vendredi, mars 6, 2026
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25 ans de Savoie Technolac : Henri Proglio et Jean Therme au chevet du solaire français

Jean ThermeAu cœur de l’été et lors d’une journée très ensoleillée, le site de
Savoie Technolac a fêté ses vingt-cinq ans. Un quart de siècle dédié au
développement des énergies renouvelables et notamment de l’énergie
solaire avec la présence de l’INES sur la technopole ! Cette journée qui
était placée sous la présidence d’honneur d’Henri Proglio, PDG d’EDF a
donné lieu à une table ronde animée au cours de laquelle Jean Therme (photo),
directeur de la recherche technologique du CEA n’a pas mâché ses mots
sur le développement de la filière photovoltaïque française tout en
manifestant de la mansuétude sur le rôle joué par EDF, reprise de
Photowatt oblige. Herméneutique argumentée des propos divulgués lors de
cet anniversaire !

Vingt-cinq ans, cela se fête. Cet été, le site de Savoie Technolac au
Bourget du Lac a donc célébré son quart de siècle comme il se doit, avec
en « guest star », et pour marquer le coup, le PDG d’EDF Henri
Proglio. Il faut dire, comme l’a souligné dans son discours de
bienvenue, Jean-Pierre Vial, le sénateur président de Savoie Technolac
que la société EDF est un peu chez elle sur Savoie Technolac via
notamment son Centre d’Ingénierie Hydraulique (CIH) présent sur la
technopole depuis plusieurs années. A quelques encablures à peine des
grands barrages érigés dans les vallées alpines ! Ancienne base
aérienne militaire, Savoie Technolac a ainsi été fondée pour devenir le
partenaire référent du développement des entreprises en Savoie dans le
domaine des Energies Renouvelables. Outre l’hydraulique avec EDF,
l’énergie solaire a trouvé sur Savoie Technolac un cadre idéal à son
épanouissement « sous l’impulsion de pionniers tel André Jean de la
société Clipsol » rappellera Jean-Pierre Vial. En 2005, le lancement de
l’Institut National de l’Institut Solaire avec la complicité du CEA
donnera une résonance internationale à la technopole. « Nous avons créé
ici le Cadarache du solaire avec près de quatre cent cinquante
chercheurs spécialisés » s’enthousiasme le sénateur président. En fait,
l’énergie représente la composante majeure du parc. 50% des entreprises y
travaillent sur des projets de développement liés aux énergies. Le
solaire en figure de proue !

Seule l’innovation permettra la pérennité de la filière solaire

Pour ce vingt-cinquième anniversaire, les organisateurs avaient donc mis
les petits plats dans les grands avec au programme une table ronde
suivant la thématique « Eau, Soleil », l’inauguration et la visite du
toit solaire du bâtiment de l’école des Arts et Métiers Paristech ainsi qu’un cocktail convivial pour conclure cette
après-midi du 12 juillet. Près de trois cents personnes, élus de Savoie
et industriels du secteur, ont voulu, par-dessus tout, honorer ce
rendez-vous incontournable. Alors que le grand chapiteau de toile
blanche climatisée finissait de se remplir et juste avant le
commencement officiel de la fête, Jean Therme directeur de la recherche
technologique du CEA et Henri Proglio, après une poignée de main franche
et chaleureuse, ont discuté en aparté pendant quelques minutes. Jean
Therme tenait ainsi à remercier de vive voix le patron d’EDF de son
implication dans la reprise de Photowatt International, une reprise qui
assurait par ailleurs la survie de PV Alliance, une filiale commune à
EDF EnR, Photowatt et le CEA dont la mission est le développement puis
la production de prototypes de cellules photovoltaïques à haut-rendement
par hétérojonction. Cette intervention très politique d’EDF – Henri
Proglio s’était un peu fait forcer la main par Nicolas Sarkozy alors en
pleine campagne électorale – a été un véritable soulagement pour le
patron des énergies renouvelables du CEA. Il tenait à le faire savoir à
cet hôte de prestige au cours de cette journée anniversaire. Grâce à la
reprise de Photowatt International, Henri Proglio serait donc l’homme
providentiel qui porterait les espoirs de l’ensemble de la filière
industrielle française photovoltaïque. Son discours d’ouverture le
confirme. « EDF participe à l’avenir de l’énergie solaire française en
soutenant la recherche pour lancer une nouvelle génération de panneaux.
Dans ce domaine du solaire photovoltaïque, seule l’innovation pourra
nous permettre de bâtir une filière pérenne et compétitive. Et cela ne
sera pas facile. Il faudra porter le projet collectivement pour le long
terme » a déclaré le PDG d’EDF qui a confirmé sa volonté « de produire
des capteurs solaires en France mais aussi des centrales nucléaires en
Chine dans une conjugaison du mondial et du local et dans le respect du
climat ». Henri Proglio n’a pas manqué non plus de renouveler les
objectifs 2020 de la compagnie nationale en termes d’éventail de
production : 50% nucléaire, 25% renouvelable et 25% thermique. Il a
aussi rappelé que son groupe avait investi, via son rachat de 100% d’EDF
EN, davantage dans le solaire et l’éolien que dans le nucléaire ces
dernières années. Sans oublier de conclure sur le plus important à ses
yeux le capital humain d’EDF qui se verra doter de six mille embauches
supplémentaires en 2012 !

Soleil gratuit et prix du convertisseur à la baisse : Le solaire dispose d’une fenêtre de tir

Suite à ce discours « volontariste » sur le devenir du solaire dans le
giron d’EDF, Jean Therme s’est employé lors de la table ronde qui avait
pour thématique « Développer la production d’énergie renouvelable » à
remettre le solaire en perspective. Sans concession ! Il a d’abord
évoqué la situation actuelle du solaire qui ne représente qu’un millième
dans la part de consommation primaire mondiale mais avec cependant une
augmentation de 38% en 2011. « Le solaire ne sera à maturité qu’en 2030.
Le solaire aujourd’hui, c’est un peu comme le nucléaire en 1960. La
maturation d’un type d’énergie demande une trentaine année. C’est une
constante de temps » a-t-il analysé. Dans ce contexte mondial, quid de
l’énergie solaire en France ? « Elle est loin d’être un acteur majeur
dans l’Hexagone avec pour l’heure une production de 20 kWh par an et par
habitant là où les besoins s’élèvent entre 3000 et 5000 kWh par an.
Elle a un degré de compétitivité à atteindre et souffre du nucléaire
français qui permet de fixer le kWh à 5 ou 6 centimes d’euros.
Cependant, deux choses positives peuvent aider à l’épanouissement du
solaire : Les coûts à la hausse des énergies fossiles et l’impact
environnemental du nucléaire. Le soleil est quant à lui gratuit, il
coûte zéro à la source et les prix du convertisseur s’affichent
régulièrement à la baisse. Le solaire dispose d’une fenêtre de tir, il
peut gagner. Cependant, il lui faut encore une vingtaine d’années de
maturation » expose Jean Therme. Autant dire, selon les propos de Jean
Therme, qu’il faudra laisser du temps au temps pour voir émerger le
solaire ! Vingt ans, voilà qui semble une éternité pour une technologie
pourtant de plus en plus mature qui évolue au rythme de la loi de Moore
qui veut que les capacités des composants doublent tous les ans à coût
constant. En tous les cas, l’Asie et la Chine en particulier visent
vraisemblablement une maturation plus précoce de ce marché du solaire
photovoltaïque. Via le principe bien connu selon lequel la fin justifie
les moyens !

Des taxes douanières comme outil de réciprocité

Et Jean Therme de vilipender avec des mots durs cette industrialisation
massive sur des technologies existantes et donc peu innovantes des
acteurs chinois. « Il a été mis à disposition des industriels chinois du
solaire une manne financière de 29 milliards de dollars qui leur permet
de faire du dumping sur la moitié du prix de leur composant. Ce dumping
est fait pour faire couler tout le monde industriel du solaire avec des
prix qui sont passés de 6 euros le Wc à 1,5 euro en deux ans. Et
aujourd’hui même moins de 1 euro. Ce dumping chinois crée une asymétrie
effroyable du marché. La seule solution qui s’impose est l’outil de
réciprocité avec des taxes douanières à l’égal du dumping imposé, à
l’instar de ce que font les Etats-Unis. Et n’allez pas me parler là
d’antilibéralisme ! » s’agace le ponte du CEA. Vitupérés par Jean
Therme, ces produits chinois ont toutefois fait le bonheur de nombreux
développeurs de centrales photovoltaïques qui ont vu leur TRI flamber en
2011 et 2012. « Le différentiel de 20 à 30 centimes au Wc entre les
modules chinois au bilan carbone déplorable et ceux de Photowatt que
tout le monde regardait couler sans rien faire, sans aucune solidarité
nationale, a été rédhibitoire. Des financiers gougnafiers s’en sont mis
pleins les poches sans une seule action du gouvernement. Sans compter
que 45% des installations ne sont pas en conformité électrique. Des gens
ont voulu couler l’énergie solaire photovoltaïque française. Nous
sommes sortis du raisonnable et du raisonné. Les coups violents portés à
la filière qui n’ont pas éliminés que les plus mauvais devraient être
salvateurs à long terme » s’emporte Jean Therme. Lorsqu’on lui rétorque
que l’entreprise EDF n’a pas été la dernière à faire fi de la solidarité
nationale notamment via ses accords avec l’Américain First Solar, Jean
Therme manifeste alors une certaine mansuétude au vu du soutien apporté
par EDF à Photowatt et par extension au CEA. Une sorte de raison d’Etat
qui pardonnerait à EDF, acteur prépondérant de la bulle financière et de
ses dérives, tous ses égarements !


Pour un tarif qui favorise l’emploi en France

Reste le fond du problème : La nécessité absolue de recréer au plus vite
une nouvelle dynamique de la filière au sein d’un cadre éthique empli
de sagesse et de visibilité. « Il doit être mis en place un tarif
d’achat adapté à la France régulé au juste niveau, un tarif qui favorise
l’emploi en France, la production des produits en France, un tarif qui
donne envie de faire du solaire sans enrichir des intermédiaires. Et
puis une question se pose. Peut-on développer le solaire en France en
achetant ailleurs ? Nous devons avoir une industrie qui produit des
matériels sinon cela ne marchera pas. Si nous ne développons des emplois
industriels de base, les installateurs chinois finiront par venir chez
nous. Nous allons écrouler notre balance commerciale et entrer avec le
solaire dans une dépendance à l’égal du pétrole » stigmatise Jean
Therme. Mais où en est la France dans cette guerre économique et
industrielle ? Est-elle déjà hors-jeu comme certains le pensent ? « Nous
espérons rester dans la course avec EDF et Photowatt via l’obtention de
technologies très performantes – hétérojonction – et une
industrialisation poussée qui induit de faibles coûts de main-d’œuvre.
Rien n’empêche de disposer demain d’une filière compétitive avec
Photowatt et EDF qui apporte une solution sur l’ensemble de la chaîne de
valeurs. C’est en cela que je remercie encore publiquement EDF pour son
engagement. Il n’existait pas de solutions plus crédibles qu’EDF sur ce
dossier » confirme Jean Therme qui en a profité pour annoncer le
démarrage de la ligne pilote de 25 MW, fruit de PV Alliance, qui produit
d’ores et déjà des cellules photovoltaïques d’un rendement de 20%. Des
rendements de 22% ont été atteints au sein du département de recherches
avec qui plus est une baisse des coûts substantielles. On attend
maintenant une montée en régime de cette production française pour
qu’enfin EDF installe des modules made in France !

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8 Commentaires

  1. edf, cea, areva, suez… Qurls beaux promoteurs du greenwashing. Et prndant ce temps la, en Allemagne, on installe … des enr

  2. Jean Therme est quand même complêtement à l’ouest… Penser qu’on peut attendre 2030 pour avoir une filière PV compétitive c’est quand même aussi porteur d’avenir que l’avait été le lancement du « minitel 2 » alors que le monde passait à internet…
    Si c’est un aveu que les technos de PV Alliance seront incapable de sortir un module à moins de 2 euros c’est plus au CEA de se remettre en question qu’à la Chine. Et voir le directeur d’un organisme qui touche plus de deux milliards de subventions par an se plaindre, priceless…
    Bon ça va être quoi la suite une fois qu’on aura mis des barrières douanières au PV chinois ? On va demander de mettre des barrières douanière au PV coréen et japonais qui les remplaceront parce qu’eux aussi font des usines avec des capacités de production en GW alors qu’on en sera encore avec une fabrication artisanale à la Photowatt ?

  3. vraiment un scandale de t elle propo de Mr Jean Therme.
    taxe les PV chinois, que photowatt lui meme assemble en chine, bravo, il est vraiemnt mal informe !
    (Des financiers gougnafiers s’en sont mis pleins les poches sans une seule action du gouvernement, dit de Mr jean Therme) EDF EN DOIT ETRE HEUREUX D ETRE dans ce lot, merci EDF d avoir investie dans cette entrprise, entre grand on est solidaire. pour rappel la france a une aide des plus importantes aux monde et le solaire en france est en pliene crise !!
    Mr Jean Therme vous etre deja venue en chine ? un peu de respect pout toutes les entreprise.

  4. De beau discours, pour arrondir les angles et faire passer la pilule. Aucun avenir de développement sociétal, énorme développement de multinationale. Quels braves hommes!!

  5. Il est comment dire… surprenant de voir qu’au moment où la parité-réseau est atteinte dans la moitié sud du pays avec des panneaux chinois, on pense à mettre des barrières douanières.
    ne nous laissons pas duper : l’objectif de ces personnes est bien l’enlisement de la filière solaire au profit de la filière nucléaire et l’organisation de la spéculation organisée par EDF auprès de Sarkozy a détruit l’image de notre filière auprès des français, ce n’était pas un hasard.
    La Chine n’est pas qu’un producteur de modules, elle installe bcp chez elle pour se dédouaner du déficit de contrôle qu’elle a sur les O&Gas + nuke !
    Il est quand même surprenant de constater que personne ne songe à mesurer « l’envie de changement » des dirigeants (et politiques) vers les EnR en comparant les budgets annuels mondiaux de la R&D sur le stockage de l’électricité à la somme des budgets de recherche sur les O&G + nuke !
    ce critère donnerait un bon indice et montrerait le vrai paradigme : éviter la perte d’influence de ces lobbies par l’autonomie des clients.
    Rester dans un stérile débat technico-économique est dangereux car il occulte ce fait prévalant sur tous les autres.

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