samedi, mars 7, 2026
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Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF prévoit une croissance de la consommation d’électricité de 2% par an pendant 30 ans

Jean-Bernard Lévy a été auditionné le 10 novembre dernier par la commission économique du Sénat. Voici les extraits du propos introductif du PDG d’EDF relatifs aux énergies renouvelables

« Présidente de la commission : Mes Chers Collègues, je vous propose de commencer notre commission de ce matin. Nous avons le plaisir d'accueillir Monsieur Jean-Bernard Lévy, que nous connaissons bien, Président directeur-général d’EDF pour nous entretenir avec lui de la riche actualité de son groupe et plus largement du secteur de l'énergie.

Jean-Bernard Lévy : Merci Madame la Présidente. Mesdames et Messieurs les Sénateurs, je voudrais d'abord vous dire le plaisir que j'ai de revenir devant vous à un moment où l'actualité sur les sujets énergétiques est particulièrement forte. Nous avons beaucoup d'actualité et on reprenant un tout petit peu de recul, l'actualité elle est quand même actuellement vraiment planétaire et elle nous rappelle au niveau de la de la COP26 à Glasgow, qui se termine dans deux jours, qu’il y a la lutte impérieuse contre le réchauffement climatique, elle nous rappelle l'ampleur du défi que représente le basculement nos économies et nos sociétés vers un monde neutre en carbone qui aura quasiment cessé de brûler des énergies fossiles, mais elle nous rappelle aussi qu'il n'y a pas de consensus concret là-dessus.

On a vu des pays qui ne donnent pas de réponses concrètes, qui donnent des réponses tardives et les équipes EDF qui sont présentes à la COP26 elles sont bien sûr convaincues de la justesse de la lutte contre le changement climatique, mais on voit bien que lorsqu'il s'agit de passer aux actes ça reste difficile.

Nous, nous avons fait depuis deux ans de ce sujet-là, notre raison d'être, « construire un avenir énergétique neutre en CO2 conciliant la préservation de la planète le bien-être et le développement grâce à l'électricité et à des solutions et services innovants ».

C'est pour nous un engagement stratégique nous voulons inventer partout nous sommes présents un nouveau modèle énergétique, moins émetteur de dioxyde de carbone, plus efficace, plus sobre, mais également plus respectueux de l'environnement, Il y a beaucoup de débats sur ce qu'on appelle les externalités de la transition énergétique.

Il y a un point qui je crois rassemble la plupart des participants à la conférence de Glasgow c'est qu’une grande part de la solution passe par l'électrification, vous y avez fait allusion à travers le rapport que RTE rendu public il y a une quinzaine de jours.

Toutes les études quelles que soient les modèles économiques et énergétiques retenues montrent que deux conditions sont indispensables à la réduction rapide des émissions de dioxyde de carbone, une consommation plus sobre, plus efficace, des énergies dans leur ensemble et une migration très forte des énergies fossiles vers l'électricité décarbonée car nous savons que des systèmes électriques importants peuvent fonctionner sans empreinte carbone. Alors ce passage à l'électrique n'exonère pas les consommateurs ou les entreprises ou les pays d'un effort majeur d'efficacité énergétique sur le chauffage, les moteurs, les ordinateurs, l'éclairage, mais quoi qu'il arrive il va y avoir sur le plan mondial à volume globale d'électricité consommée en très nette augmentation.

Partout dans le monde la demande d'électricité va être en forte croissance. En France le rapport de RTE que vous avez cité pose un scénario central dans lequel de fait la hausse moyenne de la consommation d'électricité sur les 30 ans qui viennent et de 1% par an et comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, chez EDF il nous semble que c’est plutôt une trajectoire à minima, 1 % par an sur 30 ans. Il nous semble plus prudent de prévoir une évolution de la demande d'électricité en France chaque année, ces trente prochaines années de 2% par an. C'est ce qui distingue en arrondissant le scénario central de RTE et le scénario maximum de RTE. J'ai eu l'occasion de dire que le scénario maximum de RTE, nous pensions, on peut avoir un débat là-dessus, qu'il s'agit plutôt d'un scénario central parce que les nouveaux usages de l'électricité demanderont beaucoup d'électricité dans l'industrie, dans les transports, dont le logement, en partie parce qu'il s'agira de produire directement d'électricité, mais en partie aussi parce que l'économie de l'hydrogène bas carbone va être très gourmands en électricité.

Quand je vois les projets individuels, dont les équipes viennent me parler, je suis toujours, depuis quelques mois, surpris que pour un objet industriel qui peut paraître un peu banal, un peu courant, en fait, en face il y a besoin l'électricité qui est considérable et je pense que quand il va y avoir cette migration, notamment pour l'industrie, nous aurons besoin de beaucoup de beaucoup d'hydrogène et de beaucoup d'électricité.

Donc ce scénario de réindustrialisation, s’il doit vraiment y avoir une réindustrialisation forte de la France, il va amener à des besoins d'électricité qui seront tout à fait évidents. Par ailleurs je crois que l'on constate un basculement extrêmement rapide dans l'industrie automobile vers le véhicule électrique, les consommateurs en sont friands, les constructeurs automobiles ont été incités par des régulations, notamment européennes, extrêmement fortes et c'est un autre exemple qui montre que les acteurs économiques d'un cet immense secteur qu’est le secteur de l'automobile, s'approprie sûrement plus vite que prévu, le passage à l'électrique, passage au décarboné.

Et puis d'une manière plus générale en Europe, nous avons « Fit for 55 », les nouveaux objectifs européens qui vont imposer un rythme d'électrification très dynamique pour remplacer les énergies fossiles. Donc la responsabilité d'EDF dans ce contexte, c'est d'être prêt, c'est d'anticiper avec la disponibilité d'une électricité abondante et bas carbone.

Nous disposons bien sûr par rapport à la plupart des autres pays d'un parc de production déjà décarbonés à 95% grâce au nucléaire, grâce à l'hydraulique, grâce aux autres énergies renouvelables. Le défi pour notre pays c'est de préparer les décisions qui permettront le « net-zéro en 2050 » alors que la demande en électricité va être en forte augmentation, même si chaque année c'est plus 1 % ou + 2 % à la fin ça fait des volumes importants, et nous devons le faire bien sûr avec le de l'électricité bas carbone à des coûts qui soit raisonnables pour toutes les catégories de consommateurs et sans mettre en danger la sécurité d'approvisionnement.

Notre vision c'est évidemment, vous le savez, de nous appuyer sur un développement rapide des énergies nouvelles renouvelables, c'est pour nous une exigence, dans tous nos scénarios, il va nous falloir beaucoup plus d'énergies renouvelables, l'hydraulique, le photovoltaïque, l'éolien, y compris à terre et nous savons que ce ne sera pas facile partout parce qu'il y a des régions où ça se passe mal, mais il y a aussi des régions où ça va, et puis l'éolien en mer qui est émergent, et là aussi il y a des régions où ça ne se passe pas très bien, mais il y a beaucoup de régions où ça se passe plutôt bien sur l'éolien en mer. Voilà il ne faut pas s'acharner si on n'y arrive pas et là où ça se passe bien il faut y aller. On voit bien que notamment l'éolien en mer sur lequel la France a pris du retard, et on pourrait revenir là-dessus, mais ce n’est pas le poids central, l'éolien en mer représente de nouvelles puissances installées très significatives sur chacun des champs.

Nous avons bientôt fini la construction du premier champ de Saint-Nazaire, quasiment 500 mégawatts, nous avons beaucoup avancé dans notre deuxième champ en mer au large de Fécamp, également de l'ordre de 500 mégawatts et j'en profite pour souligner que les éoliennes en mer font émerger un nouvel écosystème industriel d'entreprises installées en France qui crée des centaines d'emplois industriels dans la transition énergétique notamment en Normandie avec les installations de Cherbourg et du Havre et dans les Pays de la Loire avec les installations de Montoir-de-Bretagne et de Saint-Nazaire, et que ceux-ci à l'opposé de ce qui s'est passé ces dernières années sur le photovoltaïque ou sur de l'éolien à terre, crée en France un socle industriel qui nous semblent solide, durable, compétent, compétitif et qui travaille aussi désormais à l'exportation.

Nous allons donc devoir accélérer significativement les rythmes de développement des énergies renouvelables, nous savons que cela pose des problèmes d'acceptation, mais cela pose aussi des défis, notamment à l'Etat en matière de simplification des procédures, d'accès au foncier, de stabilité de la régulation économique vis-à-vis des investisseurs, l'Etat français n'a pas été exemplaire en matière de stabilité de cette régulation économique et puis bien sûr de partage des investissements avec des acteurs locaux, je pense au financement participatif que nous allons déployer de manière systématique, qui vont je l'espère permettre d'améliorer l'acceptation de nombreux projets.

Voilà ça c'est la première jambe, celle des énergies renouvelables, nous allons faire le plus possible nous devons en faire en France mais aussi à l'étranger, la France ne représente qu’environ 1 % du flux de l'électricité renouvelable qui se construit chaque année dans le monde, si nous voulons être compétitifs il faut aussi être présents à l'étranger et c'est bien ce que fait le groupe EDF. »

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