La nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) affiche une ambition forte pour le nucléaire et l’électrification de l’économie française. Mais en freinant le déploiement de l’éolien et du solaire, elle pourrait compromettre les objectifs européens de renouvelables et l’accès à une électricité abondante et bon marché, juge une tribune collective publiée le 12 mars sur le site du quotidien Les Echos.
Les associations soussignées se félicitent de la publication récente de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3). Elle indique que le gouvernement n’entend pas laisser en friche le chantier de l’énergie et du climat. Elle acte une volonté de poursuivre, a minima, le développement des énergies renouvelables.
Censurer le gouvernement au prétexte de cette publication aurait fait prendre encore plus de retard au déploiement des énergies renouvelables et à l’électrification de l’économie française. Celle-ci est nécessaire à la souveraineté énergétique et économique du pays, ainsi qu’à sa décarbonation et au respect de nos engagements climatiques.
Un manque d’équilibre et de cohérence
Pour autant, la PPE3 manque d’équilibre et de cohérence. Elle vise à promouvoir les énergies renouvelables non électriques avec des objectifs pour 2030 irréalisables, davantage que l’éolien et le solaire photovoltaïque, dont les potentiels rapidement mobilisables à coût maîtrisé sont bien plus importants. Le risque est grand que nous manquions une fois encore l’objectif de renouvelables négocié avec nos partenaires européens.
La PPE3 va à l’encontre des dynamiques actuelles, et ne reflète guère la grande ambition pour l’électrification des bâtiments, des usines et des transports qu’affiche le gouvernement. Les agents économiques n’investiront dans des pompes à chaleur, des véhicules et des procédés industriels électriques que s’ils ont l’assurance de pouvoir disposer, dans dix ou quinze ans, d’assez d’électricité bon marché.
Il est très difficile de s’assurer de disposer toujours des capacités électriques exactement nécessaires, mais un excédent temporaire est infiniment moins nuisible qu’une pénurie comme celle que nous avons connue en 2022.
Or le fort accent mis sur le nucléaire dans la PPE 3 – prolongation indéfinie du parc actuel, construction de réacteurs neufs – ne peut suffire à fournir cette assurance. Plus de 200 réacteurs ont déjà été arrêtés dans le monde, aucun n’avait fonctionné plus de 55 années.
Parmi les quelque 400 encore en service, deux seulement ont dépassé cet âge. Aucun réacteur n’a encore fonctionné 60 ans. Nos réacteurs ont entre 26 et 47 ans d’âge, il est très difficile d’assurer qu’ils seront encore tous en service en 2035.
Faiblesse du déploiement éolien terrestre
La PPE3 organise un ralentissement du photovoltaïque par rapport à sa dynamique récente mais fournit cependant un cadre permettant de lancer de nouveaux appels d’offres, sans nouveaux délais espérons-le. Nous sommes davantage préoccupés par la faiblesse du déploiement éolien terrestre envisagé. Les raisons d’acceptabilité invoquées ne sont guère convaincantes : les sondages indiquent un taux d’approbation élevé, plus important encore à proximité de sites existants, où les éoliennes sont plébiscitées par des élus de tous bords.
Apportant plus de 2 milliards d’euros par an aux finances locales, les énergies renouvelables constituent ainsi un levier concret de développement territorial et d’autonomie budgétaire. Des oppositions locales s’expriment parfois bruyamment, ce qui est légitime, mais leur manipulation par des intérêts énergétiques divergents est patente, tout comme leur récupération par l’extrême droite.
« Le succès du plan d’électrification annoncé dépendra de la capacité du gouvernement à garantir une électricité abondante et bon marché »
Dans un pays tempéré comme le nôtre, la demande d’électricité est plus forte en hiver, nous avons donc davantage besoin d’électricité éolienne que d’électricité solaire. La priorité annoncée de la remotorisation de parcs éoliens anciens ne peut suffire, et ne doit pas compliquer davantage la création de nouveaux parcs.
Elle ne conduira à une diminution relative du nombre de mats que si tout est mis en œuvre pour autoriser des éoliennes plus hautes, dotées de plus grandes pales et de puissances électriques supérieures, comme celles que déploient nos voisins européens.
Finalement, le succès du plan d’électrification annoncé dépendra de la capacité du gouvernement à garantir une électricité abondante et bon marché. Nos associations ont des propositions à faire pour réduire encore le coût des énergies renouvelables, optimiser l’usage des réseaux et électrifier les usages et demandent leur intégration dans les groupes de travail élaborant le plan d’électrification.
Jean-Louis Bal est président d’Agir pour le Climat
Stéphane His est président d’Energies renouvelables pour tous
Vincent Jacques le Seigneur est président d’Observ’ER
Cédric Philibert est président de l’association Avenirs énergétiques





