Xavier Barbaro, PDG de la société cotée Neoen, était l’invité de Stéphane Pedrazzi le 27 juillet dans l’émission « Good Morning Business » sur BFM Business à l’occasion de la publication des résultats de sa société pour le premier semestre. Voici le texte de cet interview
Stéphane Pedrazzi (BFM Business) : La reprise économique sera verte nous disait il y a quelques jours Bruno Le Maire, le ministre de l'économie, et elle passera nécessairement par le développement des énergies renouvelables. Dans un pays où historiquement le nucléaire occupe la première place dans ce qu'on appelle le mix énergétique on va en parler avec Xavier Barbaro PDG de Neoen.
Bonjour, Neoen est un producteur d'énergies renouvelables, vous venez publier un chiffre d'affaires semestriel en progression de 33% grâce notamment à la mise en service de nouveaux sites, solaires et éoliens, expliquez-nous ?
Xavier Barbaro : Et stockage aussi, puisque on arrive à régler de plus en plus nos problèmes d'intermittence, donc du solaire, de l'éolien, du stockage en France et beaucoup aussi à l'étranger puisque Neoen très tournée vers l'international.
SP : Le stockage, c'est l'un des grands chantiers justement puisque on sait par définition qu'il n'y a pas du vent tout le temps, qu’il n'y a pas de soleil la nuit ?
XB : Le renouvelable, depuis longtemps, a pris sa place dans le dans le mix énergétique parce que c’est vert, parce que c'est compétitif, c'est quelque chose que souvent on ne sait pas. Il y a évidemment la question d'arriver à faire une production constante et ce que Neoen fait en particulier dans le stockage en France comme en Australie comme en Finlande c’est de lisser cette intermittence et de livrer une électricité prévisible.
SP : Quand on regarde vos résultats on a l'impression que c'est un secteur d'activité qui ne connaît pas la crise. Est-ce que malgré tout il n’y a pas eu quelques retards dans le développement des projets en raison du confinement ?
XB : Il y a eu l’effet COVID sur la construction des centrales, ça a ralenti certaines constructions, ça aussi repoussé certains appels d'offres, mais c'est vrai qu'il y a quand même une vague de fond qui nous porte. Après c'est un secteur qui ne connaît pas la crise, mais où il ne faut quand même pas s'endormir sur ses lauriers, ça reste dur, ça reste compétitif mais Neoen as réussi à se faire une place y compris face à des très gros.
SP : Le gouvernement a clairement affiché ses priorités à la reprise sera verte pour Bruno Le Maire. Pour vous c'est un boulevard ?
XB : A nouveau ce n’est jamais simple, c'est aussi à nous de nous faire notre place et de prouver que la relance verte est une bonne idée. Je pense évidemment que c'est le cas, parce que le renouvelable crée de l'emploi, le renouvelable crée de la souveraineté. Quand on produit notre énergie en France, ça nous rend justement indépendant d'approvisionnements extérieurs et puis le renouvelable a évidemment tous les avantages contre le changement climatique qu'on lui connaît.
SP : Vous dites c'est concurrentiel mais c'est quand même mieux quand on a le soutien des pouvoirs publics ?
XB : Oui, alors ce n’est pas un soutien financier aux sens « subvention ». Ce que font les pouvoirs publics, c'est peut-être qu'ils vont nous aider à avoir des permis de manière plus rapide, ça ne veut pas dire plus de permis, mais au moins qu'on sache plus vite. Il y a aussi la capacité, côté pouvoirs publics, à s’engager sur des durées longues. Nous ce qu'on livre aux pouvoirs publics, en France comme à l'étranger, c'est une électricité qui est moins chère que le mix global.
SP : Il y a beaucoup d'acteurs dans les énergies renouvelables même si le nombre d'acteurs a déjà été diminué depuis quelques années. Pensez-vous qu'il y aura d'autres gros rapprochements ?
XB : C'est possible, il y a littéralement dix fois moins d'acteurs aujourd'hui qu'il y a dix ans, donc vous voyez ça s'est déjà fortement concentré. Il y avait aussi beaucoup de gens qui n’avaient rien à faire dans ce secteur, qui n’était pas du tout professionnels. Ce que Neoen a montré c'est que des sociétés françaises, des sociétés qui étaient des startups, devenue une PME, devenue une ETI, savait aussi grandir et se faire leur place et innover et tenir tête y compris à de grands acteurs venus du secteur pétrolier. C'est un secteur qui est quand même en forte croissance, comme vous le disiez, plusieurs centaines de milliards d'euros chaque année d'investissements dans le monde, donc il y a de la place non pas pour tout le monde, mais en tout cas pour des bons acteurs y compris des gens comme nous qui ne sommes pas des acteurs historiques.
SP : La France a longtemps été en retard par rapport à d'autres pays européens. Est-ce qu'on a rattrapé ce retard dans les énergies renouvelables ?
XB : La France a une vraie filière d'excellence dans les renouvelables. Ce n’est souvent pas connu parce qu'on dit « Oh mon Dieu, les panneaux sont chinois », mais il y a beaucoup d'entreprises…
SP : Ce n’est pas faut non plus !
XB : Oui c'est vrai mais aujourd'hui les deux tiers de l'investissement dans une centrale solaire c'est autre chose que des panneaux et donc, c’est des Bouygues, des Nexans, des Schneider Electric. En France il y a, non seulement de très bons industriels, mais il y a aussi beaucoup de potentiel. On avait la chance d'avoir un pays béni des dieux avec du vent, du soleil on est en train justement d'équiper la France mais on avait une déjà une électricité décarbonée. Chez Neoen on n’est pas antinucléaire, ce que l'on dit simplement, c’est que notre électricité éolienne ou solaire et fiable qu’elle est extrêmement compétitive d'un point de vue économique et qu'elle est créatrice d'emplois.
SP : Le mix énergétique français, est-ce qu'il faut selon vous réduire la part du nucléaire qui, en fonction des heures de la journée va jusqu'à 70% ?
XB : Oui, il y a une tendance naturelle à ce que le nucléaire nous fasse de plus en plus de place parce que, comme vous le savez, les centrales historiques, même si elles marchent encore bien, vieillissent et la question se pose pour leur renouvellement et les centrales nouvelles, comme l’EPR coûtent extrêmement cher même si elles ont évidemment leur place aussi dans le mix du futur. On a la chance d'avoir aussi beaucoup d'hydraulique et cela permet d'intégrer très bien en France du solaire et de l'éolien. Nous ne sommes pas du tout des forcenés antinucléaires, bien au contraire, donc on à vocation en France à se faire une place graduelle avec du solaire et de l'éolien et avoir un mix équilibré. Je pense que c'est ce que Neoen aide à apporter y compris avec ses batteries.
SP : Donc il ne faut pas opposer renouvelables et nucléaires ?
XB : Non, c'est assez complémentaire je pense qu'une phase de transition qui va s'étaler sur plusieurs décennies. On peut imaginer en France en 2050, et ça fait partie des scénarios, de l'éolien, du solaire, des batteries, de l'hydraulique, de l'hydrogène, beaucoup de choses et Neoen continuant à innover, à investir massivement, puisque on est une société qui investit beaucoup, et j'espère à porter les couleurs de la filière française en France et dans le monde.
SP : Vous parliez d'acteurs pas très professionnel, vous pensez qu’il y a une moralisation du secteur comme souvent, lorsqu'il y a de l'argent public, des subventions, il y a malheureusement des acteurs peu scrupuleux qui tentent de profiter de la situation ?
XB : Oui malheureusement, c'était le cas il y a 10 ans alors, ce n'est pas du tout le cas aujourd'hui, il y a eu une forte baisse des subventions c'était très bien, il fallait rendre ce secteur plus exigeant d'un point de vue économique, et puis on est quand même sur des actifs industriels qui peuvent être complexes, qui sont de grande taille, et il faut beaucoup de rigueur et d'excellence opérationnelle pour arriver aujourd'hui à se faire une place. Ce que Neoen arrive à faire il y a effectivement beaucoup d'agilité en termes de business development, mais les capacités financières et la rigueur industrielle aujourd'hui sont des facteurs différenciant très forts.
SP : Merci beaucoup vous Xavier Barbaro PDG de Neoen, on le rappelle vous avez publié un chiffre d'affaires semestriel en progression de 33% grâce à la mise en service de nouveaux sites solaires et éoliens et aussi des capacités de stockage.





