l’IA cherchent aujourd’hui de l’électricité à travers le monde. C’est un avantage que nous sous-estimons », souligne-t-il.
EDF a d’ailleurs lancé plusieurs appels à manifestation d’intérêt pour accueillir rapidement des data centers en France, en proposant des sites industriels et un raccordement rapide au réseau électrique.
Choisir les briques critiques
Pour Julien Villeret, tout ne doit pas être souverain. « Les États-Unis et l’Inde font fabriquer ailleurs beaucoup de choses », rappelle-t-il. L’enjeu est plutôt de maîtriser les technologies critiques : énergie, calcul, infrastructures numériques.
L’exemple d’ASML est emblématique : le groupe européen est le seul au monde à fabriquer certaines machines indispensables à la production de puces électroniques. « C’est un actif stratégique qu’il faut protéger », insiste-t-il. Même logique pour des acteurs comme Mistral dans l’IA ou les solutions de jumeaux numériques développées par EDF pour piloter ses centrales.
Concurrence ou taille critique ?
L’Europe doit-elle privilégier la concurrence ou créer des « Airbus » industriels ? Selon Villeret, la réponse est double. Certains secteurs nécessitent une coordination européenne face à des investissements colossaux américains et chinois. D’autres bénéficient d’une compétition interne favorisant l’innovation.
Mais le véritable défi est ailleurs : la capacité d’investissement. « L’innovation technique avance partout à peu près à la même vitesse. La différence se fait sur les infrastructures et les montants investis », observe-t-il. Or, sur ce terrain, l’Europe reste en retrait. En conclusion, Julien Villeret plaide pour un changement d’état d’esprit : moins de fatalisme, davantage d’alignement politique et financier, et un soutien assumé aux filières stratégiques. Car derrière la bataille technologique se joue aussi l’indépendance énergétique et industrielle du continent.
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